PREMIÈRE PARTIE
culion de ce travail furent amèrement reprochées à l’ingénieur en chef, dans les discussions passionnées qui ne cessèrent d’avoir lieu au sein du conseil des ponts et chaussées pendant toute la durée des travaux. La principale a tenu à cette idée fausse de M. Girard, partagée par beaucoup de bons esprits de cette époque, qu’on peut faire d’une dérivation une sorte de chose à deux tins, à savoir : un canal de navigation, et une rigole pour la distribution d’eau dans une ville.
Nous avons déjà dit quelles étaient les idées de M. Girard sur l’usage des eaux publiques d’une grande ville ; le lavage des rues et des égouts, tel était, selon lui, le principal but à atteindre. Et dans cette hypothèse il n’y a certes aucun inconvénient à conduire l’eau dans un canal navigable. Aux yeux de M. Bruyère, au contraire, les eaux distribuées doivent être non-seulement pures, mois agréables; ce qui exige nécessairement qu’elles soient amenées dans un aqueduc couvert. Les idées de ces deux hommes étaient donc inconciliables; aussi M. Bruyère se montra-t-il l’adversaire déclaré du
canal de l’Ourcq, et il entraîna constamment avec lui une partie du conseil des ponts et chaussées.
M. Girard, et quelques autres ingénieurs de cette époque , admettaient que la construction d’un aqueduc couvert demandait beaucoup plus de temps et d’argent que celle d un canal 1 ; c’était une erreur capitale. Cette opinion se justifiait néanmoins à une époque où l’égout de la rue Rivoli venait d’être achevé au prix fabuleux de 1,200 francs le mètre courant ; où la galerie Saint-Denis coûtait 400 fr. , et l’aqueduc de ceinture presque autant. M. Bruyère n’était pas tombé dans cette erreur; « en adoptant des formes simples, écrivait-il, un aqueduc couvert ne coûte pas plus cher qu'un canal.» Aujourd’hui l’on sait qu’un aqueduc coûte beaucoup moins cher, et déplus que, n’apportant aucune entrave à la circulation, aucune gêne à l’agriculture, il exige beaucoup moins d’indemnités de terrain.
L’aqueduc qu'il aûrait fallu substituer au canal de l’Ourcq pour amener à Paris 5,000 pouces
1 Mémoires sur le canal de l'Ourcq, tome Ier, page 59, discussion dans le cabinet de l'Empereur.