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KILOGRAMMES

Matières en dissolution 1,158 I „ ^n„

— en suspension 1,169 ) '"'

Azote. 0,043

L'eau de certains puits de Paris renferme donc beaucoup plus d'azote que l'eau de l'égout collecteur. Si l'on analysait l'eau d'un plus grand nombre de puits, on arriverait sans doute h d'autres résultats. Néanmoins, le fait constaté ci-dessus est trèsextraordinaire.

Il est assez difficile, dans l'état si complexe du sol de Paris, de se rendre compte des causes de cette infection de l'eau des puits. On sait, d'une manière générale, que la présence des azotates et des sels ammoniacaux annonce que l'eau renferme des matières organiques azotées ou du moins qu'elle a traversé des terrains qui en sont chargés.

Dans les rues qui avoisinent l'Hôtel-de-Ville, ce sont surtout les résidus des anciennes fosses non étanches qui agissent encore.

En plongeant la main dans l'eau de certains puits de ce quartier et en la laissant sécher, M. Boussingault a reconnu l'odeur non douteuse des matières fécales. La gravité de ce résultat devient saisissante, lorsqu'on considère qu'une loi du 24 septembre 1819 oblige tous les propriétaires de Paris h rendre leurs fosses étanches ; la préfecture de police a organisé un système de surveillance très -actif qui subsiste encore aujourd'hui; les fosses sont visitées à chaque vidange et celles qui ne sont pas étanches sont réparées avant d'être remises en service. Les fosses perméables sont devenues si rares qu'elles sont certainement sans action sur

la nappe d'eau des puits. Cette action des matières fécales tient donc à un ancien élat d'infection du sol, qui persiste encore aujourd'lini el qui produit surtout des sels ammoniacaux. On sait en eiïct que, dans les temps anciens, les matières fécales étaient reçues dans des fosses perméables et que les voiries étaient disposées aux portes de la ville. Ainsi, en construisant l'égoul de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, nous avons trouvé, sur presque toute la longueur de cette rue, une couche épaisse de terrain noir, résidu d'une voirie située aux portes de l'enceinte de Charles V.

Telle est la cause de la présence de l'ammoniaque dans la nappe d'eau des puits. Celle des azotates tient à des causes plus complexes. Les égouls étaient de simples fossés à ciel ouvert, qui perdaient leurs eaux dans un sol perméable. De nombreux puisards, connus sous le nom de puits perdus, suppléaientà l'insuffisance des égouts, et conduisaient directement les eaux ménagères dans la nappe d'eau des puits.

C'est seulement à partir du règne de Philippe-Auguste que les principales rues de Paris ont été pavées; avant cette époque, la voie publique était couverte d'une couche épaisse de cette boue pâteuse qu'on retrouve encore dans certaines rues non classées de la zone annexée. Les rues les plus mal tenues du plus misérable village ne peuvent donner une idée de l'état d'infection de certaines impasses des quartiers excentriques de la Maison- Blanche el de Clignancourt. L'étal de salubrité des rues pavées n'était guère meilleur autrefois. Le ruisseau était au milieu de la chaussée; les voitures y tenaient nécessairement une de leurs roues ; le pavage était donc toujours en mauvais état, et une épaisse couche de boue séjournait dans les trous de ce pavage, pénétrait lentement dans le sous-sol et s'infiltrait à droite et à gauche sous les maisons.

Beaucoup de personnes encore vivantes ont connu l'ancien état des rues de Paris. Je suis de ce nombre et j'ai vu cette épaisse couche de boue noire à laquelle nos ancêtres donnèrent le nom

LES PUirS. - INSALUBRITE. 15

de crotte dans le beau langage' et de gadoue dans le langage populaire.

Cet étal des rues de Paris cessa vers 1850, lorsqu'on subslilna les chaussées bombées aux chaussées fendues ; depuis cetteépoqiie les ruisseaux furent lavés deux fois par jour parles eaux du canal de l'Ourcq ; les pavages furent exactement entretenus et la boue, enlevée tous les matins, cessa de s'infiltrer dans le sous-sol.

En construisant les égouts nous retrouvons la boue ancienne, souvent sur une épaisseur de plusieurs mètres ; j'ai fait rapporter ces épaisseurs sur une carte de Paris, qui a malheureusement été brûlée en 1871 avec mon cabinet. On distinguait facilement les anciennes voies des voies nouvelles, par la hauteur de cette couche de boue.

