‹ Les eauxChapitre 102 sur 310 · LES POMPES DU PONT NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

LES POMPES DU PONT NOTRE-DAME

Traditions ancienues. — Sécheresses de 1667-68-09. — Jolly, ingénieur ordinaire du Roi, propose d'établir des pompes en aval de la troisième arche du pont Notre-Dame. — Description de la machine proposée. — Elle est acceptée par le bureau de la ville. — Proposition du S'' Fondrinier d'établir des pompes semblables dans le grand moulin établi à l'aval delà deuxième arche du même pont. — Acceptation du bureau de la ville. — Fondrinier déclare qu'il n'est que le prête-nom de M. de Jlance. — Les machines sont exécutées et entretenues par MM. Jolly et de Mance. — Acquisition des deux moulins par la ville.

Sécheresses de 1667-68 et 69. — On a vu ci-dessus que ces sécheresses réduisirent presque à rien le volume d'eau dont le bureau de la Ville disposait alors. Les mesures administratives prises pour atténuer celle pénurie d'eau ne produisirent aucun résultat.

« Depuis la construction de l'aqueduc d'Arcueil, la Ville avoil eu environ quarante pouces d'eau, lanl de cet aqueduc que de ceux du Pré-Saint-Gervais et de Belleville; on fît des recherches pour faire revenir les eaux à ce dernier, qui n'en avoit jamais beaucoup fourni, et qui étoit presque à sec, au moins pour la Ville; car on découvrit en particulier, dans un des regards de cet aqueduc d'où les religieuses de la Roquette tiroient leurs eaux, qu'elles en avoient cent cinquante lignes, tandis que la Ville n'en

avoil que Ircnle-six. On relrancha tolalcmenl le conduit des religieuses; on obligea les habitants de Belleville et du Pré-Sainl- Gervais de combler les puits, et d'arracher les arbres qui étoient le long des jiierrées qui amenoienl les eaux ; mais les recherches qu'on fit à Belleville, non plus que celles qu'on avoit fuites dans les environs de Piungis, ne produisirent pas un grand effet, et ne furent point capables de remédier aux incommodités que souffroient de la disette d'eau les habitants éloignés des bords de la rivière. On écoula donc, en 1669, les propositions que firent différents particuliers, et entre autres celles de M. Jolly, ingénieur ordinaire du Roi, qui avoit le soin de la pompe de la Samaritaine : il en fit deux en même temps; la première, de faire trouver cent pouces d'eau dans les regards du Pré-Saint-Gervais, qui n'en avoient pas jusqu'alors produit au-delà de vingt pouces. Celle proposition, dont l'exécution demandoit de grandes dépenses, ne fut pas si favorablement accueillie que celle qu'il fit en même [emyis d'élever les eaux de la rivière au pont Notre- Dame, par le moyen de deux machines hydrauliques, dont le jeu fut examiné par des experts que la Yille nomma; ce projet réussit, et la pompe que nous voyons en est le fruit, et le plus riche fonds de la Ville pour les eaux. » (Bonamy.)

Cette résolution fut prise pendant cette grande sécheresse, à la suile d'une visite des aqueducs de Belleville, du Pré-Saint- Gervais et du château d'eau de l'aqueduc d'Ârcueil, dirigée le 4 septembre 1669 par le prévôt des marchands lui-même. On relrouvera dans les chapitres suivants le récit de celle visite.

Ce récit prouve que la longue sécheresse signalée ci-dessus persistait encore en 1669 : le 4 septembre, l'aqueduc du Pré- Saint-Gervais ne donnait que 6 pouces d'eau, à peu près comme en 1668; l'aqueduc de Belleville ne débitait pour ainsi dire rien': les petits travaux ordonnés sur place par le prévôt, ainsi que le dit Bonamy, ne produisirent aucun résultat.

* Voy. ci-dessus p. 88 et suiv.

LES POMPES DU PONT NOTRE-DAME. — PROJET DE JOLLY. 2i3

L'aqueduc d'Ârcueil lui-même étant tombé à un très-bas débit', il arriva ce qu'on constate toujours en pareille circonstance; on passa d'un extrême à l'autre : toutes les illusions qu'on s'était faites sur la constance du débit des sources s'étant dissipées, on cberclia autre chose et l'on crut avoir trouvé une solution définitive en adoptant le projet de Jolly, qui proposait de faire, à l'aval de la troisième arche du pont Notre-Dame, une machine analogue à celle de la Samaritaine. Ici encore on se fit de grandes illusions; mais on ne compromettait rien, car la dépense n'était pas grande.

