PREMIÈRE PARTIE
eu égard au résultat obtenu, de 8,800,000 fr.
L’agiotage ne date pas d’aujourd’hui; cette lèpre financière sévissait au dix-huitième siècle comme elle a sévi de nos jours : Law et ses actionnaires avaient fait école. L’agiotage perdit une entreprise des mieux conçues. Grâce aux manœuvres des intéressés, et bien avant que l’affaire eût donné aucun bénéfice (de 1778 à 1786), la valeur de l’action de la compagnie des eaux, d’abord de 1,200 livres, s’éleva progressivement à 4,000, de sorte que la dernière émission d’actions eut lieu à ce cours, que rien ne justifiait. En 1786, l’année la plus productive, les abonnements produisirent. . 45,885 livres.
La vente de l’eau aux fontaines. 66,278
Total. . . . , . 112,161 livres.
Ce qui était loin de représenter l’intérêt des capitaux engagés.
Deux noms célèbres se rencontrent à cette période de 1 histoire financière de la compagnie des eaux. Dès l’année 1785, le comte de Mirabeau, père du célèbre orateur révolutionnaire, avait at-
taqué l’entreprise, en dénonçant l’extrême exagération des promesses et des assertions des frères Périer. Le défenseur attitré de la compagnie était Beaumarchais, qui se chargea de la tâche difficile de repousser les attaques du comte de Mirabeau. Mais il suffit de lire ses deux Mémoires pour reconnaître que sa verve et son entrain habituels lui font ici presque entièrement défaut. Son style, froid et lourd, ne rappelle en rien la série de ses' Mémoires qui ont faitupe si grande réputation de polémiste au processif auteur du Mariage de Figaro l. Les écrits passionnés de ces deux jouteurs préoccupaient vivement l’attention générale; le public commençait à perdre ses illusions, et l’engouement conçu par les capitalistes en faveur de l’entreprise, faisait place à
1 Voir pour les deux Mémoires de Beaumarchais ses Œuvres complètes, lettre XXXIV (1785). Réponse à l'ouvrage qui a pour titre : Sur les actions de la compagnie des eaux de Paris, par M. le comte de Mirabeau.
Et pour les écrits du comte de Mirabeau sur le même sujet : Recueil des divers écrits de M. de Mirabeau sur les eaux de Paris, in-8, Londres et Paris, 1780.
Voir aussi : Réponse du comte de Mirabeau à l’écrivain de la compagnie des eatlx de Paris, in-8 de 104 pages, Bruxelles,