‹ Les eaux de ParisChapitre 92 sur 152 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ou le microscope permettent aisément de constater l’existence. »

Ce qui ressort des observations du célèbre académicien, c’est l’extrême impureté des eaux de la Seine, impureté qui ne s’explique que trop quand on songe que le fleuve parisien reçoit par d’immenses égouts, toutes les immondices provenant des eaux ménagères, des fosses d'aisances et des diverses industries qui s’exercent au sein de la capitale. Il est évident qu’une eau pure, à l’abri de toute déjection organique, pourrait braver la lumière et la chaleur, sans jamais donner naissance à ces myriades d’êtres vivants qui pullulent dans les réservoirs contenant l’eau potable distribuée dans Paris. Si des infusoires, des êtres organisés, se développent dans ces eaux, c’est que la substance en a été fournie par les immondices organiques qui s’y déversent à flots.

Quand il s’agit de prouver l’insalubrité des eaux potables distribuées dans Paris, on n’est véritablement embarrassé que par le nombre et la valeur des preuves à invoquer. Nous ne voulons pas,

néanmoins, passer sous silence une lettre qui nous a été adressée, et qui établit, par une expérience fort simple, la mauvaise nature des eaux de la Seine considérées comme eaux potables. Voici ce que nous écrivait à ce sujet, un honorable habitant de Paris :

« Pour m’assurer de la qualité des eaux qui servent à notre boisson, je pris un vase cylindrique très-long; après l’avoir rempli de sable fin jusqu’aux deux tiers de sa hauteur, je complétai le remplissage avec l’eau à expérimenter. Je soutirai l’eau après vingt-quatre heures de séjour, et renouvelai cette expérience pendant dix jours, sans rien changer à l’état du bloc de sable. Au bout de dix jours, la surface supérieure du filtre était recouverte d’une membrane blanche, qui paraissait composée de matières organiques. Lorsque ces matières étaient, abandonnées à elles-mêmes, elles produisaient, au bout de quelques heures, un loyer d infection. La décomposition était rapide et ne pouvait laisser aucun doute sur les propriétés délétères delà matière. Cette cxpéiiencc, je l’ai renouvelée bien des fois, toujours avec de l’eau puisée à l’aval du Pont-Neuf; le résultat n’en a jamais varié.

« Plus les eaux se rapprochent de 1 éliago absolu, plus 1 expérience devient rapidement concluante. Alors la proportion des sédiments augmente très-sensiblement et la couche organique qui en résulte sur le filtre se forme en peu de temps avec une dépense d’eau relativement moindre. »

Si les fâcheuses qualités des eaux de la Seine, prises en boisson, n’étaient déjà un lait notoire et

presque incontesté, on pourrait invoquer ici un autre ordre de considérations. Il est bien connu que la plupart des étrangers arrivant à Paris sont éprouvés par les eaux de la Seine. Comme un résultat de ce genre n’est dénoncé pour les eaux d’aucune autre ville, du moins avec le même degré d’intensité, il est permis d’attribuer ces dérangements aux substances organiques, putrescibles ou fermentescibles, contenues dans ces eaux. Ces malières étrangères nuisibles, que les réactifs de la chimie sont, dit-on, impuissants à déceler dans l’eau de la Seine, le réactif, plus sensible, de l’organisation le met ici bien en évidence. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que le corps humain et l’impression qu’il éprouve peuvent nous éclairer sur la composition des eaux: toute l’histoire des eaux minérales est là pour établir la supériorité de ce merveilleux réactif du corps humain sur les plus savantes méthodes de la chimie.

Quelques personnes n’hésitent pas à attribuer à l’influence malfaisante des eaux de la Seine employées en boisson ces maladies graves, en particu-

lier ces fièvres typhoïdes qui atteignent les nouveaux débarqués dans la capitale. Les faits précis manqueraient pour justifier une pareille assertion.

"En résumé, bien que la construction de l’égout d’Asnières, qui transporte à l’aval de Paris les produits de la plus grande partie des égouts, ait contribué à assainir les eaux de la Seine à l’intérieur de Paris, amélioration qui sera plus grande encore lorsque les deux égouts collecteurs des quais seront terminés, il est bien démontré aujourd’hui que les eaux de ce fleuve sont toujours altérées, en temps de pluie, par les produits des égouts, dont le débit est insuffisant, dans cette circonstance, pour recevoir les eaux provenant des maisons et des rues. Une autre cause d’altépation de la Seine provient des déjections de la population, et des résidus des grandes usines qui se sont développées si rapidement et en si grand nombre en amont de Paris.

A ces remarques sur l’impureté des eaux du canal de l’Ourcq et de celles de la Seine, il faut ajouter que les machines à vapeur de Chaillot qui

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