MODE DE DISTRIBUTION. - LES FOMTAINES MARCHANDES
MM. Périer, de 1781 à 1786; on leur donna le nom àe fontaines marchandes, el, dans la zone annexée, celui de ventes (Veau\ parce que le puisage n'y est pas gratuit comme aux autres fontaines publiques : les porteurs d'eau payent, au profit de la Yille, une rétribution qui, avant l'annexion de la banlieue, était de 0 fr. 90 cent, par mètre cube d'eau et qui, aujourd'hui, s'élève à 1 franc.
La première fontaine marchande construite par MM. Périer fut très-probablement celle de Chaillot, qui est située à l'ancienne entrée du terrain où étaient établis les réservoirs. Ils en érigèrent successivement d'autres ^ :
Au faubourg Saint-Honoré, place Bauveau;
Sur les boulevards intérieurs, à la porte Saint-Denis ;
Dans la rue du Temple, presque en face de la rue Notre-Damede-Nazareth. Cet édifice était probablement une ancienne fontaine publique transformée.
La fontaine de la place de la Bastille paraît reinonter à la même époque.
Vers Tannée 1800, Frochot, alors préfet de la Seine, en fit ériger deux, l'une rue de la Chaussée-d'Antin, presque en face de larueNfeuve-des-Malhurins, et l'autre rue de Sèvres, à l'extrémité de la rue de la Chaise '.
Je pense que la fontaine de la rue de l'Université remonte aussi à la même date.
La plupart de ces premières fontaines marchandes sont aujourd'hui détruites ou sont remplacées par d'autres.
Pour attirer les porteurs d'èàti à leurs fontaines marchandes, MM. Périer rachetèrent, au prix de 150 000 francs, les pompes établies aux puisoirs de la Seine par les frères Vachette ; aujourd'hui, ces puisoirs sont absolument abandonnés, et au-
* Depuis l'onnexion ou emploie indistinctement l'un ou l'autre nom.
* Voyez page 540.
^ Manuscrits des Archives nationales, F. 15, lO'i.
us LES ANCIENNES EAUX.
Clin porteur d'eau ne remplit ses tonneaux dans le ileuve. Les fontaines marchandes étaient donc alors au nombre de sept ou huit.
On a vu que l'opinion des ingénieurs était toute en faveur de ce mode de distribution. On multiplia les fontaines marchandes qui, malgré la suppression de quelques-unes des moins importantes, sont encore aujourd'hui au noml)re de 26. Voici leurs noms et leur répartition dans les divers arrondissements de Paris :
PRODUIT DKUT
arronJisscincnl. Mnrché Saint-Marlin, fontaine du Marché-Saint-Marlin fr. fr.
(autrefois à la Porte-Sainl-Denis et à la ruo du Temple) 98 478,65 2C 782,90
I Rue du Renard, fontaine du Cloilre-Sainl-Meriy. . . . 28792,30 68o4,70
~ j Rue de l'Arsenal, 6, fontaine de l'Arsenal 11926,35 Ô350,S0
( Réservoir du Panthéon, fontaine du Panthéon 5613,80 4U1,00
i Rue de Jussieu, fontaine de Jussieu 4 011,80 416,95
I Rue de Sèvres et de la Chaise, fontaine de Sèvres. . . 20 780,85 .175.1,95
~ I Rue de ri'nivei-sité, fontaine de l'Université 15483,10 4858,85
Square Laborde, fontaine de Laborde {autrefois rue de
l'Arcade) 68 062,63 19181,60
Rue de Courcelles, 13, foutaine de Courcelles 22592,50 5259,25
Rue de la Boule-Rouge, K, fontaine de la Boule-Rouge. 64 723,20 29 599,00 Rue de Maulteuge, fontaine de Mauheuge (autrefois fontaine de Belhomme) 39 978,30 1859,70
Fontaine de Montreuil * 10072,40 2679,00
Boulevard de l'icpus, 8, fontaine de Picpus 4 613,60 2575,65
Boulevard d'Italie, 13, tontaine Gentilly 19 906,25 612,25
Rue d'Alésia, fontaine de Monlrouge 20319,05 2153,10
Rue de l'Abhé-Groult, 123, fontaine de Vaugirard. .. 26073,15 3183,05
I Rue des Réservoirs, 4, fontaine de Passy 7077,50 2265,00
' Rue Boileau, fontaine d'Auteuil 2673,30 807,15
Boulevard de Courcelles, fontaine de Courcelles-les-
Terncs 21210,35 9 499,55
1 Rue Capron, 25, loutaiae de Caprou 39177,40 4335,40
I Boulevard de Clichy, 100, fontaine Blanche 42630,20 6945,70
( llucs de Tanger et du Département, fontaine d'Isly. . . 22420,55 2277,05
I Rue d'Allemagne, 111, fontaine d'Allemagne 18943,63 3526,10
( Boulevard de La Villcttc, 58, fontaine de la Chopinetle. 21 4;i0, 10 1 516,50
Rue Pelleport, fontaine de Belleville 20020,30 2611,95
Boulevard deCharonne et de Ménilmontant, tontame du
Pèrc-Lachaise 18 887,85 1247,35
Produit brut de l'année 676639,15 150314,30
J'ai com[)lété ce tableau on donnant, dans les deux dernières
colonnes, le produit brut de chaque fontaine en 1861 et en 1876.
