‹ Les eauxChapitre 20 sur 310 · AQUEDUC ROMAIN D'ARCUEIL · texte numérisé non relu

AQUEDUC ROMAIN D'ARCUEIL

Anciennes traditions. — Les sourcrs. — Lcnr débit. — Onalité do l'eau.

D'après les plus anciennes traditions, l'édifice romain qui porte le nom de palais des Thermes était ainsi désigné bien avant les travanx exécutés par Marie de iMédicis an commence me;it du dix-septième siècle, et on savait déjà que ce palais recevait les eaux d'un aqueduc qui (raversait la Bièvrc à xArcueil sur de hautes sub^tructions. La plus ancienne de ces traditions remonte à 1518 et est raj)porlée ainsi par Corrozet' :

« Quant le dit Palais ou cliasleau de Thermes a commencé à eslre appelle l'hoslel de Cluny et pour quelles raisons, ie ne le pnis asscurer. Mais il est certain que iusqu'en l'an lo^i, il s'appelloit encore la maison des Tliermes. Car lean du Tillet, grcfiîer de la Cour du Parlement, en son recueil de rhisloirc de France, traitant de la noble branche de Courtenay, écrit que lean de Coui'lenay vendit i!i l'Euesque de Bayeux nioslel de Cluny sis à Paris, lors appelle la maison des Thermes : laquelle auoit

* Voyez Corrozet. Aatiqviloz, histoires el singvlnrilez île Paris, folio 10, avec privilège du roi portant la date de 1541.

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appartenu à son oncle Archeuesqne de Rheims. El que los enfanls (lu dit Courlcnay qui esloicnt au nonilirc de six (ils cl vue fille, firent partage des biens de leur père en l'an 1518. El en l'an 1524, ils ratifièrent la susdite vendilion. »

Cette tradition si ancienne prouve déjà qu'il existait dans l'édifice un établissement de bains important. Cependant le même auteur donne une autre origine au nom : Palais des Thermes :

a El de vray il y a leans vne grande salle, sur la plalle forme de laquelle il y a des iardins auec arbres qui portent creSce de soy de lôgue antiquité, car l'édifice est de matière (brte et dure côme vn roch, et le nom de Palais des Ternies luy est demouré iusqs auiourdhuy, pour ce qu'on aporloit en ce lieu les deniers des termes des tribulz deuz à l'empereur Romain. »

On adoptera d'autant moins celle explication qu'à la page suivante on en trouve une autre bien plus probable :

« Aucuns interprètent Palais des Thermes pour les baings qui csloîsl faiclz par Iulian l'Apostat, et disent que les eaux d'icclliiy venoyent de deuers Gentilly : quoy qu'il en soit l'année qu'on fait les rempars et bastions à Paris pour résister à la venue de l'empereur Charles Y, on Irouua du costé de la porte Sainl- Jacques des canaux de pierre de taille etconduitz d'eau continuez depuis le village d*Arcueil (ainsi nômé à cause des arcs bastis de lirique qu'on voit encorcs de présent, ou de ce mot latin composé Aquœductus) iusques dans Paris. Lesquels côduitz d'eaux auoienl peu seruir ausdils baings, cl de présent seroièl nécessaires à restablir pour arrouserla haulte partie de l'Vninersité de Paris qui en a bon mestier, si messieurs les gouuerneurs s'y vouloient employer.

« Le Palais des Thermes, c'est-à-dire des baings chaux ou estuues (ancienne habitation de Iulian l'apostat Empereur) a donné aussi le nom à la rue prochaine, laquelle s'appclloit la rue des Tliern'es, et mainlenanl on la nomme la rue des Mallunins. Et en (piclque littre du collège de Sorbone, il se lil : Ad ïociim Thermai'um Cœsaris. »

AQUEDUC ROMAIN D'ARCUEIL. - TRADITIONS ANCIE-NNES. 35

L'aqueduc romain d'Arcueil est clairement désigné. Les traces de cet aqueduc, dont il est fait mention, sont probablement celles qui existaient près de l'ancienne église Saint-Benoît, dont les derniers vestiges ont disparu il y a une vingtaine d'années. J'en indique l'emplacement sur le profil en long de l'aqueduc romain.

