AQLEDUC'DE BELLEVILLE. — TRADITIONS ANCIENNES
l'aqueduc Saint-Louis à cet hôpital '. Celte conduite était en plomb et avait Î695"',70 de longueur. Elle recevait en route, vers le bas de la rue Saint-Laurent, une conduite dite des Esmocoûards, de Sio"",!© de longueur, qui était alimentée par une pierrée de 2o5"\90. Tous ces ouvrages sont tracés sur la carte. Ils étaient établis en pleins champs, sur 168 parcelles de terrain.
L'eau de Belleville alimentait autrefois les fontaines publiques situées à l'est delà rue Saint-Denis. La plus ancienne est la fontaine Maubuée qu'on voit encore à quelques mètres du carrefour des rues Saint-Martin et Maubuée. Dans une visite des maisons de la censive de Saint-Martin faite en 1520, il est fait mention de la fontaine Maubuée comme étant déjà ancienne. La fontaine Saint- Avoie, qu'on voit encore près du carrefour des rues Saint-Avoie et du Temple, existait aussi vers la même époque\ Plus tard, sous Louis XIII, lorsque l'enceinte delà ville fut repoussée jusqu'aux grands boulevards, trois autres fontaines très-anciennes, aujourd'hui détruites, les fontaines Saint-Martin et du Temple, s'y trouvèrent renfermées : elles étaient alimentées par l'eau du regard Saint-Martin'.
On vient de dire que l'eau de Belleville, réservée pour le lavage des égouts, avait été retirée de la distribution en 1737 par Turgot, alors prévôt des marchands : le récit de Bonamy ne laisse aucun doute sur ce point. On réserva seulement l'eau des concessions situées extra-muros, notamment celle que l'hôpital Saint-Louis tirait de son aqueduc. On a vu, page 95, qu'au commencement du dix-neuvième siècle, cette eau était entièrement employée à alimenter des fontaines publiques et des concessions particulières situées hors de la ville.
' Voici le litre du plan : Plan des sources, aqueducs et conduites des eaux que l'hôpital Sainl-Louis tire du territoire de Belleville. (Levé sur le lieu en 17ô7.)
- Bonamy. Ces fonlaines perlent, sur la carte, les n" 61 et 72; elles sont aujourd'hui alimentées eu eau de TOurcq.
N" 05 et 67 de la carte. La fontaine Saint-Martin était située à l'angle de la rue du Verl=bois; il y avait deux fontaines près du Temple.
Le regard desMeissers*, qui reçoil l'eau d'une ramilicaliou lout à fait secondaire de l'aqueduc, a été reconstruit en 18H, comme le prouve l'inscription suivante gravée sur la pierre même de l'édifice :
Regard des Messiersa été reconstruit en
novembre 1811 • ETANT
Monsieur le Comte
FrOCIIOT PREFET DU département DE LA SEINE
La dernière inscription est celle du regard de la prise des eau.\\ qui est gravée sur la pierre même de l'édilice et dont voici la copie :
REGARD DE LA PRISE DES EAUX DE BELLEVILLE ET DE MÉNILMONTANT • A ETE RECONSTRUIT EN OCTOBRE 4811 • ETANT MONSIEUR LE COMTE FROCIIOT PREFET DU DEPARTEMENT DE LA SEINE
État actuel de l'aqueduc de Belleville. — Au commencement de ce siècle, Belleville méritait encore son nom de Belleville-sur- Sablon : c'était une bourgade bàlie sur les mamelons sablonneux qui s'élèvent à l'extrémité du plateau de Komainv'lle et de Bagnolet. L'aqueduc élail alors dégagé de toute conslruclion. Il s'étendait depuis le regard de la Lanterne jusqu'au regard de la Prise des Eaux'', dans celte dépression de terrain qu'on voit entre
' Regard ii° 82 de la cailc.
* Regard ii' 27 de la carie ' N"22 et 27 de la carie.
AQUIiDUC DE BELLEVILLE. — ÉTAT ACTUEL.
les rues de Bellevillc el de SaiiU-Fargean, lorsqu'on suit la rue de Puebla, et captait les sources de ce ruisseau bien connu sous le nom de ruisseau de Mcnilmonlant.
Aujourd'hui une cité populeuse le couvre tout entier ; les tranchées des rues, les égouls, les souterrains du chemin de fer de ceinture, les fondations des maisons coupent et dessèchent ses picrrées; il faut chercher ses regards dans cet amas de bâtisses.
Regard de la Lanterne.
La tête de l'aqueduc est située entre les rues Compans, Thierry et de Bellevillc, au regard de la Lanterne, robuste monument qui ne manque pas d'élégance, mais qui fait un contraste peu harmonieux avec les échoppes et les masures qui l'entourent. Il y a vingt ans j'ai vu encore ce regard dans un jardin ; aujourd'hui on y accède par la porte disjointe d'une clôture en planches et en soulevant les cordeaux à sécher le linge que la ménagère du lieu
15t ■ LES ANCIENNES EAUX.
tend au moyen des anneaux en fer scellés aulour de l'édifice. Suivant les traditions du service, c'est à ces anneaux que le prévùl des marchands et les cchevins attacliaienl autrefois leurs chevaux pendant la visite annuelle de l'aqueduc. On compte encore six de ces anneaux, mais ils étaient en plus grand nombre autrefois. Ce regard est un puits de 4", 70 de diamètre et de 8", 80 de hau- •teur entre le radier et la clef de voûte de la solide coupole qui le recouvre. On y descend par un élégant escalier à double rampe composé de 20 marches. On voit, en face de la porte, la pierre de liais mal scellée et peu apparente, sur laquelle est gravée l'inscription gothique de 1457, et, entre les deux rampes de l'escalier, la plaque en marbre noir de l'inscription de 1615, que j'ai reproduites ci-dessus'. Au milieu se trouve un puisard de 1"',80 de diamètre, dans lequel trois pierrées versent un iilet d'eau si maigre qu'il suffirait à peine à l'alimentation d'un lavoir de village; cette eau, couverte d'une écume blanchâtre, est peu appétissante.
En sortant de la Lanterne, le tracé se dirige vers le regard Beaufils, incrusté à 158 mètres de là, dans la façade de la maison n° 205 de la rue de Belleville. Nous avons détruit l'aqueduc sur une longueur de 95 mètres en construisant l'égout de la rue, dans lequel l'eau se perd aujourd'hui en sortant du regard. Cette perte est peu regrettable : le 4 mai 1876, à la suite des grandes pluies de février et mars, la portée de l'aqueduc était à peine de 21 mètres cubes en 24 heures. A l'extrémité de cette partie détruite, la galerie reçoit l'eau de l'aqueduc Saint-Louis par un tuyau de0"',054 de diamètre. Le regard n° 25 bisée la carte, qui terminait cetafflueni, est en grande partie détruit; on descend dans un petit caveau d'origine moderne qui le l'cmplace, sous la maison n° 187 de la rue de Belleville. On voit encore un angle de la toiture en pierre de taille de l'ouvrage ancien, le long de l'escalier du caveau. Le 4 mai 1870, l'aqueduc de Saint-Louis débitait 20 mètres cubes d'eau en 24 heures.
' Voy. p. 125 et 12(î.