MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
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PRÉFACE
Le projet de notre administration municipale qui consiste à dériver à Paris diverses eaux de source empruntées à la Champagne, a été l’objet de longues attaques et de critiques passionnées. Homme de science, nous n avons pu voir traiter avec légèreté un projet qui sera un titre de gloire pour les ingénieurs qui en ont fait, l’étude ; homme de progrès, nous avons vu avec peine travestir une œuvre conçue dans les intérêts populaires, dans l’intérêt du pauvre et de l’artisan. Dans une série d’articles qui ont
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paru dans la Presse pendant les mois d’août et de septembre 1861, nous nous sommes attaché à faire connaître ce projet et à répondre aux principales objections qu’il a suscitées Le simple exposé des faits, le tableau que nous . avons présenté de ce système, tant de fois critiqué et jamais décrit, ont contribué, nous le croyons, à dissiper des préventions mal fondées, et à faire apprécier les choses sous leur jour véritable.
Notre tâche, cependant, ne nous paraît pas terminée. Dans le cours des discussions et de la polémique que nous avons eu à soutenir, nous avons reconnu que beaucoup de préventions et d’erreurs de la part de nos adversaires, tenaient à une connaissance imparfaite de la question. Bien des objections n’auraient, pas été élevées, bien des idées n’eussent pas été ' mises en avant par leurs auteurs, si ces derniers avaient connu l’histoire des anciennes
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in
eaux de Paris, leur état actuel et leur mode de distribution. C’est pour éclairer tous ces points divers qu’a été entrepris le petit ouvrage que nous publions aujourd’hui.
Cet ouvrage se compose de trois parties. Dans la première, consacrée aux anciennes eaux de Paris , on raconte l’histoire des eaux publiques de la capitale depuis nos premiers rois jusqu’à nos jours, depuis la construction de l’aqueduc des prés Saint-Gervais et de Belleville, vers le sixième siècle, jusqu’au récent forage du puits de Passy. L’ouvrage de Girard sur les Eaux publiques de Paris , Y Histoire de Paris , de Félibien, le Traité de la police, les Registres de la ville , et divers mémoires du temps, nous ont servi à tracer cette histoire, dont la plupart des faits sont ignorés de la masse du public. Divers épisodes de ce récit, tels que le projet de dérivation de l’Yvette par de Parcieux, l’établissement des
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premières pompes à feu parles frères Périer, la création du canal del’Ourcq, ne paraîtront pas, nous l’espérons, sans intérêt pour le lecteur.
La seconde partie traite de Y état actuel et du mode de distribution des eaux de Paris. Nous devons de vifs remercîments aux ingénieurs chargés du service des eaux publiques de la capitale, pour l’empressement et la complaisance avec lesquels ils ont bien voulu mettre
à notre disposition tout ce qui pouvait faciliter
cette partie de notre travail. Grâce à cette circonstance, les documents que nous avons rassemblés sur l’état actuel et le mode de distribution des eaux publiques de Paris, peuvent être considérés comme empreints d’un véritable caractère d’authenticité.
L’exposition du projet de l’ administration municipale, qui termine ce volume, est la reproduction d’une partie des articles qui ont paru dans la Presse , classés dans un ordre logique,
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et dépouillés de l’élément, inutile, de la polémique.
Notre éditeur a bien voulu, à notre prière, ajouter à cet ouvrage un accessoire important : c’est la carie hydrologique el géologique du bassin de Paris , avec le tracé des aqueducs projetés de la Dhuis et de la Vanne. Cette carte, gravée par MM. Avril frères, d’après le système de gravure sur pierre dont ils sont inventeurs, permettra au lecteur de suivre facilement tous les détails, scientifiques et autres, de la question exposée dans ce livre.
Le caractère de hardiesse et d’originalité qui distingue à un si haut point le projet de l’édil ité parisienne pour le choix et la dérivation des nouvelles eaux de Paris, la parfaite et harmonieuse entente de toutes ses parties, son côté éminemment populaire, puisqu’il est conçu principalement en vue des besoins du pauvre et de l’ouvrier, qui, dans les villes, souffrent
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seuls des mauvaises qualités des eaux potables, voilà ce qui nous a frappé, voilà ce qui nous a engagé à écrire ce livre. Nous ne savons pour quels motifs ce projet a rencontré jusqu’ici tant de détracteurs; comment, avant d’ètre connu de ceux qu’il intéresse, il avait été l’objet de tant de critiques, qui avaient égaré l’opinion publique, et fait naître des préventions et des défiances inexplicables.
Nous avons été heureux de trouver ici l’occasion de rendre aux ingénieurs du service des eaux de Paris toute la justice due à leur mérite et à leurs travaux. Depuis huit ans, des savants de premier ordre se consacrent, avec un admirable zèle, à l’œuvre qui leur a été conliée par M. le préfet de la Seine, et leurs études n ont guère rencontré jusqu’ici que d’acerbes critiques. Le grand travail qu’ils poursuivent sera cité un jour comme un modèle; il fera
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époque dans l’histoire de la science et de l’art . Telle est, nous le croyons, l’opinion des hommes de science sur le beau projet dont nous présentons le tableau à nos lecteurs.
Nous ne regretterons pas le temps et les soins que ce travail nous a coûtés, si nous parvenons à faire comprendre à nos concitoyens r utilité et la grandeur du nouveau système de distribution d'eaux publiques, conçu et étudié par M. le préfet de la Seine, et qui sera l’une des gloires de sa brillante administration. Renouveler en peu d'années la face d’une grande cité; ouvrir partout de magnifiques artères qui font circuler l’air et le soleil dans la ville régénérée ; la décorer d’édifices splendides , qui sortent de terre comme à l’appel d’une baguette magique, c’est là un grand et admirable résultat. Mais doter la capitale, jusqu’à ce jour si déshéritée sous ce rapport, d’un fleuve d’eaux pures et à bon marché, c’est une œuvre non
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moins digne d’admiration. Si elle ne frappe, pas les yeux avec le même éclat,, elle a du moins tous les caractères d’un bienfait public. Distribuer des eaux pures aux habitants d’une grande ville, n'est-ce pas, en effet, distribuer la santé, et quelquefois la vie?