i UEL'RES
Eau tles aqueducs du Pié-Saint-Gervais et de Bcllevillc. 288
— de l'aqueduc d'Aicueil 960
— de la Samaritaine 403
— des pompes du pont Notre-Dame 921
Total 2572
En retranchant l'eau consommée dans les palais royaux du Luxembourg, du Louvre et des Tuileries, c'est-à-dire l'eau de la Samaritaine et 28 pouces d'eau d'Arcueil, ou 950 mètres cubes en 24 heures, il reste 1022 mètres cubes pour le volume consommé par les Parisiens. Ce débit, pour une population de 900 000 habitants, donne 1"',80 par jour et par tète. Lors donc que Bonamy écrivait qu'il y avait abondance d'eau de son temps, il entendait que les puits fournissaient un large complément.
Nous avons la certitude que, dans le premier tiers du dixneuvième siècle, la consommation d'eau de puits était encore considérable à Paris. Voici, en effet, ce qu'on lit dans l'ouvrage de Génieys, publié en 1829' : « Pour suppléer à l'eau^de Seine, dont le prix est trop élevé pour qu'on puisse en étendre l'emploi, on établit des pompes dans presque toutes les maisons pariicu-
' Voyez Mémoire sur les aqueducs de P;iris comparés à ceux de l'ancienne Rome, par Bonamy {Académie des inscriplions et belles-lettres, p. 734, juillet 1754).
' Voyez p. 55G et suivantes.
' Voyez p. 578.
* Essai sur les moyens de conduire, d'élever et de distribuer les eaux, par Génieys, ingénieur au corps royal des Ponts et chaussées, atlaclié au sor\ice de la distrilnition des e.iux dans Paris, p. 154.
lières, et l'on se sert des eaux de sources ou de puils, quoiqu'elles ne possèdent pas les qualités qui les rendraient profitables à l'industrie. »
Pour bien comprendre ce passage, il faut savoir que l'eau de rOnrcq entrait à peine alors dans la consommation ; on n'en distribuait à domicile que 62 pouces ou 1190 mètres cubes par 24 heures, qui étaient vendus au prix très- modéré de 62 000 francs par an. L'eau de Seine provenait des fontaines marchandes exploitées par la ville. On en vendait, au prix de 0^%90 le mètre cube, 92 pouces ou 1766 mètres cubes par
24 heures aux porteurs d'eau, qui la rendaient à domicile au prix de 10 centimes la voie de 23 litres, ou de 4^', 35 le mètre cube, ce qui faisait par an, au compte de Génieys : 2 802 504 fr .
L'établissement des Célestins vendait 500 mètres cubes d'eau par jour au prix, par an, de : 456 930
Les porteurs d'eau à bretelles portaient à domicile le tiers environ du volume vendu aux fontaines marchandes, soit 588 mètres cubes par jour, au prix, par an, de 944 522
Les 2655 mètres cubes d'eau de Seine portés à domicile coûtaient donc aux Parisiens la somme de : 4203 756 fr.
On comprend mieux encore l'exagération de cette dépense lorsqu'on la compare à celle du service actuel. Au 31 décembre 1875, 40476 mètres cubes d'eau de Seine ou de sources et 38592 mètres cubes d'eau de l'Ourcq, distribués par jour à domicile par les conduites publiques, ne coûtent que 6538 395 fr. Mais cette eau est en partie distribuée à robinet libre et, en réalité, ce mode de distribution permet aux particuliers de tirer des conduites publiques 100000 mètres cubes d'eau par jour: le mètre cube distribué ne coûte pas plus de 18 centimes en moyenne,
25 centimes pour le mètre cube d'eau de Seine et 12 centimes pour celui de l'Ourcq. A l'époque où écrivait Génieys, l'état de la canalisation ne permettait pas de tirer l'eau de Seine de la con-
duite publique ; il fallait la demander au porlcLU' d'eau au prix de 4'',35 le mètre cube. Il est bon de remarquer que si le consommateur tire de la conduite publique un volume plus grand que celui qui figure sur sa police, le porteur d'eau, au contraire, donne toujours moins que la voie ; la voie d'eau légale est de 23 litres; la voie d'eau réellement portée n'est que de 18 litres, ce qui élève le prix du mètre cube à plus de 5 francs. Ce prix énorme de leau de Seine fait comprendre le passage de Génieys cité cidessus et le chiffre peu élevé de la consommation. Les 900000 habitants de Paris ne consommaient par jour que 2655 mètres cubes d'eau de Seine et 1190 mètres cubes d'eau d'Ourcq, en totalité 5845, ce qui fait par tête un peu plus de 4 litres par jour. Ces 3845 mètres cubes comprenaient l'eau des fontaines alimentées par les aqueducs et les pompes de la Samaritaine et du pont Notre-Dame, qui était vendue à domicile par les porteurs d'eau à bretelles. L'ouvrier, ne pouvant aborder le porteur d'eau, se contentait de la pompe qu'il trouvait dans la cour. 11 y puisait un liquide peu salubre, mais qui avait sur l'eau de la Seine et du canal deux grands avantages, la limpidité et la fraîcheur,
A cette époque, l'eau distribuée aux fontaines marchandes n'était pas fdtrée. Depuis 1821, on vendait de l'eau filtrée à la Boule-Rouge' ; mais c'est seulement en 1859 et 1840 que cette amélioration fut généralisée". Le petit fi'llre de ménage ne devait même pas être très-répandu. Je tiens de mon beau-père, M. de Labrosse et de M. Maurice de Préjan, qui étaient gardes du corps h la première Restauration, que l'eau de Seine servie sur la table du roi était filtrée avec des filtres en papier. Le filtre au charbon et le petit filtre en vergelé étaient donc ou inconnus on du moins
• Cette fontaine était alors un établissement particulier; l'eau était filtrée au moyen du sable et du charbon, par le procédé de M. Fonvielle et ensuite de M. Diuoniun.
