ADMINISTRATION. — VIGILANCE DE L'AKCIEN BUREAU
li'ibution de ces jetons était négligée depuis plusieurs années el qu'il y avait lieu de réparer cette omission.
Le bureau formula ainsi son avis : « Nous avons unanimement arrêté, ouï et à ce consentant le procurenr du Roi et delà Yille, qu'à compter de la dernière prestation de serment et à l'avenir chaque membre du bureau aura, pour les huit visites ci-devant détaillées, des jetons de présence ainsi qu'il est d'usage dans les autres cérémonies' ». Ces visites étaient donc considérées comme de simples formalités.
La dernière trace des visites faites aux fontaines et aqueducs se trouve dans un arrêté de Frochot, préfet de la Seine, du 8 fructidor an IX. 11 est dit dans les motifs que, depuis plusieurs années, cette visite n'avait pas été faite et qu'elle était devenue indispensable. Voici les deux articles de cet arrêté qui intéressent le service des eaux :
« Article premier. Le 22 de ce mois et jours suivans depuis huit heures du matin jusqu'à quatre heures, il sera procédé cà la visite générale
l°Des ponts...
2° Des fontaines et des élablisseraens hydrauliques, dans et hors Paris, servant à l'approvisionnement de cette commune, h l'effet de reconnaître les prises d'eau et de constater l'état des aqueducs, conduits, regards, et des machines hydrauliques, fontaines de distribution et bâtimens dépendances de ces divers élablissemens". »
Tant que le bureau des eaux conserva sou indépendance, il défendit énergiquement la propriété de la ville contre les envahissements des propriétaires des terrains voisins des aqueducs qui détruisaient les regards, détournaient l'eau des pierrées, creusaient des puits dans le voisinage, etc.
Deux ordonnances des 15 et 2&mai 1554 portent que « les
' Manuscrits des archives nationales, liasse II, 1959, pièce 515. - Jfr/rf., liasse F, 15, 1014.
regards îles fonlaines à coslé tlu Pré Sl-Gervais seront refails cl re=lablis' ».
Une ordonnance du bureau du 0 avril 1018 charge Augustin Guillain, uiaîlre des œuvres el garde des fonlaines de la ville, « de la i-eclierche des pierrées es environs de Belloville sur sablon au lieud' le bois des rigoUes" ».
Laconlinualion de ces recherches est prescrite au même officier delà ville par une ordonnance du 7 juin 1619\
Un devis, en date du 26 février 1624, décrit les travaux adjugés au sieur Séjourné « pour les pierrées nécessaires être faites pour ramasser les eaux qui se sont affaissées el destournées à Belleville et pour augmenter les fonlaines venant dudicl village à Paris* ».
En 1670? le bureau adresse au parlement une requête « pour avoir ))ermission de faire combler les puys se trouvant le long des conduits ellhuyaux des eaiies des fonlaines publicques provenant des sources de Belleville el du Pré St-Genais° ».
Le 3 octobre 1670, une ordonnance est rendue sur la requête du substitut du iirocureur du roi et de la ville pour faire combler un puits construit près des conduites de l'aqueduc de Belleville \
Le 8 octobre 1670, M. Riclier, conseiller secrétaire du roi, greffier en chef de la Chambre des comptes, el M. Julien Gervais, ancien échevin, doyen des quarliniers, diessent procès-verbal de l'état des conduites de Belleville et du Pré-Sainl-Gervais el constatent que les jardiniers delà Courtille avaient fait plusieurs puits le long des conduites, à un pied des tuyaux, (pi'il leur était aisé de percer. Sur la réquisition du subslilnl du procureur du roi et de la ville, le bureau ordonne que ces puits seront comblés à la
< Registres de la ville, vol. V, fol. ÔIj, et vol. VI, fol. 8G.
* Ibid., H. 1799, fol. 188 Tcrso.
s Ibid., vol. XXII, H. 1799, fol. 7.45.
* Ibid , vol. XXIV, fol. 250.
5 Ibid., vol. XI.VI, fol. (H verso, e Ibid., vol. XLVl, fol. .-.2.
ADMINISTRATION. — VIGILANCE DE L'ANCIEN liUUEAU. 415
diligence de Ciiarles Clavier, un des huissiers de la ville, et aux frais el dépens des jardiniers, faisant en outre « deffenses a touttes personnes de faire faire aucunes fouilles... ny aucuns puits dans moindre distance que celle de dix toises des conduicts des fontaines publiques à peyne de cinq cens livres d'amende et de prison ' » .
