LIQUIDATION PÉRIER. — L'INGÉNIEUR HAUPOIS
degré d'illuslralion et de prospérité promis dans le mémoire imprimé qu'ils répandent'. »
Ainsi se termina l'entreprise des eaux de Paris, qui, à son origine, promettait un succès presque certain, et qui fut renversée bien plus par la malheureuse intervention de Mirabeau et parles événements politiques que par l'agiotage.
L'impitoyable rapport de Frochot, les passages du mémoire de l'ingénieur Haupois que je viens de citer, prouvent que ni les déboires ni les dégoûts ne furent épargnés aux introducteurs de la machine à vapeur dans le service des eaux de Paris.
Chez nos voisins d'Angleterre, les grands ingénieurs du dixhuilième siècle, lels que ^Vatt et Smeafon, ont vécu entourés du respect de leurs concitoyens, soutenus par l'appui des grands capitaux et des constructeurs les plus distingués. Le parlement, chose inouïe chez les Anglais, a favorisé les travaux de Watt, en modifiant, pour lui seul, la loi des brevets.
Papin, l'inventeur de la soupape de sûreté et du cylindre à vapeur, n'a trouvé dans son pays depuis l'année d690, date de son invention, jusqu'en 1710, époque de sa mort, ni point d'appui ni encouragement, tandis qu'en Angleterre le capitaine Saveray et, après lui, le quincaillier Newcomen perfectionnaient, quelques aimées plus tard, la machine du savant français, aux justes applaudissements de tous leurs concitoyens. Il n'y a pas plus de 50 ans que Denys Papin était qualifié, dans les dictionnaires historiques français, de savant laborieux et estimable; il était membre de la Société royale de Londres 20 ans avant d'être correspondant de l'Académie des sciences.
On nous accuse de légèreté et je crois qu'on a tort. La vérité est que, tandis que les Anglais défendaient avec opiniâtreté leurs libertés, nous laissions étouffer notre initiative par le pouvoir central qui, depuis Richelieu, n'a cessé de tout envahir et a fini
' Manuscrils des Archives nationales, liasse F 15,1002,
pnr anoanlii' nos forces vives. En lilléralure, en sciences, nous nous sommes soutenus à la hauteur des autres nations et nous les avons souvent dépassées; dans les arts industriels nous avons aussi pris les devants; mais dans la grande industrie, le souille nous a manqué au dix-huitième siècle; nous avons laissé prendre l'avance à l'Angleterre; je viens d'en donner la raison. A la fin du dix'huilième siècle, lorsque M. Périera voulu créer un grand service d'eau h Paris, on s'est beaucoup plus occupé du cours des actions cl des mémoires de Mirabeau, que du fond même de la question. Quand l'entreprise a sombré, on n'a rien trouvé de mieux que de la mettre entre les mains du pouvoir central, en ruinant son fondateur : le Gouvernement devait tout faire. Qu'on nie pardonne celte digression.
Les pompes à feu après la luiuUlation de la société Périer. — Kn 1807, CCS machines ont été réunies aux autres établissements hydrauliques de la Ville, comme le prouve Tarlicle suivant du décret du 7 septembre 1807. « Les eaux des pompes à feu de niiaillol cl du Gros-Caillou, celles des ])ompcs hydrauliques de Notre-Dame et de la Samaritaine, des Prés-Saint-Gervais, Rungis et Arcueil et celles du canal de l'Oiivcq seront réunies en une seule administration'. »
Voici d'après Girard, qui était alors ii)génieur du service hydraulique, quel était le volume d'eau distribué à Paris en 24 heures, au commencement du dix-ueiivième siècle.
MtTIÏES CfBES
i:k m niîURES.
Eau (lu rié-Saiiit-Gervais 9 ])Ouces ou 175
— de Bclleville G — iVo
— d'Aroueil 50 — 900
— • do la Samarilaino 21 — 40Ô
— de la pompe Notrc-namo. . . 4S — 921
— des ])onipts à (eu de Cjliaillol. 217 — ■4165
— du Gros-Caillou 70 — 1344
Volume lolal S081
' Celle adniinislralion était celle des iioiits cl cliaussées.
LES POMPES \ FEU APRÈS Là LIQUIDATION PÉRIER. 579
C/cst 1111 bien petit volume si on le compare au chiffre actuel qui dépasse 500 000 mètres cubes, et cependant on n'utilisait pas le tiers de la force des pompes à feu.
Aucun changement important ne fut fait aux machines de Chaillot et du Gros-Caillou depuis l'époque oiî elles devinrent ainsi la propriété de l'Etat jusqu'au jour de leur destruction. Cependant, vers 1820, un mécanicien, nommé M. Edwards, construisit une machine à balancier et à volant pour remplacer une des machines du Gros-Caillou. Il avait trailé, non pas avec la Ville, mais avec M. Lecour, fermier de la Ville. M. Lecour refusa de recevoir cette machine qui ne remplissait pas les conditions du traité. M. de Prony l'ut nommé expert; il publia son rapport en 1826. Il constata que la force de la nouvelle machine, comptée en eau montée, était de 1461 kilogrammètres, qu'elle donnait 15 [). 100 d'économie de combustible sur l'ancienne, et que les éloges donnés à sa belle exécution par de précédents experts lui paraissaient très-justement mérités; mais il trouvait que les massifs de maçonnerie sur lesquels elle reposait avaient besoin d'être réparés et consolidés.
Je ne connais pas les motifs qui ont fait rejeter cette machine, malgré les avantages qu'elle présentait sur les anciennes. 1.1 paraît certain qu'elle n'a pas été reçue, et, lorsque je suis entré au service de la ville en 1856, les deux machines de MM. Périer refoulaient encore de l'eau au sommet de la tour du Gros- Caillou.
Ces machines, du reste, fonctionnaient très-réguiièrcment ainsi que celles de Chaillot. Les tableaux suivants donnent le volume d'eau monté par elles pendant 17 années à partir de 1829 jusqu'à 1855 et dcjuiis 1842 jusqu'à 1855 inclusivement.
D'après ces tableaux, la moyenne du travail des machines de Chaillot ne tombait pas au-dessous de. . 5979 mètres cubes en 24 heures, dans les mois froids (janvier); elle ne s'élevait pas au-dessus de 5527 —