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ADMINISTRATION DES EAUX DU ROI

livres d'appointemens ', pour avoir soin de la conduite des eaux deRungis. »

En 1758, celle charge n'élait pas encore sorlie de la famille de Francini ; le litulaire élait alors le comle de Villepreux ; les provisions qu'il en a obtenues le premier décembre 1 731 indiquent très-nettement en quoi consistaient les allribulions et les fonctions de l'inlendanl des. eaux et fontaines.

Tliomas-Honoré-François de Francini, comte de Villepreux, fut nommé à la charge et l'intendance des eaux et fontaines devenue vacante par le décès de son père, François-Henri de Francini, comte de Villepreux. Ses attributions et prérogatives sont définies presque dans les mêmes termes que celles de Thomas de Francini relatées ci-dessus, mais de plus il avait « la charge, conduite et entretenement des eaux et fontaines de Rungis », de l'aqueduc de Rungis et do toutes ses dépendances telles que le grand carré, lespierrées et regards depuis Rungis jusqu'à Paris, « de tous les tuyanx, plomberies, canaux, fontaines du Louvre ;... du jardin du palais des Tuileries et croix du Trahoir, des logements affectés aux fonlainiers et gens ayant ladite conduite desditês eaux. » Il agissait sous la charge et autorité, dit le roi, « de notre cher et bien-amé cousin le sieur duc d'Antin, pair de France, chevalier de nos ordres, directeur général de nos bâtiments, arts et manufactures de France, et non autrement » ; les paiements étaient d'ailleurs faits comme il est dit dans les lettres patentes délivrées à Thomas de Francini. Néanmoins l'intendant payait les menus travaux d'entretien elles gages des agents tant que les dépenses n'excédaient pas 500 livres '.

Dans l'origine de cette charge, l'intendant des eaux et fontaines élait toujours consulté par le bureau de la ville lorsqu'il s'agissait d'une affaire délicate ; c'est à Thomas Francini qu'on doit l'arrêt

' Cunfirméi's en faveur de Pierre de Francini, par Lettres Patentes du 16 mai ICoI. Enregistrées en la chambre des Comptes le 8 avril 1652.

- Les parties entre guillemets sont extraites tcxtuillement du traité de la police, continuation par Leclerc du Brillet, 1738, tome IV, livre VI, page 385 et suiv. N'ayant pas sous les yeux les titres originaux, j'ai dû con.i;er\er l'orthographe rectifiée de cet ouvrage.

588 m;s anciennes eaux.

du conseil, remlu sous Louis XIll le 9 mars 1633, qui laitdéfense d'ouvrir des fouilles et carrières à 15 toises i»rcs « des grands clieminSj conduits des fontaines et autres ouvrages publics, ' »

Il intervint à titre de commissaire dans le partage des eaux de Rungis en 1634, et on voit le nom de son sncccsscur, Pierre de Francini, figurer au même titre dans le partage de 1656 ",

Un arrêt du conseil du 2'2 juillet 1669, qui renouvelle la défense d'ouvrir des fouilles près des fontaines et autres ouvrages publics, a été rendu sur les représentations de Francini Gi-nndmaison, un des descendants de Thomas '\

Le nom de M. Francini Grandmaison figure encore, en 1670, dans le procès-verbal de remise à la ville de la fonlaine Pesée '.

C'est encore le même membre de cette famille (pii fui consulté, dans la séance du bureau de la ville du 20 décembre 1669, où fut accepté^ le projet des pompes du pont Notre-Dame présenté [lar Jolly.

Dans l'énuméralion des atlribnlions du comte de Villepreux, en sa qualité d'inlendaiit des eaux et fontaines, il est fait mention des eaux de Paris, de S linl-Germain-en-Laye et de Fontainebleau ; mais il n'est rien dit des eaux de Versailles, qui n'auiaienl ])oinl été oubliées, si l'inlendanl en avait été chargé. Je n'ai point à examiner celte question qui ne rentre pas dans le plan de cet ouvrage.

