RESUME. - FONTAINES DE PUISAGE
Les trois fontaines suivantes sont détruites, mais sont remplacées par des bornes-ion taines à repoussoirs:
Fontaine de Saint-Benoît n" 24 du tableau clironoloyiquc
— des Carmélite-; n° 51 —
— de Saint-Séverin n° 52 —
Quatre sont devenues des fontaines monumentales, savoir:
Fontaine des Innocents n" 2 du tableau chronologique.
— Molière n" 47 —
— du Chàlelet n» 67 —
— Gaillon n° 71 —
Ainsi, sut" les 113 fontaines anciennement construites, 33 sont encofe en activité, 80 ne sont plus en service.
Depuis vingt ans, j'ai vu disparaître un grand nombre de cey fontaines et sans que l'opinion publique s'en soit émue. Rien ne prouve mieux que ces petits édifices ont fait leur temps, et que, dans les quartiers riches de l'ancien Paris, la distribution d'eau par des orifices publics est devenue à peu près inutile : presque toutes les maisons sont abonnées aux eaux de la ville, et aucun propriétaire ne tolérerait même une borne-fontaine de puisage adossée à sa maison.
Dans les quartiers habiles par la classe ouvrière, et notamment dans toute la zone annexée, les bornes-fontaines à repoussoir sont au contraire très-demandées, et les propriétaires offrent souvent le terrain nécessaire à leur installation. Mais personne ne souffrirait ces petits édifices si recherchés par nos pères autrefois, si méprisés aujourd'hui.
Outre les 26 anciennes fontaines de puisage qui restent encore, on comptait dans l'ancien Pains, au 51 décembre 1876, 75 et, dans la zone annexée, "251 bornes-fontaines à repoussoir, indépendamment de 54 fontaines Wallacc qui sont répandues dans toute la ville, soit en totalité 386 appareils de puisage. Au commencement du siècle, d'après le décret du 2 mai 1806,
660 LliS ANOIK.N.NES EAL\.
OU n'en coniplail que 57, pour une pojjulalion li'ois fois moindre, il esl vrai. Cependant aujourd'liui les deux tiers des maisons reçoivent les eaux de la ville. Les fontaines et les cliâlcaux d'eau ne distribuaient autrefois que 8081 mètres culies d'eau par jour'; maintenant on en dépense jusqu'à 500000 mètres, tant pour les services publics que pour le service privé, et avant peu d'années ce volume sera porté à 400000 mètres cubes. Cela prouve combien le besoin de l'eau s'est développé depuis soixantedix ans.
Lesancicnnes fonlaines de Paris, à l'exception de trois ou quatre, ne sont point des monuments à imiter; à côté des vastes bôtels des quartiers du Marais et Saint-Antoine, elles ressemblaient un peu trop au nain de la foire qu'on met à côté du géant, son compagnon, pour en fiiire ressortir l'énorme slalure. Quand elles sont adossées aux maisons surtout, les cbeminées et les pans de mur (|ui les surmontent forment avec elles nn ensemble des moins barmonieux. Néanmoins, elles contribuent, avec tous les vieux édifices, à faire disparaître ce cacbet d'uniformité si mortellement ennuyeux des villes modernes et ces longues perspectives des lues reclilignes, où le piéton a pendant une demi-heure devant les yeux un édifice quelconque qu'il voit grandira mesure qu'il s'ajiproclie, ce qui lui ôte an moins le plaisir de la surprise, et pr('S(pie toujours celui de l'admiration, même lorsque le monument ou est digne.
Ce n'est donc pas sans chagrin que je vois disparaître les uns après les autres ces restes de l'art des iemps anli(|ues; à chaque piciie orM(V' d'une sculpture, quehpie fruste qu'elle soit, qui tombe sous le marteau du démolisseur, i\ me semble que la ville déchire olle-mème ses titres de noblesse, et que nous prenons pour UKidèlr le type d'une gi'ande ville américaine découpée en miiiiiiiiiipk' (laiiiici par des rues qui donnent au moins le scn-
' Voy. pnpf 578.
RÉSUMÉ. — FONTAINES DE PUISAGE. (iiil
liment de l'angle droit, quelque épaisse que soit la boîle osseuse du cerveau du promeneur.
Ce livre n'est point un traité d'architecture; mon service ne s'élève pas au-dessus de la borne-fonlaine et je ne veux pas qu'on m'applique le proverbe : Ne ultra crepidam, sutor. Néanmoins j'ai voulu reproduire par la photogravure ce que tout le monde voit disparaître avec une si complète indifférence, les restes de nos antiques fontaines. On les trouvera à l'atlas auquel je renvoie ceux qui s'intéressent, comme moi, à ces vieilles choses. Ces photogravures sont de simples procèsverbaux; aucun dessinateur ne peut reproduire avec une telle fidélité ce que ces petits monuments offrent de bon et de mauvais. Malheureusemenl, tous les restes des fontaines des treizième, quatorzième, quinzième siècles ont disparu. Depuis longtemps il ne reste rien de l'architecture des fontaines de Philippe- Auguste et de saint Louis. C'était autrefois une déplorable habitude d'habiller à la mode du jour les édifices qu'on restaurait ou qu'on reconstruisait ; on peut dire, à la louange de notre époque, qu'en restaurant les anciens monuments on en respecte maintenant le style autant que possible; mais il n'y a pas plus de cinquante ans qu'on a fait ce sacrifice au bon sens.
Le seizième siècle nous a laissé la belle décoration de la fontaine des Innocents, due au ciseau de Jean Goujon, et la tour des jardins de l'hôtel de Soissons, oià Catherine cherchait dans les astres la justification de ses crimes.
Les démolisseurs n'ont rien respecté de ce qui nous restait du dix-septième siècle: ils ont détruit entièrement l'œuvre de ces officiers du roi et de la ville, ingénieurs-architectes de père en fils, les Guillain et les Francini. On a dû faire place aux voies nouvelles dans les jardins du Luxembourg, en rangeant de côté la belle fontaine de Médicis ; et, soit dit en passant, je regrette un peu qu'en la déplaçant on n'ait pas conservé intacte l'œuvre de l'architecte de Marie de Médicis. Le dix-huitième siècle est noblement représenté par la fontaine de Grenelle, chef-
d'oeuvre de notre célèbre sculpteur Bouchardon. Il reste aussi d'assez nombreuses fontaines dues à Jean Beausire, qui donnent une idée très-nette de rarcliitcclure bourgeoise de cette époque. Les premières années du dix-neuvième siècle nous ont laissé quelques belles fontaines, nolanunent la colonne du Cbàlelet et la Léda de la rue du Regard. Celle-ci aussi a fui devant les démolisseurs, et on lui a ouvert un asile dans les jardins de Marie de Médicis. Le mauvais goût caractéristique de cette époque se montre, avec sa naïveté grotesque, dans quelques-unes des fontaines qui sont restées debout.
Les ouvrages plus modernes rentrent dnns la classe des fontaines monumentales; ils seront donc décrits dans le volume suivant, consacré à l'histoire des eaux nouvelles.