Une ordonnante lovale du 18 mai 178'2 concédiiit à M. de Charancourt le privilège d'établir une fontaine filtrante; mais il ne parait pas que cette entreprise ait réussi.
* Les premiers appareils de filtrage ont été posés par la compagnie française, depuis compagnie Védel, en 1839, à la fontaine de la porte Saint-Denis et, eu 1840, aux fontaines de la Bastille, de Saint-Victor, de Courcelles et de l'Université.
peu répandus en 1815, el les Parisiens buvaient encore l'eau de Seine telle qu'ils la recevaient des porteurs d'eau, c'esl-àdire chaude l'éîé et trouble l'hiver ; comme leurs ancêtres, ils donnaient naturellement la préférence à l'eau de puits qui, fraîche et limpide, était au moins agréable à boire. On peut donc dire que, jusqu'à ces dernières années, la plus grande partie de l'eau employée aux usages domestiques était de l'eau de puits, quoique dans les temps anciens elle fiit, comme aujourd'hui, très-chargée de sels terreux et de principes organiques de la nature la plus répugnante.
On a su de tout temps que ces eaux étaient impropres à certains usages domestiques, notamment à la cuisson des légumes et au savonnage : les noms de fontame Maubuée, d'eau lourde, d'eau dure, d'eau plâtrée, le prouvent surabondamment. Mais étaient-elles réellement insalubres? C'est un point sur lequel les avis sont partagés. L'azotate de chaux dans la proportion où il se trouve dans les puits de Paris, c'est-à-dire de 1 gramme par litre au plus, ne peut nuire à la santé. L'odeur spéciale des sels ammoniacaux volatils fait repousser l'eau qui en est chargée. Mais le sulfate de chaux, dans la proportion de 1 gramme par litre, et les matières organiques sont considérés comme insalubres par la plupart des auteurs. Suivant M. Delesse, ces matières n'étaient pas sans relation avec les grandes épidémies du moyen âge. Je ne me permettrai pas d'émettre un avis sur cette question, mais il me semble que, dès qu'il est établi qu'une eau contient des déjections organiques, le bon sens dit qu'elle est impropre aux usages domestiques, parce qu'elle soulève la juste répugnance des consommateurs. A ce point de vue, l'eau des puits de Paris ne doit pas être considérée comme eau potable.
Aujourd'hui cette eau n'est employée à Paris, ni à la boisson, ni à la préparation des aliments, j'en ai à peu près la certitude, -l'ai dit que, dans les premiers jours du siège de Paris, j'avais fait visiter les puits; sur 50000 qui existaient alors, 20000 ont dû être nettoyés pour qu'on pût y puiser, en cas de pénu-
rie d'eau el de nécessité urgente, un liquide non pas salubie, mais qui ne fût pas trop répugnant. M. Adde, inspecteur des eaux, qui compte plus de quarante ans de service, et M. Marchant, directeur de la Compagnie générale des eaux, pensent comme moi que l'eau des puits de Paris n'est plus employée que pour les besoins de la salubrité ou le rinçage du linge. S'il y a des exceptions, elles sont rares'.
Il n'est pas moins certain que, depuis l'époque la plus reculée de notre histoire jusqu'à l'achèvement du canal del'Ourcq, l'eau de puits a été la principale ressource des Parisiens.
Le canal de l'Ourcq a été achevé en 1822; mais, comme le prouve le passage de l'ouvrage de Génieys, cité ci-dessus, l'eau du canal était encore peu répandue eu 1829. En 1854 même, la canalisation n'était pas encore suffisamment développée pour la porter dans toutes les rues de Paris. C'est à ces eaux peu abondantes, qui ont été distribuées depuis l'origine de notre histoire jusqu'à l'achèvement du canal de l'Ourcq, que je donne ce nom : les anciennes eaiix.
' Depuis le 50 juin 1870, on a creusé ôi nouveaux (luils et ou eu a comblé l'2; décembre 1875, on comptait à Paris 50 042 puits.