La Samaritaine n'est pas non ]dus nommée. Cependant, suivant Girard, l'inlendant des eaux et fontaines en étail gouverneur".

Cela paraît assez probable, puis(jue rinlendant était chargé des eaux et fontaines des « maisons, châteaux et jardins » appartenant au roi à Paris.

' Voy. page 214; d.iiis celle pièco, Tlioiiias EiMiiciiii est qualHio d'iiiteiicianl général.

- Voy. page 162 cl suivanlcs.

-• Voy. p. 215.

* Voy. pages 101 et 1fi2.

5 Voy. page 2-45. « Monsieur de Franehini, l'oulenanl criminel de robe courle el siinntendanl des eaux du Uoi. C'étail évidemnienl M. de Francini Grandmaison.

^ c Un inlcndanl général dos fontaines de France, gonvernenr de la Samaritaine.. .. n Girard, t. H, p. 71.

, ADMIiMSTRATlON DES EAUX DU ROI. 589

Dans les pièces originales Irès-norabreuses que j'ai eues sous les yeux, la dernièie où il soil fait mention de l'inlendance des eaux et fontaines est précisément le IV volume du traité de la police imprimé en 1758, qui indique la date (1731) de la nomination de M. de Francini de Villcpreux. A partir de la visite des aqueducs du 26 août 1709, où M. de Francini de Grandmaison est nommé, il est rarement question de l'intendance des eaux dans les registres de la ville. Cette chai'ge a cependant été maintenue jusqu'en 1790; mais il n'est pas surprenant que les titulaires ne figurent pas dans les pièces émanant du bureau de la ville, puisqu'ils étaient uniquement chargés des eaux du roi ; les intendants se transmettaient leur office de père en fils, ce qui n'est guère rationnel, puisque leui^s fonctions avaient la plus grande analogie avec celles d'ingénieur. Ils ont donc perdu à la longue tout le crédit et le prestige que le mérite de Thomas Francini avait justement attachés à leur nom et la ville a cessé peu à peu de les consulter. Il en était de même dans certains cas où il s'agissait de leurs propres fonctions. Ainsi, le 6 mars 1782, le plombier du roi ayant reconnu sur le tracé de l'aqueduc d'Arcueil un fontis qui mettait cet aqueduc à sec, en référa au comte d'Ângiviiiers, surintendant des bâtiment?, et non à son subordonné l'intendant des eaux et fontaines '.

Suivant Girard, l'intendance des eaux et fontaines fut supprimée en 1792; je suis disposé à croire que c'est en 1790, époque où il fut fait table rase de tout le corps municipal de Paris et dont il sera question ci-après.

L'intendant des eaux avait sans doute sous ses ordres plusieurs agents dont l'un Jolly, créateur des pompes du pont Notre-Dame, a laissé un nom historique. Jolly est qualifié par Bonamy d'ingénieur ordinaire du roi : d'après Le Pelctier, prévôt des marchands, il « auoit le soin de l'esléuation de l'eau de la Samaritaine ". » 11 a été trop longuen;enl question de Jolly dans le chapitre XII de cet ouvrage pour qu'il soit nécessaire d'en parler plus longuement.

' Registres delà ville, vol. 102, 1879, fol, 372. - Voj'. liages 244 et 24B.

Li;S AXCIEN.NES EAUX.

Les eaux de la ville coinproiiaienl celles des aqueducs du Pré- Saint-Gervais, Belleville, des pompes du ponl Nolrc-Daine, une partie de celles d'Arcueil cl, vers la lin du dix-huiliènie siècle, les eaux élevées par les pompes a vapeur de MM. Péi'ier.

Les affaires de la ville, et notamment le service des eaux, étaient dirigées par le prévôt des marchands et les éclievins qui consliluaient le bureau de la ville. Je trouve celle dénomination de bureau de la ville dans une ordonnance du 26 mai 155-1 '.

