DÉTAILS TECHNIQUES
Eau du pré Saint-Gervais. — Traditions anciennes. — État actuel de l'aqueduc. — Eau de Belicvilic — Traditions anciennes. — Étal actuel.
AQUEDnC DU PRE SAIM-GERVAIS
Traditions anciennes. — L'origine de cet aqueduc est entourée d'obscurité ; ni Bonamy, ni Girard, n'ont éclairci cette question et il n'y a rien d'étonnant à cela.; les sources par elles-mêmes ont si peu d'importance qu'elles ont été dérivées à une époque très-ancienne par les prieurs de vSaint-Lazare sans attirer l'attenlion publique.
Voici d'abord ce que dom Félibien dit de ce prieuré de Saint- Lazare' : « On prétend que l'ancienne abbaye de Saint-Laurent, possédée dans le temps de Childebert I" par saint Domnole, depuis évesquc du Mans (en 545), comprenait, avec l'église de Saint- Laurent, tout le terrain occupé depuis par le prieuré de Saint- Lazare Cependant il n'est point parlé de religieux de Saint- Lazare dans le plus ancien titre où il soit fait mention de cette maison, qui est de l'an 1110 Le règlement même de 156G,
< Voyez llistniic de la Ville de Paris, iinr lloni Feliliii'ii, I. I, p. I0'2.
AQUEDUC UU PRÉ-SAINT-GERVAIS. — TRADITIONS ANCIEKiNES. 109
ne qualifie le prieuré de Saint-Lazare que àe prétendu prieuré ; et le prieur, frère René Hector, n'y est dit que soi-disant prieur. Mais on ne pouvoit pourtant contester à cette maison la qualité de prieuré, puisque dans la fondation des Grands-Montins de Vincennes, le roy Louis YU fait mention du prieur et du couvent de Saint-Lazare. »
D. Félibien ne dit pas un mot de la source du Pré-Saint-Gervais ni de l'aqueduc qui l'amenait au prieuré. Corrozet est plus explicite:
a 1/ antiquité de ce petit Prioré (Saint-Lazare) se remarque aussi en ce que les Prieurs anciens ont fait venir à leur despens les fontaines es fauxbourgs de Paris, et dedans leur monastère, y foisans bastir des petites loges depuis le village de Saint-Geruais, la oii est le principal regard de la dite fontaine (au-dessus duquel y a encore les armes du Prioré, qui sont la résurection de saint Lazare hors du tombeau, receuant la bénédiction de la main dextre du Rédempteur du monde, auec vue fleur de lis au-dessus) jusques aux terres du dit Prioré et d'autres particulières.
« Ladite fontaine anciennement couloit depuis le bord de la chaussée du Rourget, près vu champ, dit le champ des Vinaigriers, au trauers d'vn autre champ, appelé le champ de Saint- Laurent (duquel a esté fait mention cy devant) par des canaux faits en terre Poitiere iusque au grand regard de la fontaine, qui estoit appelle le regard du gril qui est encore en nature deuant la principale porte du dict Prioré Saint-Lazare. Mais depuis messieurs les Preuost et Escheuins de Paris se sont chargés de faire faire des tuiaux ou aqueducs de plomb, de les entretenir, et aussi les loges ou regards. Et si ont chàgé le cours d'eau, pour en dériuer plus grande quantité en la ville. Non obstant messieurs de Saint-Lazare gardent les clefs des loges, pour en aduertir messieurs de la ville, s'il y a quelque chose à réparer, et si du principal tuyau tirent leur fontaine de la grosseur d'vn annel d'argent ou cuiure attaché en las de soye en l'Arrest interuenu
110 LES ANCIENNES E.MX.
sur cesle Iraiisaclion, cl dallé du (jualfiesme Iiillel 1064'. » Ainsi les prieurs de Saint-Lazare avaienl conduit l'eau d'une source voisine du village du Pré-Sainl-Gervais, d'abord au regard de la fontaine du Pré qui est dans ce village, puis jusqu'à leur prieuré qui occupait remplacement actuel de la prison de Saint- Lazare, à l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Denis et du boulevard de Magenta. La conduite était en tuyaux de poterie, auxquels plus lard la municipalité de Paris substitua une conduite en plomb.
En 1364, les religieux de Saint-Lazare n'avaient plus sur leur aqueduc qu'un droit de prise d'eau réglée par un anneau d'argent ou de cuivre, mais conservaient les clefs des loges ou regards dont l'entretien était cependant à la cliargedela ville.