Le 9 mars 1671, il est fait « injonction a touttes personnes qui ont des arbres plantez le long des conduicts et pierrées des eaùes des fontaines publiques es territoires de Pantin, Belleuille el Pré-Sainct Geruais, de les faire incessamment couper et en oster les souches et racines qui empesclient. le cours desd' eaûes ^ ».
Le 25 mai 1671 nouvelle injonction, « deffences aux habilans de Belleuille et Pré Saincl Geruais de faire aucun puys a peine de cent livres d'amende et d'estre lesd' puys comblez a leurs dépens^ ».
Le 7 aoiit 1671 , le bureau donne « commission h Michel Ruelle, demeurant à Belleuille, pour couper et arracher tous les arbres et troncs qu'il trouvera estre plantés sur ou le long des pierrées, des conduits des eaûes provenant des sources de Belleuille et Pré-Sainct-Gervais\ .
Une autre délibération, en date du 22 janvier 1677, fait ressortir encore mieux l'étendue des pouvoirs du bureau de la ville. 11 pouvait prescrire des fouilles et rechercher des eaux dans des héritages particuliers, même en dehors de la ville et dans des lieux où il ne possédait ni pierrées ni aqueducs. Je crois devoir transcrire cette pièce en entier :
De par les Preuost des Marchands et Esclieuins de la ville de Paris Deffences sont faictcs ouy a ce requérant le Procureur du Roy et de la Ville a tous habitans et autres personnes ayaiis des héritages dans les territoires des villages de Meudon, Clamard, Issy, Vaugirard et Chastillon, d'em-
' Registres de la ville, vol. XLVI, fol. 55.
- Ibid., vol. XLVI, fol. 215 verso.
^ Ibid., viil. XLVI, fol. 510 verso.
* Ibid., \u\. XLVI, fol. 50(1.
«4 LKS ANOlliNNES EAUX.
pescher les rcclierclies que faict par noz ordres le Jongleur des Eaux estiiiis dans leslendue desd* territoires destinées pour eslrc coiiduittes a Paris pour lusage du public, de le troubler dans le trauail quil fera pour faire les trous et puits nécessaires a cet effect, ny de destourner et emporter les clieuallets dont il se seruira a peyne de cens liures damande sauf aux par'* qui prétendront quelques desdomniagemens pour les Irauaux quy seront fnicts dans leurs héritages a se retirer par d. nous pour leur estre pourucu ainsy que de raison. Seront les présentes publiées au prosne des messes paroissialles dcsd" villages et autres lieux quil appartiendra afficher et exécuter nonobstant oppositions ou appellations quelconques faictes ou a faire et sans preiudice d'icelles. — Faict au bureau de la Ville le vingt deuxiesme janvier mil six cent soixante dix sept'.
Le 2 oclobre 1679, une ordonnance est rendue, sur la remontrance et requête du substitut du procureur du roi et de la ville, « contre les entreprises de ceux qui faisoient des fouilles et tranchées de terre es enuirons des conduittes et pierrécs des caûes du Pré Sainct Gcruais, Belleuille et Romainuille », et charge le sieur Lesvesque, un des échevins, de se transporter sur les lieux avec le dit substitut pour dresser procès-verbal contre les ouvriers qui travaillaient aux fouilles pour leur faire défense de continuer à peine de cent livres d'amende et d'emprisonnement. Le lendemain, celte ordonnance est notifiée par Marin Etienne aux manouvriers travaillant aux fouilles « et parlant poiu' eux au nommé Ogèlefontenier trouvé au-dessus de Belleuille sur sablon faisant travailler à ladite tranchée" ».
Mais à mesure que le bureau sentait ses prérogatives diminuer et le pouvoir royal se substituer à l'autorité municipale, son zèle se ralentissait et les mesures prises pour la conservation des aqueducs étaient négligées. Je ne trouve plus, à partir de 1780, dans les registres de la ville, aucune ordonnance analogue à celles qui précèdent. Aussi les entreprises des riverains prennent-elles des proportions considérables.
' Registres de la ville, vol. XI.IX, fol. 'JlO-iil. -- Ibid., vol. L, fol. 488-4S0.