Pendant le douzième siècle et la première moitié du treizième, la ville élait administrée par les bourgeois et les marchands pris collectivement. Ces marchands et ces bourgeois étaient « les continuateurs des nautœ parisiaci, les représentants successifs de

ces antiques corporations de bateliers, qui, j)ar les services qu'ils rendaient aux villes en les a[)provisionnanl, par le développement continu de la richesse acquise, arri\èreiil à constituer le noyau de la bourgeoisie. » Aussi le sceau de la conhérie des marchands (1 eau de Paris, dont voici la ligure, fut-il Torigine des armoiries si connues de la ville. Il porte gravé sur son exergue : Siyillum mercatmntm aque parisius. Au milieu se trouve Finiage d'une barque de rivière. Ce sceau se conserva avec la même légende jusipren 1472. Elle se niodilia alors ainsi : Sinillum pirposilure mercatO)'um aque pai'ifiius\ En 4577 on y snbslitiia la légende sui-

Scel de la ville en l'an! '200.

' Aiijouiirhiiy a esté ordonne au bureau de la ville de Paris que les regards des fonhiiies du cn<le du Pré-Sainl-fiervais seront reffaiclz et rcjlnblyz,, etc. Reg. de la ville, vol. VI, M. 8ti.

- Il est presque nécessaire de donner la liadurlion de ce mauvais latin : Scel ttc la prévolé <les iiiaicluiiuls (uu mieux, de la iiuiichandise) d eau de Paris.

ADMlNlSTRATIOiV. — LE BUREAU DE LA VILLE. 501

vaille : Scel de la pvenosté des marclians de la ville de Paris, qui, au conimercement du dlx-sepliènie siècle, devint : Scel de la prcuosté et escheiiinage de la ville de Paris. La barque de rivière subsiste loujours, mais ornée d'un pavillon; le cbef est parsemé de fleurs de lys.

La plus ancienne mention des prévôts des marchands et éclievins remonte, comme on le verra ci-dessous, à l'année ['201. Ters l'iGO, apparaissent d'autres traces d'une hiérarchie, noiammcnt dans le passage suivant du recueil d'Estienne Boileau : « ÎSul ne puet eslre jaugeur a Paris, se il ne l'a empêtré du Prévost et des jurez de la conflaerie des marcheanz de Paris. Quiconque est jaugeur, il doit jurer par devant le Prévost devant dit que il le mestier de jaugerie fera bien et loyaument en son pooir. » Pareille prescription était imposée aux mesureurs de blé. Les étalons royaux furent tirés de la chapelle de saint Leufroi et mis dans le parloir aux bourgeois, sous la garde de i'échevinage'.

A celte époque ancienne, ces magistrats portent indistinctement les noms de Prévôt des marchands, Prévôt de la marchandise d'eau, échevin des marchands , échevin de la marchandise d'eau. Ce n'est guère que vers la lin du treizième siècle qu'ils sont considérés purement et simplement comme officiers municipaux et qu'ils portent les noms de prévôt des marchands et d'échevins conservés jusqu'à la prise de la Bastille en 1789.

Le prévôt des marchands et les échevins étaient élus pour deux années à la simple pluralité des voix.

La liste des électeurs se composait : du prévôt des marchands et des échevins en charge ; des conseillers de ville qui eux-mêmes étaient élus à vie ; des 16 quartiniers de la ville et des bourgeois notables.

' Vo\. Histoire yéiiénile de Paris, les prévois dos uiarcliaiuls, etc., par L. .M. ri.ssiTaïul introduction, pages v el vi, el les Ar)iwiries de la ville de Paris, loiue I", cliap.

Ce mode d'élecUon donnait au bureau de la ville un oaiaclèrc cnlièrement inuincipal, (ni()ii|iie les nouveaux élus dussent èlrc confirmés dans leurs lonclions par le roi, et prêter serinent entre ses mains en présence d'un haut dignitaire désigné par lui.

D'après le procès-verbal de l'élection de M. be Charron dont je donne des extraits dans la note suivante', le roi lui-même déclare que les élections» pour les dites charges et Estais » auraient lieu et seraient « suivies et non contraintes ».