La décroissance des recettes entre ces deux années a été consi-
dérable. Ainsi, le produit brut qui, en 1861, s'élevail à 680 827 fr. \ est tombé en 1876 à 150315 fr. Les fontaines du Panthéon, de Jussieu, de Gentilly, d'Auteuil, qui produisaient 52265 fr., ne donnent plus aujourd'hui que 2 257 fr. et ne font pas leurs frais. Ces résultais sont dus au développement de la distribution à domicile et aussi à la substitution des eaux de source aux eaux de rivière dans le service privé : beaucoup de locataires de maisons abonnées aux eaux de la ville s'adressaient Cependant aux porteurs d'eau, parce que, dans ces dernières années, les fontaines marchandes ne livraient à la consommation que des eaux filtrées. Ces locataires préféraient cette eau fdlrée qu'ils payaient à raison de 5 fr. le mètre cube, à l'eau trouble ou louche qu'ils pouvaient puiser gratuitement dans la cour. Ceci me conduit à parler de cette amélioration du service des eaux.
Filtrage de Veau aux fontaines marchandes. J'ai dit ailleurs que les essais sérieux de filtrage des eaux à Paris ne remonlaient pas très-loin. Les premiers essais ont élé faits à la fontaine de la Boule-Rouge, en 1821, par M, Ducommun. Le filtre se composait de 4 couches disposées dans l'ordre suivant: éponges, grès pilé, charbon, gros sable. Le petit fiUre de ménage n'est pas beaucoup plus ancien, puisque, vers 1815, l'eau servie sur la table du roi était filtrée au papier.
Les filtres employés aux fontaines marchandes de Paris étaient de deux sortes : la Compagnie française employait le filtre de M. Fonvielle, composé de grès pilé, recouvert d'une couche d'épongés; M. Souchon faisait usage des détritus de laine provenant de la toute des draps, que l'on nomme aussi laine ton tisse.
Le premier essai du système Fonvielle a été fait en présence des ministres de l'intérieur et du commerce, le 2 juin 1858. Une délibération du conseil municipal du 5 avril 1859 autorisa l'éta-
' J'ni ajoulé ii cette somme i,l88 fr., produit de la fontaine do Chaillot, aujourd'hui supprimée.
450 LKS ANCIENNES EAUX.
blissemenl des premiers liUros de ce système à la fontaine de la porte Saint-Denis.
L'essai du iiltrage à la laine a été fait pour la première fois dans la cuvelte même du ponl Notre-Dame, le 15 juillet 1859, et a élé poursuivi jusqu'en 1847. Le filtre était à découvert, et l'eau était versée à sa surface dans la cuvelte ; après avoir traversé le filtre, elle ne trouvait d'autre issue que les conduites de distribution. Ce filtre pouvait ainsi subir une pression d'une atmosphère qui suffisait pour que toute l'eau montée par la pompe (environ 12 litres par seconde) fût entièrement filtrée avant d'être livrée à la consommation. La première soumission de M. Bernard, qui exploitait le brevet de M. Souchon, est du 10 décembre 1846.
Ces essais de filtrage eurent un grand succès. Ils furent appliqués à toutes les fontaines marchandes; la ville payait le filtrage six centimes par mètre cube, et livrait l'eau à raison de quatrevingt-dix centimes aux porteurs d'eau à tonneaux et aux habitants.
MM. Yédel et Bernard, qui représentaient les deux Compagnies, ne tardèrent pas à s'associer; ils améliorèrent le filtrage en composant un filtre formé d'une couche d'épongés et de laine tontisse. La couche d'épongés, établie à la partie supérieure du filtre, servait de dégrossisseur : elle retenaij, à peu près tous les limons et les matières organiques non dissoutes. J'étais déjà au service de la Yillc quand cette association se réalisa; ce fut vers le 15 janvier 1801.
