PREMIÈRE PARTIE
une méfiance bien fondée. La vérité était si évidemment du côté de Mirabeau, que la baisse des actions suivit immédiatement la publication de son deuxième Mémoire , en 1786 \
Un des principaux détenteurs d’actions conçut alors le projet hardi de faire racheter ces actions par la ville de Paris, à raison de 5,600 livres chacune. Il eut assez de crédit pour faire agréer cet arrangement par le ministre du département de Paris, le prévôt des marchands et l’assemblée des actionnaires.
Cette cession, autorisée par un arrêt du conseil
du 8 mars 1788, fut consommée par un contrat du
14 avril suivant, et ratifiée par un arrêt du 18 du
même mois. Ce traité ne fut pas néanmoins ratifié par lettres patentes enregistrées au parlement, ce
' On aura une idée des exagérations du Mémoire de Beaumarchais, lorsqu’on saura qu’il évaluait à 70,000 muids, soit à 19,180 mètres, cubes par 24 heures, la quantité d’eau qui serait vendue à Paris; de sorte qu’en adoptant le prix du tarit' de la compagnie, soit 50- francs le muid, le montant de la recette brute annuelle aurait été de 3,500,000 livres. Jamais les machines de Gbaillot et du Gros-Caillou, n’ont pu élever 19,180 mètres cubes d’eau, et en 1858, la quantité d’eau vendue par la ville avant l’annexion de la banlieue ^en déduisant bien entendu les ccmcessions gratuites) était à peine de 25,000 mètres cubes, et le montant de la recette brute de 1,900,000 fr.
qui était nécessaire pour qu’il fût mis à exécution. Les actions (y compris 100 actions délivrées à MM. Périer), qui étaient au nombre de 5,100, furent converties en 15,500 quittances de 1,200 livres, dont les quatre cinquièmes passèrent au Trésor royal en échange d’autres valeurs; de sorte que le gouvernement, à la tin de 1788, -se trouva presque seul propriétaire des pompes à feu et des autres établissements qui en dépendaient *.
Ainsi, l’affaire se liquida au détriment du Trésor royal, qui s’y trouva engagé pour une somme d'en-
viron. .'
La part des actionnaires parles manœuvres de l’agiotage qui avaient produit ce résultat, se trouva réduite à environ
1 4,760,000 livres.
De sorte que le capital engagé par suite de la spécula-
tion fut en réalité de. . . . 18,560,000 livres.
1 Rapport du comité de liquidation, concernant les eaux de aris, par Jean de Ratiî, député de Nérac, 1790.