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que celle élection si libérale s'accomplissait paisiblement huit jours avant l'horrible massacre de la Saint-Barthélémy. Sous le règne de Charles IX, souillé par

' Voici des PNtralls du procès-verbal de l'élecliuii de M. Le Charron, l'révôt des niarclumds, el de deux Échevins, MM. de Bragcloiigne et Daiiès :

« Du sainedy XVI jc.ur d'aousl 1572. En assemblée généralle le jourdliuy faicle en la grand salle de rilostel de ville de Paris, suiuaiit le mandement pour ce expédiez afCn de procedder à l'eslection d"un Préuosl des marclians et de deux Escbeuins, au lieu de ceulx qui ont faicl leur temps en la manière accoustumée.

« Sont comparuz lus personnes cy après nouimées asscauoir

M. Marcel, Preuosl des marchands.

« Escbeuins

M° Simon Bouquet, bourgeois de Paris.

.M° Simon de Cresse conseiller du Rov et général des finances des Mnnnoyes M' Guillaume Leclere advocat au parlement.

M° Nicolas Li'scalopier receueur et payeur de messieurs de la Court du parlement 'sccrélaire de la royne mère du Roy. »

(I Conseiller de ville

« Messire Christoflc de Thon, cheualicr, conseiller dn Roy en son privé conseil et 1" présidant en sa Court de parlement. » (Suivent les noms de vingt-trois autres conseillers de ville, presque tous appartenant à la noblesse île robe.)

Il Quarliniers et Bourgeois.

Sire Jacques Kerver quartinicr. » (Suivent les noms de quarante-sept autres électeurs parmi lesquels figurenl les quinze autres quartiniersel tiente-deux bourgeois.)

Il Après qu'en lad. asscnddée les ordonnances du rov el de lad. ville contenant la forme de lellection des d. S' Preuosl des manliands et Escbeuins ont esté Leues el les scnnenls accou.slumcz prins a esté pioccddé à la d. ellcction des ditz Preuosl des marclians et deux escbeuins siiiuanl les dites ordonnances dont les scrulateurs pour ce Esleuz en la manière accoustumée ont faict leur certifficalion de scrutin duquel la loueur insuidz. n

Il Nous Bernard Pnuost et Pierre llonnequiii conseiller dn Roy en son conseil priuc el Présidant en sa court de parlement, Jacques Kerver quarliuier el Guillaume Chouart bourgeois de la ville de Paris Esleus scnitaliurs pour reslcclinn d'un Preuosl des niarcbans cl de deux Escbeuins en teste ville de Paris, ccrliffions au Roy notre souuerain seigneur auoir ce jourdliuy seizième jour d'aonst ,M. V°. LX.Ml proccddé a Pouverlure du stniliu faict ce de jour en

ADMIMSTRATION. — MODE D'ELECTION. 393

ce massacre et par quatre guerres de religion, le chancelier de l'Hôpital faisait rendre les plus sages lois et les libertés populaires étaient soigneusement ménagées, comme le prouve l'électinn de M. Le Charron.

Le conseil de ville, dont tous les membres concouraient à ces élections, se recrutait lui-même avec une grande indépendance. Les conseillers étaient nommés à vie et, à chaque décès, le conseil lui-même choisissait le remplaçant, à peu près comme font aujourd'hui les cinq académies de l'Institut de France. Ces fonctions de conseillers étaient fort recherchées : les prévôts des marchands et échevins en exercice se présentaient souvent comme candidats; il en était de même de la noblesse de robe ; la plupart des conseillers inscrits comme électeurs sur le procès-verbal de l'élection de M. le prévôt des marchands Le Charron apparte-

l'hostel de la ville et en ce faisunt auoir trouiié les personnes cy après nommées auoir les voix qui en suivent. C'est à scauoir

« Pour Preuost des marclians M. le Présidant Lecharron quarante- huict voix. »

(Suivent les noms de deux autres candidats.)

« Pour Esclieuins

M' de Bragelongne naguères lieiltenant particulier... cinquante-quatre.

M' Danés greffier des comptes... quarante-six. »

(Suivent les noms de seize autres candidats.)