AbMINISTKATION. — RELACHEMENT. 415
L'effet d'une cenliMlisalion exagérée se voit surtout dans les détails qui sont forcément négligés, tant que ceux qui tiennent le pouvoir entre leurs mains n'ont pas créé des administrations partielles, pour ainsi dire indépendantes, quoiqu'elles soient censées soumises absolument à l'administration centrale. L'aqueduc d'Arcucil, qui appartenait au roi, était donc fort négligé. Aucune mesure n'était prise pour arrêter les entreprises des riverains et faire respecter les énormes, zones de servitude dont il a élé question ci-dessus*. Ceux qui en douteraient seraient certainement convaincus en faisant une promenade très-agréable entre l'entrée du village deTHay et la sortie d'Arcueil ; ils trouveraient, dans tous les parcs traversés par l'aqueduc de Marie de Médicis, des arbres magnifiques dont plusieurs ont certainement plus de cent ans, qui étendent leurs racines au-dessus de la voûte de l'aqueduc. Aucune administration n'ose aujourd'hui faire disparaître ces arbres.
Le sous-sol n'est pas plus respecté, et les carrières oii s'exploite le calcaire grossier ont traversé le tracé de l'aqueduc en un grand nombre de points. Cet abus n'est pas nouveau et j'en trouve une preuve très-frappmte dans une correspondance qui s'est engagée à ce sujet entre le prévôt des marchands et le comte d'Angiviliers, surintendant des bâtiments. Le 6 mars 1782, les inspecteurs Gallon et de Laistre constatèrent qu'une partie de l'aqueduc s'était effondrée dans une de ces excavations souterraines, que le château d'eau de l'observatoire était à sec et qu'on était menacé d'un assez long chômage ; ils en rendirent compte « au maître des bâtiments de la ville ». De son côté, le comte d'Angiviliers en fut informé par le plombier du roi. Le prévôt des marchands et le surintendant des bâtiments furent donc saisis en même temps de l'affaire. La cause de l'accident était évidente ; les carrières étant mal surveillées, les exploitants avaient franchi la zone de servitude de 15 toises réservée de
' Voyez cliap. Xj paye 21 i.
416 LES AiNClENNES EAUX.
chaque côté de raqueduc ol avaient poussé leurs galeries presque sous cet ouvrage. A qui devait incomber la responsabilité de celle négligence?
Le prévôt des marchands, M. de Caumartin, dans une lettre du 8 mars adressée à M. d'Angiviliers, lui exposait que le public avait pris l'habitude de considérer toutes les fontaines comme étant comprises dans son service et qu'on faisait peser sur lui toute la responsabilité de l'accident. « Il est fâcheux, ajoutait-il, d'être envers la patrie responsable des torts qu'on n'a point coulraclés et encore de contribuer pour cent mille livres par an dans les fonds destinés à y parer sans cependant en connaître l'emploi... Daignés calmer les inquiétudes personnelles auxquelles je nie vois en proie, si une des ressources de la capitale se perdait pour quelque négligence de ma part à en réclamer la conservation. »
La réponse de M. d'Angiviliers ne se fit pas attendre. Le 10 mars, il écrivait à M. de Caumartin ipi'il avait en même temps que lui appris la fâcheuse nouvelle, que l'aqueduc s'était effondré sur une longueur d'environ dix toises, entraîné par l'ébouleinenl des carrières si abusivement fouillées dans toute la plaine deMonlrouge.
Après d'assez longs développemenis tant sur les causes et les conséquences de l'accident, l'état de l'aqueduc qui se trouvait dans toute cette plaine sur un sol excavé et sans consistance, suspendu au-dessus de galeries dans lesquelles il n'était pas toujours possible de pénétrer à cause des fontis qui les avaient remplies, que sur les nouvelles mesures prises par lui pour la surveillance des carrières, il ajoutait : « 11 (le roi) a proposé par sim[)le voie d'administration une sorte de conseil composé de quatre architectes dont l'un a été M. Moreau, maître des bâtiments de votre administration ». Suivant lui, le bureau devait être tenu parfaitement au courant par cet oflicier et il devait savoir notamment quel était l'emploi de sa subvention qui était de deux cent mille livres et non de cent mille. «Je me llatto, dit-il en terminant, que vous appercevrés, Monsieur, dans les délails que je viens de vous Ira-