DISTRIBUTION. — FONTAINES DU VERT-BOIS ET DU TEMPLE
Si la naïade avait été logée au carrefour des rues de Sainle- Foy et Blondel, son babillage ne se serait pas fait entendre à la Porte- Saint-Denis.
Dans le cours du dix-neuvième siècle, il y avait une fontaine marchande à la Porle-Saint-Denis. Avait-elle été construite sur une place vague? Remplaçait-elle la fontaine de puisage de la poite Saint-Denis? n'était-elle autre chose, comme le prétend Girard, que l'antique fontaine des Filles-Dieu? Je ne trouve aucun document sur ce point, ni dans les archives, ni dans les traditions de l'inspection des eaux. Il reste donc quelque incertitude sur la position de la fontaine Saint-Denis.
Fo7itaine du Vert-Bois ou de Saint-Martin. — Fontaine du Temple (treizième siècle). — Ces deux fontaines, sises, la première à l'angle des rues Saint-Martin et du Vert-Bois \ et la seconde près de l'angle des rues du Temple et de Vendôme, n'étaient pas la propriété de la ville : elles appartenaient aux religieux de Saint-Marlin-des-Champs et du grand-prieuré du Temple, de sorte qu'il n'en est pas question dans les registres de la ville, et nous ne savons pas à quelles époques précises elles furent édifiées ou reconstruites. Tous les auteurs admettent qu'elles remontent au treizième siècle, et j'ai adopté moi-même cette hypothèse*. D'après les traditions du bureau la fontaine actuelle et le regard établi dans une des tours de l'enceinte de l'Abbaye de Saint-Martin-des-Champs auraient été construits par la ville en 1712 ; cela paraît douteux : l'inscription, reproduite à la page 128, prouve que la ville n'était point encore en possession des deux fontaines en 1722. La tour du VertTBois oii fut établi le château d'eau ne fut cédée à la ville par les religieux de Sainl-xMartin-des-Champs que le 27 septembre 1740, moyennant une concession de douze lignes d'eau. Une délibération du bureau du 18 mars 1775 nous fait connaître que les concessions
* Sur la carte de Gomboust, rue du Gaillard-Boys.
* Voy. page 464; voy. aussi Girard, t. II, p. 6.
(l'eau des deux prieurés fureiil réglées par une convenlion uolariée du ""lo mai 1755. Ils avaient donc abandonné à la ville leur aqueduc Saint-Martin et les fontaines publiques qu'il alimentait, puisqu'ils se contentaient de simples concessions d'eau de Belleville, tirées du regard de la Roulette ou de Saint-Maur. Peutêtre est-ce h celte époque que fut construit l'édiJice actuel de la fontaine : on a vu qu'il y a une grande analogie entre les armes qui y sont sculptées et celles qui décorent la fontaine Maubuée reconstruite en 1755. La fontaine du Temple fut sans doute réédifiée vers la même époque, car elle portait le distique suivant qui ressemble beaucoup à ceux de Santeul :
QCESl CERNIS FONTEM, MALTH^ DEBETDR ET DRBI : PRvEBDIT H^C DNDAS, PRiBDlT ILLA LOCDM.
Fontaine du Ponceau (quinzième siècle). — La fontaine du Ponceau, sise à l'angle des rues Saint-Denis et du Ponceau, est une des plus anciennes de Paris'; comme elle était dans l'intérieur de l'enceinte de Charles Y, mais très-près de la porte, c'était là que les rois et reines de France s'arrêtaient lorsqu'ils faisaient leur rentrée solennelle à Paris par ^la rue Saint-Denis; c'était là aussi que le bureau faisait de son mieux pour les recevoir dignement; à chaque entrée de Roi, avant le dix-septième siècle, il est fait mention de la fontaine du Ponceau. Voici par exemple ce qui s'y passa à l'entrée de la Reine Isabeau de Bavière à Paris le 20 juin 1580. « Après ce veu la Revue de France et les Dames vindrenl tout le petit pas devant la fontaine en la rue Saint-Denys, laquelle fontaine estoit toute couuerte et parée d'un drap de fin azur, peint et semé de fleurs de lys d'or, et Icspilliers qui cnvironnoient la fontaine, armoyez des armes de plusieurs hauts et puissants seigneurs.... donnoit cette fontaine, par ses conduits, claire et piemenl très-bon et i)ar grands rieux et avoit là autour de la fontaine ieunes filles très-richement ornées, et sur
' Voy. le tableau des concessions à titre onéreux, cliap. XXV.