« Le tout soubz le bon plaisir du roy

(I Signé Prcuost, Hennequiii, Kerver et Choart. »

Et le dict jour xvi"" du dict mois d'anust a esté le dict scrutin porté à Sa Majesté par les dicts quatre scrutateurs accompaignez du Preuost des marclians et Esclieuins anciens vestus de leurs robes niy parties (de rouge et tanné), et de M" les Présidons Luilh'er... et plusieurs autres conseillers d'icoUe ville et bourgeois en bon et grand nombre; ensemble du procureur du roy et de la ville et greffier d'icelle, et le dict scrutin ouvert par Sa d. Majesté a esté trouué que M. Maislre Jehan Le Charron conseiller du Roy et président en sa court des Aydes auoit la pluralité des voix pour l'eslat de Preuost et Messieurs M" Jehan de Bragelongne et Robert Danes, aussi la pluralité des voix pour Esclieuins. Au moyen de quoy Sa d. Majesté ayant en agréable icelle élection, auroit déclairé qu'il la confirmoit et que pour Padvenir il voulloit que les élections qui seroient faictes pour les dictes charges et estais eussent lieu et feussent suiuies et non contraincles. »

A la suite de cette élection les nouveaux Piévosl des Marchands et Eschevins prêtèrent serment entre les mains du Roi, en rhotel de Bourbon, près du Château du Louvre, en présence du duc de Montmorency, premier maréchal de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roi en la ville de Paris et ile de France, tenant et lisant devant Sa Majesté les ordonnances « sur le fait des charges et serments des Prévost des marchans et Eschevins. » Les nouveaux élus furent installés en leurs charges et firent immédiatement ]ireuve d'indépendance en refusaul m\ nouvel inipi'it que le Uoi voulait établir. (Registres de la ville, vol. 1. II. I7N7.)

594 LES ANCIENNES EAI X.

liaient à ccUc noblesse qui, on le sail, ne crni|:nail nnllenienl de se niellrc en opposilion avec la cour et le loi lui-même.

Celle iiKlt'iienilance de l'adminislialion municipale el le mode d'élection du bureau avaient ceilaineinenl de grands avantages; les saines traditions se Iransmellaient sans dilficullé aux nouveaux adminislraleurs, à cbaque renouvellement du bureau. Mais ce grand respect de la règle n'était pas sans inconvénient et on en trouve la preuve dans l'administration des eaux; on restait pendant des siècles dans la même situation malgré le développement des besoins, sans oser en sortir ; les machines à vapeur étaient employées à Londres en 1775 pour élever l'eau, lorsqu'on cherchait encore à Paris les moyens d'amélioier les [letiles pompes du pont Notre-Dame.

C'est à celte limidité de radminislration numicipale qu'il l'aiil allribiior l'insuccès du jjrojet de dérivation de l'Yvelle dû à de Parcieux el à Perron('l, malgré la laveur avec laquelle il avait été accueilli par tout le monde', el la triste fin des entreprises de M.M. l'érier', el de M. de Fer de laNouerre'.

.Mais si le bureau se montrait timide lorsqu'il s'agissait d'engager les liiiances de la ville, nous le trouvons, avant le premier tiers du dix-septième siècle, toujours ferme el prêt à déi'endre les intérêls de la ville, même contre le pouvoir royal. C'est ainsi que François 1"' fut conduit à entamer une longue négociation pour oblenir une concession d'eau en faveur de son ami l'évêque de Castres el (ju'il craignait ù'clveécomluit parleburcau de la ville*.

Henri IV lui-même trouva l'échevinage très-hostile à son projet delà Samaritaine, si utile pourtant à la population parisienne, et, [tour réussir, il hit obligé de charger Sully de faire valoir les droits que lui donnait la construclion du Pont-Neuf, l'aile à ses

' Voyez pnges 51 7 et suiv.

' Voyez pjgcs 5J8 cl suiv.

'" Voyez pages 51^ et suiv.

