‹ Les eaux de ParisChapitre 78 sur 152 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ruisseau formait, pendant 1 été, un cloaque infect, dans lequel croupissaient les eaux de vaisselle et de savon. Une des roues des voitures suivant presque toujours le fond de ce ruisseau, en faisait jaillir une nappe de boue, que les passants avaient beaucoup de peine à éviter. En temps de pluie, tous ces ruisseaux, plus ou moins gonflés, dirigeaient leurs eaux vers les points bas de la ville, où ils devenaient de véritables torrents qui occupaient toute la largeur de la chaussée. Les vieux Parisiens se rappellent certainement ces ponts volants , formés d’une planche que les gamins établissaient à chaque averse, et sur lesquels le passant pouvait s'avancer, pour se rendre d’un côté à l’autre de la rue, moyennant une gratification donnée à l’auteur du pont improvisé1.

L’édilité parisienne adopta le système qui fut proposé par les ingénieurs, et qui fit disparaître

1 On connaît à ce sujet les vers de Boileau :

Pour traverser la rue au milieu de l’orage, lin ais sur deux pavés forme un étroit passage, le plus hardi laquais n’y marche qu’en tremblant : il faut pourtant passer sur ce pont chancelant.

tous ces inconvénients. Les chaussées fendues furent converties en chaussées bombées, le ruisseau unique placé au milieu, fut remplacé par deux ruisseaux. En même temps, on développa le réseau des égouts de telle sorte que les eaux pluviales et ménagères ne devaient plus se rendre aux points bas de la ville pour être absorbées souterrainement. On créa un point bas au moins dans le ruisseau qui entourait chaque îlot de maisons, et à 'chaque point bas on plaça une bouche d’égout, dissimulée sous la bordure du trottoir.

Les eaux d’un îlotde maison, ainsi absorbées sur place, cessèrent donc de se déverser dans le ruisseau du fond inférieur, de sorte qu’on put supprimer du même coup ces cassis transversaux, établis aux carrefours des rues, et si fatigants pour les voitures.

Mais cela ne suffisait pas. Comme dans les usages de Paris, les eaux ménagères s’écoulent sur la voie publique, il fallait les empêcher d’y croupir, de s’y corrompre et de répandre comme autrefois l’infection dans toute la ville. Puisqu’on créait un ou plusieurs points bas dans le ruisseau de chaque

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