La boue de Paris a fortement contribué à l'infection de la nappe d'eau des puits dans les temps anciens, l'habitation des Parisiens reposait alors snr un épais mélange de plâtras et de boue; les matières organiques que contenait ce mélange, réagissaient sur les sels de chaux, et les caves étaient de véritables ni- Irières exploitables et exploitées par l'administration de la guerre, qui en lessivait le sol et en tirait luie grande quantité d'azotate de chaux qu'elle convertissait en salpêtre (azotate de potasse). L'azotate de chaux, sel très-déliquescent, descendait facilement jusqu'à la nappe d'eau des puits, qui, je l'ai dit ci-dessus, n'était pas à une grande profondeur.

r Les eaux ménagères, en se perdant dans les puisards et dans les fossés qui remplaçaient les égouts, produisaient un effet analogue.

Quoique cet effet ait cessé depuis plus de 40 ans, on pour-

' Ce mot a été employé par nos poètes et nos grands écrivains :

Nouvelle pension fatale à ma calotte Précipice élevé qui te jette en la crotte.

(BoiLEAU.)

Sa mignonne chaussure fut bientôt percée ; elle enfonçait dans la crotte...

(J.-J. Rousseau.)

15 LKS ANCIENNES EAUX.

rail eiicoi'fi lessiver le sol des caves des vieux quartiers pour en lirer du salpêtre el la nappe d'eau des puils reste chargée d'azolate de chaux.

On sait qu'autrefois les cimetières de Paris entouraient les églises et qu'ils furent successivement fermés de 1780 à 1804. lis furent remplacés par trois cimetières : les cimetières du Père- Lachaise el de Montmartre, créés le 21 ventôse an IX, furent érigés en 1804 en cimetières municipaux. C'est en 1824 seulement que le cimelière du Montpariutsse fut ouvert.

L'action des anciens cimetières sur les eaux souterraines a dû être considérable, si l'on eu juge par celle des cimetières actuels. M. Boussingault n'a donné, dans les mémoires précités, que deux analyses d'eau puisée dans ces élablissements.

L'équivalent de salpêtre, par mètre cube d'eau, a été trouvé :

KILOGIIAMMGS.

Au cimelière Montmartre 1,526

Au cimetière Moiilpai nasse 0,155

M. Ilervé-Mangon a analysé les eaux qui tombent goutte à goutle du ciel des catacombes dans le voisinage du cimetière du Montparnasse ; il a constaté qu'elles contenaient 1 gramme d'acide azotique par litre, soit 1 kilogramme par mètre cube, ce qui correspond à r,87 de salpêtre.

M. l'ingénieur en chef Uelesse a constaté des faits analogues. Yoici ce qu'il m'écrit à ce sujet :

« Les matières organiques qui proviennent des cimetières anciens ou actuels, tendent surtout à corrompie les eaux des nappes souterraines ; il est facile de le constater dans les puils de Paris qui son! eu contre-bas du Père-Lachaise. Les eaux sont chargées de matières organiques, exhalant au bout de quelques jours une odeur Irès-marquée, et ma caite hydrologiiiue montre que leur litre hydrolimétriiiue est très-élevé.

« Surdiveis points, on a même rencontré de véritables eaux

sulfureuses à l'intérieur de Paris, notamment à l'usine de M. Lapostolet, où elles étaient assez abondantes pour que l'Assistance publique eût songé à les utiliser pour l'hôpital Saint-Louis. 11 yen avait aussi au pont d'Auslerlilz.

« Récemment, j'ai encore \isilé une source sulfureuse qui est très-chargée, dans la propriété de M. Haincques de Sainl- Senocli, rue Demours, n° 19, aux Ternes ; elle pourrait facilement alimenter un établissement de bains sulfureux.

« Des sources sulfureuses ont également été indiquées à Montmartre, au voisinage du cimetière. »

Il est probable que les eaux sulfureuses de l'usine de M. Lapostolet proviennent des matières fécales de l'ancienne voirie de Montfaucon ; il en est de même des eaux sulfureuses du pont d'Austerlitz, près duquel tombait autrefois la décharge de cette voirie.

Au Père-Lachaise, les morts étaient enterrés dans la nappe d'eau des marnes vertes avant les travaux de drainage que j'y exécutai, il y a environ 15 ans, avec M. Emile Allard, aujourd'hui ingénieur en chef du service des phares.

Voici ce que j'ai vu de mes yeux à cette époque : la fosse commune se remplissait pendant la nuit d'une eau chargée de matières grasses, facilement reconnaissables aux irisations qui couvraient toute la surface du liquide qu'on épuisait pour faire les inhumations du jour. Le sol était donc encore imprégné de matières organiques, qui s'écoulaient vers Paris avec l'eau des marnes vertes.

Si, malgré toutes les mesures énergiques prises depuis plus d'un demi-siècle par l'administration municipale, les causes d'insalubrité qui altèrent la nappe d'eau des puits persistent encore, qu'on juge de ce que cela devait être au moyen âge, lorsqu'aucune police n'existait à Paris.