* Voyez \Kige 105 et suiv

ADMI>'ISTr,ATIO>'. — LNDÉPKNDANCE DU BUREAU. 595

Irais'. Lorsque Louis XIH chargea les trésoriers de France de la surveillance des travaux de l'aqueduc d'Arcueil construilde ses deniers, l'éclievinage de la ville intervint pour revendiquer une pari de celte surveillance, faisant valoir le caractère municipal de l'entreprise \

Mais celle indépendance du bureau ne put résister au besoin d'omnipotence de Richelieu elde Louis XIV. La forme de l'élection de l'éclievinage fui maintenue, mais ses prérogatives disparurent vers le milieu du dix-septième siècle, absorbées, comme la plupart de nos franchises el libertés, dans l'imaiense centralisation qui se réalisa alors. 11 n'y eut rien de changé en apparence dans le personnel du bureau ; mais le roi désignait d'avance les candidats qui étaient acceptés sans difficulté par les électeurs.

En ce qui concerne le service des eaux de la ville, l'indépendance du bureau paraît s'êlre conservée beaucoup plus longtemps, sans doule parce que le roi n'avail aucun intérêt à intervenir dans ces sortes d'alf lires.

Ainsi les trailés de MM. Jolly el de Mance, pour la construction des pompes du pont Notre-Dame, furent approuvés en 1669 par l'adniinislralion municipale, purement et simplement sur les conclusions du procureur du roi ' el de la ville ; il en fut de même en 1700et 1757, lorsque Rennequin et Bélidor présentèrent leurs projets de reconstruction de ces pompes*. Ce n'est guère que vers la fin du dix-huitième siècle qu'apparut l'intervention directe du roi dans l'administration des eaux, comme par exemple dans l'affaire du sieur de Charancourt', el dans celles de M. de Fer de la Nouerre el de MM. Périer". Ce fut un secrétaire d'Etat qui transmit les pièces au prévôt des marchands en le priant, dans

' Voyez pafîe 2'27.

* Voyez pan;e 155.

' Voyez pages 244 cl suiv.mtes jusqu'il 254.

■* Voyez pages 264 cl suivantes.

'' Voyez pages 305 et suivantes.

"^ Voyez pages 308 el 5I'J.

une lellre Irès-polio, mais Ires-ferme, de soumellre à l'examen du bureau les propositions joinles à ces pièces.

On a vu ci-dessus qu'indc[)endammenl des 9 pouces 121 lignes 1/2 provenant des sources trouvées par Boc(iuet en 1050, et de 3 pouces cédés par les religieux de Saint-Germain-des-Près, la ville tirait de l'aqueduc d'Arcueil 11 pouces 72 lignes 1/2 concédés gratuitement par le roi, Louis XIV et ses successeurs se réservèrent le droit d'intervenir dans la distribution de ces eaux.

Les arrêts du Conseil des 20 octobre et9 décembre 1G54 stipulaient que ces 11 pouces 1/2 d'eau seraient remis « aux prévols des marchands et échevins de la ville de Paris, pour être avec les autres eaux des sources de Belleville et Pré Saint-Gervais distribuées, à sçavoir, un pouce à l'hôtel de Condé au fauxbourg Saint-Germain, et le reste par préférence aux fontaines publiques et commuuiiutés, selon qu'il serait par eux avisé et arrêté avec ceux qui seraient à ce commis et députés par sa Majesté et non autrement \ »

Dans toutes les délibérations du bureau nous avons vu intervenir le procureur du roi et deJa ville. Cet officier occupait une haute position dans l'administration municipale; c'était lui qui étudiait les affiiireset préparait un réquisitoire ou des conclusions dont il est toujours fait mention dans les délibérations du bureau. Nous le voyons intervenir le 16 août 1572 dans l'élection de M. Le Charron : il lait partie du cortège qui porte au roi Charles IX le résultat de l'éleclion'.

C'est sur sa réquisition que les projets de pompes du pont Notre-Dame présentés par MM. Jolly et de Mance furent approuvés. Ordinairement son intervention est constatée dans les termes suivants : « Sur quoy la matière nn'se en délibération,

' Vuy. ti-dcssiis, page 105.

- Voyez paiii» 505.

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