‹ Les eauxChapitre 101 sur 310 · L.V SAMARITAINE. — DEMOLITION · texte numérisé non relu

L.V SAMARITAINE. — DEMOLITION

Voici l'appréciation de la deslriiclion du carillon, écrite dans un ordre d'idées bien différent, par un autre auteur, M. Edouard Fournier :

« Le carillon, qui n'avait pas été changé depuis que Drouart et Ninville en avaient refondu les clochettes vers le milieu du siècle de Louis XIV, cessa de se faire entendre (en 1793).

« La sonnerie aux clairs refrains demeura immobile et muette dans son campanile au-dessus du toit qu'on laissait peu à peu s'effondrer. Quant à la petite girouette qui surmontait ce campanile, et dans laquelle on avait spirituellement découpé l'image de la mobile Renommée, elle avait disparu depuis longtemps déjà avec le cadran anémonique où ses mouvements marquaient les variations du vent'. »

La Samaritaine fut entièrement détruite en 1813, comme le prouve le récit suivant, de Dulaure\

« Cette machine était sujette à se déranger et exigeait de fréquentes réparations.

« Dans les années 1712, 1714 et 1715, elle fut presque entièrement renouvelée. Les Français, qui plaisantent sur tout, firent alors des couplets sur cette fontaine, reconstruite avec plus de magnificence que de goût.

ft Voici deux couplets d'une de ces chansons, qui ne fut pas composée par des jésuites :

Anétez-vous ici, passa I ; Regardez attentivement ; Vous verrez la Samaritaine Assise au bord d'une fontaine :

Vous n'en savez pas la raison, C'est pour laver son cotillon.

Regardez de l'auli e côté :

Comme le S'igneur est plante,

' Histoire du Pont-Neuf, par Edouard Fournier, p. 485. 1802. Chez Dentu, éditeur, Palais- Royal.

- Histoire civile et morale de Paris, etc., par J.-.L Dulaure, cinquième édition, t. V, 1834, p. 187.

Qui l'entretient sur la grâce Il lui parle sur l'efficace :

Mais il lui parle doucement De crainte d'emprisonnement.

« En 1772, celte pompe-fonlaine l'ut de nouveau reconstruite el le groupe de figures redoré. Ce bâtiment avait le titre de Gouvernement. Le roi nommait et appointait richement l'inutile gouverneur de la Samaritaine. La révolution en a fait justice.

« Les nouveaux moyens employés pour alimenter les fontaines et bassins des palais et jardin des Tuileries rendaient cette machine moins nécessaire; elle menaçait ruine : ses produits ne valaient pas les frais de son entretien ni de sa restauration ; en 1813, elle fut entièrement démolie. »

Les quolibets ne manquèrent pas, et la destruction de la pauvre fontaine fut chantée dans des ouvrages burlesques tels que celuici : Les Adieux de la Samaritaine aux bons Parisiens, par M. Pissot. La publication de cette brochure fixe au moins la date précise de la démolition; elle a paru en avril 1813 chez Aubry, imprimeur-libraire, et évidemment, connne tous les ouvrages de circonstance, peu de jours après la destruction de l'édifice.

Ces plaisanteries assez fades n'eurent probablement pas plus de retentissement qu'elles n'en méritaient : la Samaritaine tomba sans bruit comme toutes les choses qui ont fait leur temps. En cela, les Parisiens ne se sont pas montrés animés d'un grand esprit de justice : le roi, véritablement grand, auteur de cette petite machine, a rendu un signalé service à leurs ancêtres, en alimentant en eau de Seine les châteaux royaux, dont il pouvait, comme ses prédécesseurs, tirer l'eau des fontaines publiques, bien misérablement dotées alors ; il leur a appris de plus comment ils pouvaient utiliser le courant de la Seine pour faire cesser la pénurie d'eau dont la ville souffrait presque toujours. La Samaritaine ne devait donc pas disparaître au milieu de l'indifférence générale; elle méritait qu'on lui consacrât au moins quelques lignes de souvenirs, et c'est pour cela que j'ai écrit ce chapitre.

Page 1