Yoici quelles étaient , avant cette fusion des deux Compagnies, la forme des filtres et la disposition des matières filtrantes.
Com2}(ujnie française représentée pur M. Védel. Le filtre se composait d'un tronc de cône en fonte fermé à sa partie inférieure, ouvert à sa partie supérieure ; l'orifice ouvert portail une bride qui permettait, lorsqu'on voulait mettre l'eau en pression, d'y adapter un couvercle en fonte maintenu par des boulons. Les matières filtrantes et les vides destinés à faciliter lentréc et la sortie de l'eau étaient ainsi disposés à partir du bas :
MODE DE DlSTRIBUTlOiX.
FILTRAGE DE L'EAU.
1° Vide de O'^jOS de hauteur sous les matières fdlrantes. Conduite de sortie de l'eau, en plomb de 0"',041 de diamètre intérieur et robinet d'arrêt de même diamètre. Disque en tôle ou en foule perforée au-dessus du vide.
Vide -empli d'eau i fillrer.
-^ Disque en tôle perforée.
Sable de rivière.
Disque en tôle perforée.
Vide rempli d'eau filtrée.
Filtre de la Compagnie française.
2° Couche de 0'°,20 d'épaisseur de sable de rivière très-pur audessus de ce disque.
5° Au-dessus de ce sable, couche de 0™,25 d'épaisseur de grès pulvérisé.
4° Dernière couche filtrante de 0'",25 d'épaisseur formée d'époiiges. Au-dessus, deuxième disque de tôle ou defonte'perforée.
5° Vide de O^j^O de hauteur; arrivée de l'eau par une conduite et un robinet de 0'",041 de diamètre.
Compagnie Smchon représentée par M. Bernard. Les matières filtrantes étaient renfermées dans un récipient en fonte semblable à celui que je viens de décrire. Les disques supérieur et inférieur étaient en fonte perforée. Les matières filtrantes se composaient entièrement de laine tontisse disposée en trois couches séparées par un grillage en fer. La compression de la laine s'opérait au moyen d'une vis agissant sur le disque supérieur.
Le nettoyage des filtres de la Compagnie française avait lieu lorsque l'eau était trouble tous les 8 jours.
— louche tous les 15 jours.
— claire (en été) tous les mois.
On se bornait presque toujours à laver les éponges de la
couche supérieure.
Le filtre Souchon se nettoyait, lorsque l'eau était trouble, tous les jours, et en temps ordinaire tous les 5 ou 4 jours.
Le nettoyage consistait à enlever à chaque l'ois une certaine épaisseur de laine à la première couche sans la remplacer, et à continuer ainsi jusqu'à ce qu'elle fût épuisée. On la remplaçait alors entièrement et on recommençait tant que la seconde couche n'était pas atteinte. Dès que celte couche commençait à se charger de vase, on la traitait comme la première. On procédait de même pour la troisième, qui n'était renouvelée que tous les mois ou tous les deux mois, suivant la saison.
Cette explication fait comprendre la supériorité du filtre. des Compagnies fusionnées.
En composant ce filtre d'épongés dans sa partie supérieure el de laine ton lisse en dessous, on n'a plus à nettoyer la laine que
tous les mois ou même tous les deux mois, puisque l'éponge retient presque toutes les matières limoneuses et les matières organiques non dissoutes. La laine est bien plus facile à nettoyer que le grès pilé. Les deux appareils filtrants que je viens de décrire sont donc aujourd'hui abandonnés, et les filtres des fontaines marchandes, qui ne reçoivent pas l'eau de source naturellement limpide, sont tous formés d'épongés et de laine tontisse.
Le filtrage des eaux aux fontaijies marchandes de la ville se fait dans des conditions très-avantageuses pour lefiltreur, parce que l'eau, en sortant des matières filtrantes, tombe dans un réservoir; on dispose donc de toute la charge de la conduite publique audessus du filtre.
J'ai fait, dans les mois de février et mars 1856, d'intéressantes expériences sur le rendement des deux systèmes de filtres. En voici les résultats :
Expériences faites à la fontaine de V Arcade , le 23 février 1856. Filtres de la Compagnie française. Section du filtre , O^^SOO. Filtres en parfait état de propreté.
l''' expérience. — Eau de Seine, cliarge 15", débit
par seconde 4', 39
Débit en 24 heures , 579""=
A. — Pour une surface liltrante de l">i 758""=
B. — Ramené à 1"" dépression 51""
2* expérience. — Eau de l'Ourcq, charge 16"', 28,
débit par seconde , 5', 50
Débit en 24 heures 475""=