Le premier document précis publié sur l'aqueduc d'Arcueil est un Mémoire de Bonamy dont j'extrais les passages suivants' :

« L'opinion commune est que ce fut l'empereur Julien ^ qui fit construire ce palais (des Thermes), aussi bien que l'aqueduc d'Arcueil. Mais j'ai fait voir dans un autre mémoire, par les autorités d'Ammien Marcellin' et de Zozime, que ce palais étoit antérieur au règne de ce prince, puisqu'on arrivant à Paris, Julien alla loger dans une maison qu'Aramien appelle palatium, Regia et Zozime ^xaihia. Je crois donc qu'on doit plutôt attribuer la construction du palais des Thermes et de son aqueduc, à quelques Empereurs qui fixèrent leur demeure dans les Gaules, comme Posthume ou Tetricus*, que le séjour à Paris mettoit à

portée de veiller à tout ce qui se passoit dans les Gaules,

« Quoi qu'il en soit, on ne peut attribuer qu'à la demeure des empereurs ou des gouverneurs romains au palais des Thermes, l'aqueduc qui y conduisoit l'eau. Une pareille entreprise ne pouvoit venir que de la puissance souveraine et elle suppose en même temps que les gouverneurs des Gaules ou les empereurs y ont fait leur résidence, car il n'est pas croyable qu'ils eussent fait

' Voyez Mémoire sur les aqueducs de Paris comparés à ceux de l'ancienne Rome, par Bonamy (Académie des inscriptions et belles lettres, t. XXX, p. 731, juillet 1754).

- Julien fut nommé César et gouverneur des Gaules par l'empereur Constance, deuxième fils de Constantin, il fixa sa résidence à Lutèce. C'est en 361 que ses soldats l'y proclamèrent empereur.

' L'historien Animien Marcellin, mort à Rome en 390, suivit Julien dans Fexpédition contre les Perses, où cet empereur fut tué. Il écrivit une histoire des empereurs depuis Nerva jusqu'à Valentinien ; celte histoire est en 31 livres dont les 13 premiers sont perdus.

* M. Jollois et la plupart des auteurs modernes attribuent la construction du palais des Thermes à Constance Chlore, père de l'empereur Constantin ; nommé César en 292 par Dioclétien, Constance Cidore fut procliuné Empereur en 505 avec Galère MaximieVi et mourut ea 306 à York. Il résida dans les Gaules et à Lutèce.

de lois oiivrngt's pour les seuls habilauls de Paris, qui n'eu avoicnl |)as besoin' »

« M. GeoiTi'oy, de l'Acadéuiie des Sciences, élanl éclieviu en 1732, découvrit, sur les indications que lui avoit données M. Buache, un reste de ce canal \ers le haut d'un coteau qui est au-dessus d'Arcueil, d'où l'on voit le château de Cachan..., c'est une rigole formée de trois pleins-droits

« La direction de ce canal le fait passer par-dessus le mur d'un jardin voisin pour le conduire aux arcades de l'ancien aqueduc d'Arcueil, dont il reste encore des vestiges considérables ; on les voit dans la cour d'une maison à laquelle ils servent de clôture ; ils peuvent avoir environ cinquante pieds de haut, et l'édilice, qui est auprès de l'aqueduc moderne, est construit et lié des mêmes matériaux que le palais des Thermes, dont je vais parler. Le canal qui conduisoit les eaux par-dessus cet ancien aqueduc, existe encore eu certains endroits ; il est à découvert et il parait qu'il éloit appliqué sur un lit de carreaux de terre cuite, de même modèle que ceux de la masse du mur, au milieu duquel on voit encore une arcade cintrée de trois cintres. La largeur de cette arcade fait soupçonner qu'il y en avoit une autre au-dessous, comme au pont du Gard ; car au-dessus du mur où elle est il y a une retraite qui fait connaître que celui d'en bas étoit plus épais : mais dans l'endroit où l'on pourrait voir cette arcade inférieure, on a appliqué un bâtiment moderne qui la cache. Les anciens propriétaires de la maison dont je viens de parler auraient bien voulu détruire ces restes antiques ; mais ne pouvant le faire par mains d'ouvriers, ils demandèrent la permission de les faire sauter en les minant; les ingénieurs qu'on y envoya, ayant reconnu que l'effort de la mine pouvait ébranler l'aqueduc moderne, qui n'en est qu'à environ trois ou quatre toises, le Roi refusa la permission que demandoienl ces propriétaires. Cette maison au reste est connue sous le nom de Fief des Arcs, qui

' Ceci est en opposition avec ce que dit plus loin Boiumiy, île l'iiiipDrtaiice de Lutècc sous la doinination romaine. 11 est évident qu'une ville d'une si grande élenduc avait besoin d'eau.

