‹ Les eaux de ParisChapitre 16 sur 152 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

En 1634, s’établit l’usage de concéder quatre lignes d’eau aux prévôts et échevins sortant de charge.

A la même époque, les riches concessionnaires employaient, pour la décoration de leurs jardins, une partie de l eau dont ils disposaient. Pendant ce temps, le peuple souffrait de la pénurie d’eau.

Celte pénurie devint telle qu’un arrêt du Conseil du roi du 26 novembre 1666, révoqua toutes les concessions accordées jusqu’à ce jour.

« Sa Majesté ayant été informée de l’état où se trouvaient à présent les fontaines publiques, que les unes ne fournissaient plus d’eau, et les autres en si petite quantité, que les habitants de la bonne ville de Paris en souffraient beaucoup d’incommodités, ce qui provenait des différentes concessions qui avaient été ci-devant faites par les prévôts des marchands et échevins de ladite ville, tant à aucuns princes, officiers de la couronne, compagnies souveraines, qu’aux dits prévôts des marchands, officiers et bourgeois de ladite ville ; ce qui est porté à un tel excès, que le public manquant d’eau, plusieurs particuliers en abondent dans leurs maisons, non- seulement par des robinets, mais par des jets jaillissants et pour le plaisir ; ce qui étoit un désordre auquel étant nécessaire de remédier. . . Sa Majesté étant en son conseil, a révoqué et révoque toutes les concessions , etc... ordonne Sadite Majesté... que tous les bassinets qui ont été mis au bassin public qui reçoit les eaux aux regards des fontaines, et les tuyaux qui conduisent aux hôtels

et maisons particulières, sei’ont ôtés desdils regards , môme

les tuyaux entés sur les tuyaux publics, etc. »

Nous citons cet arrêt en entier parce qu’il fait voir nettement quelle était la position du service des eaux à cette époque. Malgré les ordonnances reitérées du bureau de la ville, malgré les arrêts du conseil, et les édits des rois, aucun abus ne disparaissait. La quantité d’eau distribuée à Paris ne dépassait pas 500 à 700 2 mètres cubes par 24 heures (en déduisant, bien entendu, le produit

* Registres de la ville, vol. XLIII, fol. 100.

2 Lorsqu’après l’arrêt du 26 novembre 1666, on procéda à une nouvelle répartition des eaux, on fixa comme il suit leur distribution :

AU PUBLIC AUX concessionnaires.

pouces lignes. pouces lignes.

Eaux de Rungis (Arcueil) . . .

Eaux de Belleville

Eaux des Prés-Saint-Gervais .

Totaux

Total général : 21 p. 93 1. soit très-approximalivement 473 mètres cubes par vingt-quatre heures .

On estimait que, dans les saisons d’abondance, les sources don-

naient :

Eaux de Rungis (Arcueil)t 21 p. 50 1.

Eaux de Belleville 8 «

Eaux des Prés-SainOGervais 10 «

Totaux 39 50 1.

Ou 75S mètres cubes par 2i heures.

de la pompe de la Samaritaine, et la partie des eaux d’Arcueil retenue pour les châteaux royaux), et ce volume d’eau, déjà insuffisant pour l’alimentation d’une aussi grande ville, était détourné presque en entier par tous ceux qui se sentaient assez puissants pour braver la loi. Le mode de distribution prescrit par Louis XIII n’était même pas suivi d’une manière générale, puisqu’en 1666, il y avait encore « des tuyaux particuliers entés sur les tuyaux publics, » et on conçoit quels désordres devaient en résulter lorsque l’eau en coulait « par jets jaillissants et pour le plaisir , » comme il est dit dans l’arrêt du conseil du roi que nous venons de citer.

La profusion inconsidérée avec laquelle le bureau de la ville avait distribué les eaux d’Arcueil, l’abus fait des privilèges et des usages qui accordaient une partie des eaux publiques comme récompense des services rendus à l’État, portaient leurs fruits, et les mesures tardives prises par l’autorité demeuraient inefficaces. Une réforme était devenue nécessaire pour calmer l’irritation publique ; car on comprend quel profond mécontentement devait

faire naître dans l’esprit du peuple et du bourgeois, la privation d’une chose indispensable à la vie,

surtout quand la cause de cette privation était

évidente pour tous les yeux.

La seule réforme à réaliser, le seul moyen qui restât de remédier au mal, c’était d’augmenter le volume d’eau disponible. Il fallut donc en venir là. Nous ne parlerons pas ici des projets avortés, qui ue manquèrent pas plus au dix-septième siècle qu’ils n’ont manqué de nos jours. Nous nous attacherons seulement au projet qui fut présenté et exécuté vers cette époque.

Au-dessous de la troisième arche du pont Notre- Dame, il existait, au dix-septième siècle, un moulin à blé mû par le courant de la Seine. Le 29 novembre 1669, le sieur Daniel Jolly, chargé de la conduite de la pompe de la Samaritaine, proposa de substituer une machine à quatre corps de pompe à ce moulin à blé, et de consacrer celte machine à élever et à distribuer l’eau de la Seine pour faire servir ces eaux à 1 alimentation des fontaines publiques de la capitale.

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