TROISIÈME PARTIE
Les premières études que fit entreprendre M. le préfet de la Seine prouvèrent que les eaux du fleuve qui traverse la capitale ne pourraient être filtrées en grandes masses dans les sables de la plaine d’Ivry1; qu’elles ne pourraient être rafraîchies en
1 Comme le système de filtration par des tranchées pratiquées au bord du fleuve est établi à Lyon et à Toulouse, on fut naturellement conduit à essayer le même mode de filtration sur les rives de la Seine. Mais il était facile de prévoir que ces essais n’aboutiraient à aucun résultat avantageux. Tous les géologues savent qu’il n’existe aucune analogie entre les alluvions de la vallée de la Seine et celles du Rhône et de la Garonne. La vallée du Rhône, à Lyon, est remplie d’une masse énorme de galets, et l’on n’ignore pas que, dans beaucoup de villes du midi, des galets sont consacrés au pavage des rues. On comprend sans peine que l'eau, déjà filtrée par la couche de sable fin qui tapisse le fond du fleuve, se rende, en traversant la masse de ces galets, dans les galeries filtrantes ouvertes le long de la rive, et que le fleuve offre cet avantage d'opérer lui-même le nettoyage du filtre en renouvelant les sables qui le composent. Mais rien de semblable n’existe dans la plaine d’Ivry. La couche d’ alluvions, beaucoup moins puissante, est formée presque entièrement de sable fin, et elle repose sur une couche d’argile rempli de cristaux de gypse (argile plastique). Il était évident que l’eau passerait beaucoup plus difficilement dans ce filtre entièrement composé de sable fin que dans les galets du Rhône; il devait aussi arriver nécessairement que les eaux filtrées, dissolvant le sulfate de chaux de l’argile plastique, devinssent séléniteuses.
Ces prévisions de la géologie ont. été confirmées par le résHltat des 1 ocherches et des études des ingénieurs. M. Delcsse, ingénieur des mines, a démontré que tous les puits de la plaine d’Ivry, même les plus rapprochés du fleuve, ne donnent que des eaux dures et chargées de sulfate de chaux. Les tranchées qu’il a fallu ouvrir
été, ni réchauffées en hiver dans les réservoirs; en un mot, quelles ne pourraient jamais être livrées sans préparation aux conduites publiques. Quels que fussent les avantages, naturels, pour ainsi dire, que présente la Seine pour l’alimentation de Paris, on ne pouvait donc compter sur ses eaux pour les
à Paris pour la construction du canal Saint-Martin et de l’égout, collecteur des coteaux de la rive droite, ont pénétré profondément dans la nappe d’eau des puits des alluvions de la Seine. On a reconnu que cette nappe était très-abondante, et quoiqu’on se soit tenu partout à plus do deux mètres au-dessus des eaux du tleuve, il a fallu de nombreuses machines à vapeur pour l’épuiser. Les eaux extraites étaient dures et impotables. De plus, le sable à travers lequel elles s’écoulaient était tellement fin et lluide. que la tranchée se remplissait au fur et à mesure qu’on la creusait, lorsque l’épuisement ne faisait pas convenablement baisser la nappe d’eau. N’est-il pas probable, d’après cela, que les filtres naturels que l’on creuserait dans la plaine d’Yvry, se rempliraient de même tout à la fois de sable et d'eau?
M. l’ingénieur Mille entreprit, en 1854, des recherches dans la plaine d'ivry pour savoir si le filtrage des eaux de la Seine à travers ses alluvions, pouvait donner des résultats pratiques : il reconnut que le filtrage au travers de ces terrains ne fournirait que des eaux dures et séléniteuses.
D’ailleurs, une filtration, même parfaite, ne remédierait pas à tout. Après leur filtration, les eaux de la Seine retiendraient encore beaucoup ,de substances organiques, qui résistent à l’action du filtre, parce qu’elles ne sont pas simplement suspendues dans l’eau, mais bien dissoutes. Il ne saurait exister de système de purification complète pour les eaux de la Seine dans leur état d’irremédiable altération que chacun connaît.