Le devis de la machine fut présenté au bureau de la ville par Jolly, le 29 novembre 4669. Il fut soumis peu de jours après à l'examen de ce bureau. Voici les passages les plus intéressants du procès-verbal de la délibération :

« Du vendredi vingtième décembre mil six cent soixante-neuf. En l'assemblée de messieurs les Préuost des marchands Eschevins et cons''^ de la ville et d'aucuns de messieurs les antiens Eschevins le dit jour tenu e:i Ihostel de lad^ ville, suivant les mandements pour ce enuoyez pour délibérer sur la proposition qui auoit esté faicte par le sieur Jolly d'esleuer les eaux de la rivière de Seyne pour la commodité de la ville et dy faire venir par de nouvelles recherches qui seroient faites à Belleville et au pré saint Geruais sont comparus : messire Claude Le Pelelier, conseiller, etc..

« Outre les personnes cy dessus, messieurs les Préuost des marchands et Eschevins auoient faict prier plusieurs personnes intelligentes au faict des Eaux et dans les mathématiques pour auoir leur aduis sur la proposition du sieur Jolly, scauoir :

« Monsieur de Franchini, Lieutenant criminel de robbe courte et surintendant des eaux du Roy.

« Les sieurs Petit et Blondel, ingénieurs du Roy et Roberual professeur royal es mathématiques.

« Et le sieur de Beyne lun des quarteniers de la Ville.

« Monsieur le Préuost des marchands a dict qu'ayant recjnnu que le publicq et particulièrement plusieurs communautez relligieuses receuoient beaucoup d'incommodité pour n'auoir la quantité de bonne eau qui leur pouuoit estre nécessaire pour leur usage, que plusieurs quartiers éloignez

' Voy. ci-dessus p. 00.

de la riuière se trouuant dans la mcsme peyne il auoit reclierché les moyens (le procurer au publicq quelque soulagemeni, qu'il auoit escouté et receu touttes les propositions qui luy auoient esté faictes qui nbouttissoient à deux moyens; le premier estoit d'augmenter les Eaux publiques par de nouvelles recherches ; et l'autre par des eslcuations d'Eau de la riuière de Seyne. Que les recherches de nouvelles sources outre quelles estoient d'une grande despense, elles estoient incertaines pour la quantité et la longueur dans leur exécution; que lexemple de 1 Esléualion d'eau qui se faisoit à la Samaritaine jiistifioit assez qu'il csloit possible et aisé desleuer des Eaux de la riuière en quantité suffisante pour pouruoir aux besoins du publicq, q>ie le bureau de la ville auoit résolu sous leurs bons aduis de se seruir de lun et lautre moyen, et que pour le second le sieur JoUy qui auoit le soin de l'esléuation d'Eau de la Samaritaine auoit faict une proposition dont la lecture seroit faicte syl plaisoit à la Compagnie, mesme faict le modèle qui estoit exposé et qui auoit esté veu par plusieurs experts et Ingénieurs ; laquelle proposition contenoit trois chefs. Le premier de faire une esléualion d'Eau de l'endroict où estoit aprésent scitué le plus grand des moulins addossez contre le pont Nostrc dame en faisant faire deux pilles de pierre dans le lict de la riuière et faisant porter les machines, Roiies el Tournants sur des batteaux flotlans qui sesleueroient à proportion que les Eaux augmenteroient. Le second que les dits ouurages ettants paracheuez il auoit une petite machine toute preste qui pouuoit eslc uer trente à quarante poulces d'Eau, el qu'il poseroil dans le petit moulin dont Ion verroit l'effect dans quatre mois. El le troizicsme et dernier qu'il offroit de faire la recherche et liurer dans les regards du pré Sainct Geruais jusques à la (|uantilé de cent poulces d'Eau moyennant deux mille cinq cens liures pour chaque poulce, de faire à ses despens les dites recherches et de desdommager les propriétaires des terres où les d^' fouilles seroient faites : Mais afin que la Compagnie conneus autc plus de certitude toute la proposition que la lecture en alloil eslre faicle en présence des experls mandez qui estoient dans la gr.mde salle et allandoient pour entrer et qu'il estoit important d'entendre pour scauoir burs sentinicns sur la manierre en laquelle les ouurages dcbuoient estrc faicts.

Ce faict Ruelle huissier de la d"' ville auroil faict entrer les d'* maistres (les œuures de la Ville el autres experls susnommcz en la présence desquclz lecture auroit esté faicle 3 la Compagnie par le greffier de la Ville de la proposition du d' Joiiy el du deuis des ouurages à faire pour lexécution dycelle.

Sur quoy les d'* exjierts ayant esté ouys, eux relirez cl ouy le procureur du Roy et de la Ville en ses conclusions ;

A ESTE ARRESTE cl conclud de receuoir la proposition dudil -JoUy. Et

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