DISTRIBUTION. - FONTAINE DU PONCEAU. Cil
leurs chefs, chapeaux d'or bons et riches , lesquelles chanloicnt tant mélotlieusement que douce chose et plaisante esloit à l'ouyr et tenoient en leurs mains hanaps d'or et couppes d'oretoffroient et donnoient à boire à tous ceux qui boire vouloient'. »
La fontaine n'est pas nommée dans cette charmante description, mais son emplacement est clairement désigné.
A l'entrée de Louis XI après son sacre, le 51 août 1461, la fontaine est désignée par son nom : « estoienl à la fontaine de Ponceau hommes et femmes sauvaiges qui se combatloient — et si y avoit encores trois belles filles faisant persounaiges de seraines (sirènes) toutes nues, et leur veoit-on le beau telin droit séparé, rond et dur qui estoit chose bien plaisante, et disoienl de petits motets et bergeretles". »
La fontaine du Ponceau existait donc en 1589, on n'en saurait douter. Elle a été reconsiruite en 1605, par François Miron, prévôt des marchands, en même temps qu'il rectifiait la rue et qu'il faisait à ses frais revêtir de maçonnerie l'égout du Ponceau. En 1810, Girard, ingénieur en chef du service des eaux, la déplaça el la transporta à l'angle des rues du Ponceau et de l'Egout, moyennant une dépense non autoi'isée de 11461 fr. 59 cent! De nombreuses plaintes s'élevèrent contre cette construction, et le conseil général des ponts et chaussées consulté déclara à l'unanimité que la fontaine « élait mal placée, tant sous le rapport de l'art que sous celui de la commodité publique, et indiqua la place de la Fidélité comme plus convenable à cet établissement. »
Girard s'opposa de toutes ses forces à ce nouveau déplacement ; il fallait, selon lui, laisser la fontaine où elle était et payer à l'entrepreneur les 11461 fr. 59 c. qui lui étaient dus. Le conseil général des ponts et chaussées, consulté de nouveau,
* Le cérémonial françois 1649, par Théodore et Denys Godefroy.
- Les chroniques de Jean de Troyes : voy. la collection de mémoires publiés par MM. Michaud et Poujoulat, t. IV, p. 250.
r,18 LES ANCIENNES EAUX.
modifia son premiLT avis; le 8 avril 1815, le conseiller d'Elal, minisire de l'intérieur, avisa le préfet du maintien de la fontaine et de l'aulorisalion de payer l'entrepreneur' ».
La fontaine du Ponceau fut définitivement supprimée par un arrêté préfectoral du 26 juin 1852.
Fontaine de VÉchaudé. — En 1624, les habilanls du Maraisdu-Temple furent autorisés par le bureau à établir une fontaine qui leur était indispensable'. J'ai supposé que celte fontaine était celle de VÉdiaudé, qui est encore en activité à l'angle des rues Yieille-du-Teraple cl do Poitou, parce que les autres fontaines du quartier du Temple, à l'exception de celle des Haudrietlcs, ont une origine et un nom bien déterminés, et par conséquent ne peuvent être confondnes avec celle qui fut construite en 1624. Celle fontaine est donc celle de l'Echaudé ou celle des Haudriettes.
Le partage des eaux de 1669 est la plus ancienne des pièces qui me sont passées entre les mains, où la fontaine de l'Echaudé soit désignée sous ce nom; on y nomme aussi le regard de l'Egoul. Ces deux ouvrages étaient très-voisins l'un de l'autre, puisqu'ils se trouvaient tous deux rue Vieille-du-Temple, à l'origine du ruisseau fétide qu'on appelait déjà l'égoul de ceinture; sur une carie de Gomboust celle origine est désignée par le mot égoiist. Le regard de l'Egout avait une grande importance en 1675 : il alimentait les principales fontaines du quartier; la fontaine de l'Echaudé n'est môme pas nommée dans l'état de la distribution du 2 juin de cette année. Il n'est plus question du regard de l'Égout dans le dix-huitième siècle; il est probable que la fontaine de l'Echaudé fut restaurée, sinon reconstruile, dans les dernières années du dix-septième siècle ou au commencemenl du dix-huitième, du temps de Sanleul, car
' Archives nationales, F'»-597 (liasse). Fontaine du i'onceau, n" C5 de la carte. * Voy. page 519.