DISTRIBUTION. RÉSERVOIRS DES FONTAINES PUBLIQUES
par noslre premier huissier ou sergent de nostre d" bonne ville ou aultre qu'a ce faire commettons car tel est nostre plaisir. DONNÉ à Paris le dix neufuiesme Jour de décembre l'an de grâce mil six cens buict Et de nostre règne le vingtiesme, Ainsi signe « Henry » et plus bas pour le Roy « de L'omesnye » Et a costé est escript Registreos au greffe de l'hostel de la Ville de Paris. L'ordonnance de Messieurs les preuost des Marchans et Esclievins d'Icelle le Lundy vingt deuxiesme Jour de Décembre mil six cens huict Et signe « Courtin' ».
On n'indique dans cette pièce aucun motif sérieux qui justilie le relranchement des concessions. C'est, comme je l'ai dit, une formule qui s'appliquait en toute circonstance ; en cherchant à se rendre compte de la situation, on reconnaît qu'il y avait deux raisons pour agir comme on l'a fait : le nombre des concessions était trop grand et une sécheresse, peut-être très-ordinaire, fil ressortir les inconvénients de celle situation et rendit le retranchement absolument nécessaire pour assurer l'alimentalion des fontaines publiques.
Une amélioration Irès-importante se généralisa vers cette époque. On chercha à établir dans chaque fontaine un petit réservoir pour emmagasiner l'eau perdue pendant la nuit et aux heures de petite consommation. Souvent on obligeait un concessionnaire à établir un réservoir dans sa maison avec un robinet à l'usage du public. Le premier exemple d'une concession ainsi réglée que je trouve dans les registres de la ville remonte au 16 avril 1529. Noble homme messire Philbert Rabou, trésorier de France, fut autorisé à rétablir la prise d'eau de la grosseur d'un pois de l'hôtel Clisson qui lui appartenait « lequel fut tenu entretenir lad" fontaine jusques à saillir en la rue pour les secours des habitants du quartier. »
En rétablissant le 11 avril 1606 une concession de trois lignes et demie de diamètre en faveur du sieur Charles Le Comte, sei-
(RegisU-es de la ville, vol. XVll, fol. 416, 417, 41S et WJ.)
CouiM! du réservoir et élévation de la soupape île la fontaine du l'ot-de-Fer.
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A, orifice. — |B, ioupapc. — E, D,C, B, levier ouvrant et fermant la soupe B. — K, Gargouille ilu trottoir. L, grille et souillard. — F, robinet à Qolteur de la conduite de prise d'eau II, G, F. — G, robinet d'arril de eelte conduite. — F, B. réservoir de la fontaine.
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gneur de la Martinière, dont les titres remontaient au temps de Charles VI, on lui imposa l'obligation de construire « à ses fraiz et dépens, ung réservoir au dedans sad" maison de quatre pieds carrés en tout sens... pour seruir tant au publicq qu'à l'usage de sadicte maison '. » Ce réservoir alimentait la fontaine Saint-Leu, une des plus anciennes de Paris.
L'emploi de ces réservoirs se généralisa et toutes les nouvelles fontaines en furent munies ; on utilisa ainsi l'eau de ces fontaines qui, antérieurement, pendant la nuit et aux heures de petite consommation, s'écoulait sans intermillenceet par conséquent presque toujours eu pure perte.
Les orifices d'écoulement des réservoirs des fontaines publiques étaient fermés par des soupapes qui s'ouvraient, à la volonté de l'usager, au moyen d'une bascule. Voici un de ces appareils qu'on voit encore aujourd'hui à la fontaine sise à l'angle des rues Mouffetard et du Pot-de-Fer. La communication du réservoir avec l'oiilice A de sortie de l'eau, est fermée par une soupape B qui s'ouvre lorsqu'on agit sur le bras du levier EG dont l'extrémité E se prolonge jusqu'à l'extérieur. Lorsqu'on cesse d'agir sur ce levier, la soupape se ferme par l'action d'un contre-poids.
Cet appareil est trop simple pour que j'en parle plus longuement. Mais lorsque l'édifice était plus élevé que celui de la fontaine du Pot-de-Fer, le réservoir se trouvait habituellement à une assez grande hauteur au-dessus du sol ; on attachait alors à l'extrémité E du levier une longue tringle en fer qui descendait jusqu'à la main de l'usager. Cette tringle était difficile à manœuvrer ; les anciens employés du service ont vu souvent les porteurs d'eau se suspendre après cette tige pour obtenir un filet d'eau qui n'arrivait pas lorsque le réservoir était vide.
On ne perdait donc plus l'eau aux heures de petite consommation et pendant la nuit; elle s'emmagasinait dans le petit réservoir de chaque fontaine ; mais, malgré ces incontestables améliorations, le système de prise d'eau des concessions était si dé-
fcctueux que, malgré leur très-petit nombre, la moimlre sécheresse tarissait le peu d'eau qu'on laissait aux fontaines publiques. C'est vers l'époque de la construction de l'aqueduc d'Arcueil et snrlout après rétablissement des pompes du pont Notre-Dame qu'on réalisa de grands progrès dans l'art de distribuer l'eau ; on put alors amener ce service à un développement que les hommes intelligents de celte époque appelaient l'abondance '.
' Voici Topinion de Bonamy, qui écrivait en 1754 : n Si l'on ajoute à cette quantité (d'eau donnée par les pompes du pont Notre-Dame et les 3 aqueducs) celle que le Roi relire des eaux d'Arcueil et de la pompe de la Samaritaine qui peuvent monter à 100 pouces, on sera en état (le comparer la disette de la ville de Paris, lorsqu'elle était réduite aux seuls aqueducs du Pié Saint-Gervais et de Belleville, avec Fabondance dont elle jouit aujourd'hui. (Bonamy, Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXX, 1751.)