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avec celui d'Anjou, qui en est proche, a appartenu à la maison d'Anjou. René d'Anjou, roi de Sicile, comte de Provence, et duc de Bar et de Lorraine, les donna en 1459 à son frère Charles d'Anjou ; depuis, ces fiefs ont passé à divers particuliers. Ces dénominations d'Arc et à'Arcueil, donnés au fief et au village, ne peuvent venir que des arcades de l'aqueduc des Romains'. »

« L'eau, en sortant de l'ancien aqueduc, passait au coteau opposé du village d'Arcueil, où l'on trouve un reste de rigole sous l'encoignure d'une muraille qui est à main gauche dans le cheuiin par lequel on sort du village pour aller gagner la grande route d'Orléans, el il y a encore de semblables vestiges de rigoles à quelque dislance du Petit-Gentilly. Ces anciennes rigoles suivoient la pente des terres jusqu'à ce qu'on rencontrât des endroits élevés qui les auroient contraintes de faire de trop grands détours ; on avoit été obligé de les faire passer à travers des coteaux % tels qu'éloient les hauteurs du fauxbourg Saint- Jacques, où l'on retrouva en 1544 les canaux dont parle Corrozet, et dont l'auteur du Mercure français nous apprend qu'on voyoit en 1615, la continuation dans plusieurs caves du quartier de l'Université. »

Il résulte de ces anciennes traditions :

1" Que l'aqueduc romain d'Arcueil n'était point un aqueduc ordinaire couvert d'une voûte sous laquelle l'eau est à l'abri des actions extérieures. C'était une simple rigole dans laquelle l'eau circulait exposée à la radiation solaire, à la gelée, etc.

' On trouvera plus loin la photogravure des restes de la substruelion romaine qui existent encore dans la traversée de la Biévre à Arcueil; sur un second plan s'élèvent l'aqueduc de Marie de Médicis et les hautes arcades de la Vanne, qui les surmontent. La maison et le parc, qui constituaient une partie du fief des Arcs, appartiennent aujourd'hui à madame Besson ; comme du temps de Bonamy, un bâtiment moderne couvre une partie de la construction romaine, k gauche de la photograviu'e, on voit cet ouvrage antique reconnaissable à son appareil de petits moellons alternant avec cinq arases de longues briques. Cet appareil se prolonge jusqu'à un pilastre encore debout, mais il dispar:iît de chaque côté de l'arc élevé au-dessus du bâtiment moderne et dans le mur qni le surmonte. Cet arc et ce mur sont d'origine moderne.

- Ceci est une erreur : l'aqueduc romain est une rigole à ciel ouvert sur toute sa longueur, et n'est nulle part construit ni en souterrain ni en pierres de taille.

2° Qu'elle débouchait dans la partie du palais lomain qui subsiste encore aujourd'hui, où elle alimentait des établissements thermaux.

On savait encore, du temps de Bonamy, que celle rigole prenait les eaux des sources de Rungis, dérivées depuis par Marie de Médicis, et en outre d'autres eaux découvertes « par le mar- « quis d'Eflîat' », sur le territoire de Wissous et de Cliilly.

Ceux qui ont écrit depuis sur l'aqueduc d'Arcueil n'ont presque rien ajouté à ce que nous apprend le récit de Bonamy : M. Albert Lenoir a découvert trois nouveaux restes de l'aqueduc'; M. Jollois, qui a été longtemps ingénieur en chef du département de la Seine, a reconnu l'existence de l'aqueduc sur neuf points, ce qui lui a permis d'en donner le tracé \ M. Albert Lenoir a donné aussi un plan qui s'écarte peu de la direction générale. Néanmoins ces deux plans sont entachés d'une erreur capitale : M. Jollois, et M. Lenoir n'ont connu ni les sources principales, ni le vrai point de départ de l'aqueduc romain, ni le tracé des rigoles secondaires qui y conduisaient l'eau des sources dérivées *.

Les sources, leur position. — Les sources qui alimentaient l'aqueduc romani d'Arcueil appartiennent au niveau d'eau des marnes vertes de Montmartre'; ces terrains argileux couvrent tout le plateau compris entre les vallées de la Seine, de l'Orge, de l'Yvette et de la Bièvre et affleurent sur les pentes à une assez grande hauteur au-dessus du thalweg des quatre vallées.

Les marnes vertes sont recouvertes par des amas de meulière caillasse et forment ainsi un niveau d'eau qui donne naissance,

* Bonamy.

' Voyez Slalislique monumentale de Paris, par Albert Lenoir, p. 9 du texte et planche V.

■" Voyez niémoiie sur les antiquités romaines et gallo-romaines de Paris par M. Jollois, ingénieur en chef des ponts et chaussées (Académie des inscripliuns et bettes lettres, i° série, t. 1", p. 1, 1843).

* Voyez ci-après, p. JO.

" Voyez t. 1", p. 124.

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