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PREFACE

Samaritaine" ont cessé depuis longtemps de faire entendre leur carillon, et la forêt de pieux des pompes Notre-Dame n'encombre plus le lit de la Seine. Les deux pompes à feu de Chaillot, Augustine et Constantine, ont cédé leurs places à des machines plus puissantes; depuis 4858, les pompes à feu du Gros-Caillou ont cessé de refouler dans Paris l'eau la plus immonde de la Seine.

Seule l'eau d'Arcueil se distribue encore à Paris, mais sur une étendue bien restreinte, autour du Panthéon. Si mon a\is est adopté, on la resserrera dans les limites du jardin du Luxembourg, suivant les intentions de la malheureuse et coupable reine qui a construit l'aqueduc. Les anciennes fontaines, si célèbres autrefois, si surveillées par nos pères, disparaissent l'une après l'autre ^sans qu'on s'en occupe : à peine en reste-t-il un tiers en exercice.

Dans une telle situation, les traditions se perdent : quand j'aurai disparu avec trois ou quatre collaborateurs et autant d'anciens serviteurs qui surveillent les tronçons d'aqueducs comme chose sacrée, qui en jaugent l'eau comme si elle était encore indispensable à Paris, il ne restera pas même un souvenir de ces vieilles choses.

Cependant, ce qui nous touche le plus dans une histoire comme celle-ci, ce sont les premiers pas, les tâtonnements de nos devanciers. Il était donc intéressant de sauver de l'oubli les traditions, et c'est pour cela que j'ai considéré comme un devoir d'écrire ce livre.

Les documents sur lesquels je me suis basé sont tous extraits de pièces originales authentiques, notamment des

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registres de la Ville, où se trouvent transcrites toutes les délibérations et ordonnances de l'échevinage depuis 1499 jusqu'à 1784. L'origine de ces registres se rattache à une grande catastrophe. « L'an 1499, le vendredi devant la Toussaint (le 25 novembre), le pont neuf appelé Pont-Notre-Dame se rompit et fondit à la rivière, ensemble toutes les soixantequatre maisons disposées en fort bel ordre des deux côtés....» La catastrophe arriva à neuf heures du matin. Ici les traditions ne sont plus d'accord : suivant les uns, bon nombre d'habitants périrent sous les ruines de leurs maisons; suivant les autres, et notamment Dom Félibien et Sauvai, tous se seraient sauvés avec leurs meubles les plus précieux, à l'exception de quatre ou cinq'.

Cette catastrophe, survenue sans que le fleuve fût en crue ou en débâcle, causa une émotion extraordinaire à Paris. Maître Jacques Piédefer, avocat au Parlement, prévôt des marchands, les quatre échevins en exercice et les deux échevins sortants furent emprisonnés. Après une enquête minutieuse qu'on fit remonter à vingt ans en arrière, ils furent dégradés de leurs offices, déclarés incapables d'y être réélus et remplacés par cinq bourgeois, « commis et députés au gouvernement de la Ville, » véritable Commission municipale qui fonctionna jusqu'au 16 août 1500, époque 011 sire Nicolas Potier, « général des monnoies, » fut élu prévôt.

Maître Piédefer fut en outre condamné à 1000 livres et

' Voici ce qu'on lit dans Sauvai : « Ce pont tomba en 1499, le 23 novembre... Il n'y péril que quatre a cinq personnes. »

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chacun des échevins à 400 livres d'amende, sommes qui furent employées à la reconstruction du pont, à l'exception de 100 livres affectées à un service funéraire pour le repos des âmes des victimes'. On décida en même temps que pour faciliter les enquêtes en pareil cas, tous les actes et ordonnances de l'échevinage seraient transcrits sur registre. Cette règle fut rigoureusement observée depuis l'année 1499 jus^qu'en 1784.

Les registres de la Ville i'orment une collection de 105 volumes manuscrits. Pour tirer parti de ces précieux documents, il fallait d'abord apprendre à déchiffrer l'écriture de tous les commis employés au greffe de la Ville pendant trois siècles. Je ne pouvais entreprendre moi-même un tel travail, le temps me manquait. J'obtins de M. le préfet de la Seine l'autorisation de faire copier tout ce qui intéressait le service des eaux par des élèves de l'École des Chartes. Mais dès le début je me trouvai arrêté par une très-sérieuse difficulté : le jargon technique est absolument inintelligible pour ceux qui ne sont jamais occupés de travaux, et je cherchais surtout les rapports des Guillain, des Francini, des Jean Beausire ; les pièces écrites en langage ordinaire étaient celles qui m'intéressaient le moins. Je me voyais ainsi privé des documents les plus importants, lorsque je découvris dans mes bureaux l'aide qu'il me fallait. M. Mourot, dessinateur et contrôleur des eaux, apprit en peu de temps à déchilfrer tous ces manuscrits. Les détails techniques ne l'arrêtaient pas, et en

• Voy. Dom Félibien, Histoire de Paris, t. II, page 8U0, et surtout un Irès-intéressant mémoiio (II! M. Jules Cousin, Paris à travers les ûrjes. — La Cité et le poiil Notre-Dame.

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