Emploi de l'eau de puits. — Malgré ces causes d'insalubrité, les puits ont été pendant longtemps la seule ressource des Pari-

18 LES ANCIEiNNES EVLiX.

siens qui ne pouvaienl f;iire usage de l'eau fie la Seine ou de la Bièvre, et, au iur et à mesure que la \ille se développail, ils devenaient de plus en plus immondes.

Suivant Bonamy', après la domination romaine, la ville était arrivée peu à peu à un haut degré de prospérité. Sous les Mérovingiens et les premiers Carlovingiens, jusqu'au règne de CharJes-le-Simple, c'est-à-dire pendant quatre siècles, la corruption de l'eau des puits s'accroissait en même temps que la ville grandissait. Après le siège de Paris par les Normans et la destruction des deux aqueducs d'Ârcueil et de Chaillot", jusqu'au règne de Philippe Auguste, c'est-à-dire pendant près de trois siècles, rien ne fut fait pour améliorer le service des eaux de la ville.

On sait qnelle est la répugnance instinctive qu'inspire l'eau de rivière à l'homme qui ne sait ni la filtrer, ni la rafraîchir; nos paysans boivent l'eau de leurs puits presque toujours trèsdure, quoiqu'ils aient à côté d'eux une rivière dont l'eau est incomparablement meilleure. Mais cette eau est chaude l'été, trouble l'hiver; le limon, dont elle ne se dépouille jamais entièrement, lui donne une saveur peu agréable ; il faut d'ailleurs se déplacer pour la puiser : le consommateur donne hautement la préférence à Peau de son puits qui est toujours limpide, fraîche, souvent agréable à boire et qui touche à sa maispn. Si elle est trop dure, la ménagère va laver son linge à la rivière. Les peuples anciens, qui ne possédaient aucun moyen d'apprécier l'insalubrité de l'eau, ni de la filtrer, avaient la plus haute estime pour Peau de puits'. L'eau dérivée d'une source leur paraissait sans doute meilleure, mais il n'y avait pas de source à Paris. Il est donc bien probable que les habitants de cette ville délais*saient Peau de Seine et celle de la Bièvre, et ne buvaient que de l'eau de puits.

« Voy. p. 81.

* Voy. p. 51 et 82.

= Vov. introduction, p. 18.

Depuis le règne de Philippe Auguste jusqu'à la mise en service de l'aqueduc d'Arcueil, c'est-à-dire, pendant quatre siècles, une amélioration bien légère fut introduite dans le service des eaux par la construction des aqueducs de Belleville et du Pré-Saint- Gervais, qui dérivent les sources désignées dans le service sous le nom de sources du Nord. Il a été établi par des jaugeages officiels que le débit moyen de ces deux aqueducs était de 290 mètres cubes par 24 heures, y compris les concessions accordées aux établissements publics, aux communautés religieuses et aux seigneurs de la cour. En temps de basses eaux, ce volume diminuait notablement et tombait au-dessous de 200 mètres cube par 24 heures.

La ville était déjà considérable :

H,lBITAXTS.

Au treizième siècle, sous Philippe Auguste, elle

renfermait' près de 200 OOl)

En 1292^ 215 861

En 1328' 274 941

A la fin du quatorzième siècle sous Charles VI*. . 275 000

Au commencement du dix-huitième siècle^. . , . 530 000

En 1715 700 000

En 1779 « 1 000 000

En 1800' 547 756

En 1817 « 713 966

Enl825« 900 000

Le volume d'eau porté par les aqueducs, et réellement mis à la disposition du public, n'était donc pas, au commencement du treizième siècle, d'un litre par tête en temps sec ; il était à peine d'un demi-lilre pendant le quatorzième; cette petite quantité d'eau, coulant nuit et jour, était en grande partie perdue.

• * D'après Springer. \

- Géraud, Paris sous Philippe le Bel, p. 477 et 478. l

. ' Géraud, Paris et ses historiens. I Renseignements fournis

* Géraud, Recherches statistiques, introduction, p. 18. f par le service " Les curiosités de Paris, p. 5. \ des

"^ Dictionnaire de Hartaul, p. 200. | travaux historiques

. ' D'après Douillet. l de la Ville.

* Statistique officielle. | 9 Dictiomiaire de Béraud, introd., p. 25. /

aa LES ANCIENNES EAl'X.

Suivant Boriamy, la ville était aboiulamment pourvue d'eau à l'époque oiî il écrivait son mémoire, c'est-à-dire en 1754'. 11 évaluait à 5740 mètres cubes Fcau qu'on y distribuait alors en 24 heures, en y comprenant celle qui se consommait dans les palais et jardins du Roi'. Ce volume qui nous paraît si insuffisant aujourd'hui était cependant très-exagéré; d'après Girard, qui était ingénieur en chef du service des eaux au commencement du dix-neuvième siècle, il doit être réduit ainsi' :

MÈIHES CIBES

EN

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