L'ancien regard de la fonlaine du Pré-Saint-Gervais sur lequel on voyait, du temps de Corrozet, la résurrection de saint Lazai'e, n'existe plus et a été remplacé par un petit édifice construit sous Louis XIV, comme le prouve l'inscription suivante, gravée sur une plaque de marbre noir de 0"\TÎ de largeur et de 0"',5G de hauteur :
CE Regard qvi reçoit les eavx di:
TOVTEs le sovrces dv Pré S^ Gervais
À ESTE CijSTRVlCT DV ReGNE DE LOYIS
Xnii, Prevûste DE W!' IIierosme le Feron Président av)C, Eno^^* Esciievi NEGE DE M"."^ Pierre Kagiiette Con"^.'^ DU Roy av Ciilet Ray.mont Lescot con"^." de Ville Clayde Bovcot Secr".*^ DY Roy Simon de Seoueyille boyrg"!^ estas M".^ Germain Piètre drogy'.' du
UUY ET DE LA ViLLE, MaRTIN LE MaIRE
greffier, Nicolas Boycot Recey" d'icelle
• Vojcz Corrozol, Aniiqvilcs de l'uiis, folio tiTôau vuiso.
\OUEDUC DU PKÉ-SAlNT-GERVAiy. ■ ÉT.VT ACTUEL. 111
Philippe Auguste, en achetant en 1182 la foire Saint-Laurent, qui alors appartenait au prieuré de Saint-Lazare, se réserva une partie des eaux du Pré-Saint-Gervais. Cette dérivation fut employée à alimenter une fontaine dans les nouvelles halles construites par ce prince.
« Saint Louis permit, en 1265, aux religieuses des Filles- Dieu, qui demeuroient hors de l'enceinte de Philippe Auguste, de faire venir dans leur monastère l'eau dont elles avoient besoin. La fontaine des Innocents subsistoit aussi en 1274, comme il paroit par un accord fait entre le roi Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merry, où il est dit qu'elle étoit située vis-à-vis la rue Aubry ou Aubert-le-Boucher ». Ces deux fontaines publiques des Halles et des Innocents étaient alimentées par l'eau du Pré-Sainl-Gervais a comme toutes celles qui étoient situées à l'occident de la rue Saint-Martin, le Louvre et les hôtels des princes et de quelques seigneurs situés ' dans ces quartiers. » (Bonamy).
On donnera, dans la suite de cet ouvrage, les noms des fontaines alimentées par l'aqueduc du Pré-Saiut-Gervais.
État actuel de V aqueduc du Pré-Saint-Gervais. — Pour l'intelligence de ce qui va suivre, je joins à cette description une petite carte, où sont tracés les aqueducs du Pré-Saint-Gervais et de Belleville avec toutes leurs pierrées et ramifications. Les parties de ces aqueducs, qui sont encore en service, sont indiquées par un Irait bleu ; celles qui sont détruites ou dont la destination est changée, par un trait orangé.
Les aqueducs à grande section, maçonnés avec mortier de chaux et sable, sont indiqués par un double trait ; les pierrées construites à pierre sèche par un trait pointillé, les conduites forcées métalliques ou en poterie parmi seul trait plein.
Les pierrées ont généralement 0'",40 de hauteur et une largeur qui varie de 0"',16 à O'",o2; elles sont établies au fond d'une tranchée de 2 ou 5 mètres de profondeur moyenne au-dessous
de la surface du sol. Le croquis ci-dessous représente la coupe d'une pierrée ; c'est un petit aqueduc construit à pierres sèches et couvert d'une dalle, qui repose sur les marnes vertes dans la nappe d'eau même que soutiennent ces terrains glaiseux ; pour empêcher l'introduction des eaux troubles de la surface du sol, l'ouvrage est couvert d'une chape de glaise. Avant l'invention des tuyaux de drainage en poterie, beaucoup de terrains en France étaient assainis par des procédés analogues, qui sont connus de tout le monde et sur lesquels il me paraît inutile d'insister.
Coupe d'une pierrde.
Dans des ouvrages ainsi construits, les pertes d'eau et les éboulis sont fréquents et il n'est pas facile de les trouver à d'aussi grandes profondeurs. Afin d'éviter les embarras des recherches, on a construit, de dislance en distance, sur les pierrécs, des regards et des puisards. Les regards sont renfermés dans de petits bàliments solidement construits et voûtés en pierre de taille; ils sont au nombre de treize et je les désignerai ci-dessous par leurs noms. Les puisards sont simplement fermés par des madriers couverts de terre; ils sont beaucoup plus nombreux que les regards. Voici la coupe d'un de ces ouvrages contruil près