ANNO DNI
Celle inscriplion esl remarquable à plus d'un lilre. Elle prouve que, dès l'origine, les religieux de Sainl-Marlin des Champs et les Templiers avaienl la jouissance de celle partie de l'aqueduc de
' Traduclion. — Fontaine coulnnt d'habitude f oiir l'usage commun des religieux de Saint- Marlin-de-Clunyel de leurs voisins les Templiers. Après avoir clé 50 ans négligée et pour ainsi dire méprisée, elle a été recherchée et revendiquée à frais communs et avec grand soin, depuis la source et les petits filets d'eau. Maintenant enfin, insistant avec force et avec l'animation que donne une telle enlrcprisc, nous l'avons remise à neuf et ramenée plus qu'à sa première élégance et splendeur. Reprenant son ancienne destination, elle a recommencé à couler l'an du Seigneur 10.^3, non moins à notre honneur que pour notre eommodilé. Les mêmes trav.iux et dépenses ont été recommencées en connnun, comme il est dit ci-dessus, l'an du Seigneur 17'2'2.
AQUEDUC DE BELLEVILLE. — TRADITIONS ANClE.NiNES. 120
Belleville et qu'ils renlretenaient à frais communs. Après la suppression de l'ordre du Tenple, en 1511 ', les religieux de Saint- Marlin continuèrent à jouir de leur fontaine et à l'entretenir à frais communs avec les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, depuis Chevaliers de Rhodes, et enfin Chevaliers de Malte , auxquels une partie des biens des Templiers et notamment le couvent de la rue du Temple, avaient été donnés". D'après l'inscription, il en était encore ainsi en 1722.
A l'époque où Bonamy publiait son mémoire, c'est-à-dire en 475-4j l'aqueduc de Belleville et la conduite de la fontaine de Savies étaient encore séparés. J'ai trouvé dans les archives de l'inspection des eaux une carte portant la date de 1670, où est tracée la conduite qui amenait à la porte du Temple l'eau de la fontaine de Savies. Celle conduite était en poterie depuis le regard Saint-Martin jusqu'au regard Saint-Maur, surunelon-
gneur de 1374", 20
et en plomb sur le reste du parcours, de il52™,50
Longueur totale 2506'",70
elle est indiquée sur la petite carte de la page 111 ; elle passait d'abord à peu de distance de l'emplacement actuel des rues Chaussée-de-Ménilmontant et Oberkampf jusqu'au regard Saint- Maur, puis se dirigeait à travers champs jusqu'à la rue de Malte, dont elle suivait le tracé ainsi que celui d'une petite partie de la rue Faubonrg-du-Temple, pour gagner la barrière de ce nom'.
• L'ordre du Temple, fondé en 1118, fut supprimé par le pape Clément Y après le concile œcuménique réuni à Vienne en 1311, et à la suite d'un long procès intenté contre l'ordre par le roi Philippe le Bel en 1507.
- Dans les registres de la ville le nom de grand-prieur du Temple est conservé. Voici par exemple, le lilre d'une délibération du 14 octobre 1000 : « Ordonnance portant que le grand prieur du Temple et les religieux de Saint-Martin des Champs seront assignés au bureau do la TJlle pour se voir condamner à faire refaire leurs fontaines. » ■ ^ Voici le titre de celle carte : Carte de la conduite des eaux provenant des sources de Belleville, appartenant à monseicjneur le grand Prieur de France et messieurs les Prieurs et Religieux de Saint-Martin des Champs, et des regards qui sont le long de la dite conduite.
Conduite en grès (poterie). Du regard Saint-Martin au regard Saint-Maur.
Conduite en plomb. Du regard Saint-Maur, passe au travers des marais du Temple et chemins qui conduisent à la CourliUe et la barrière du Temple.
L'eau de Belleville, en raison de sa mauvaise qualité, ayant été retirée de la distribution, dès 1757, et réservée pour le lavage du grand égout de ceinture ou plutôt du ruisseau de Ménilmonlanl renfermé entre deux murailles par Turgot, ni les planches de l'atlas de Girard, ni les autres cartes du service des eaux dressées depuis cette époque, n'indiquent le tracé de la conduite de Belleville, entre le regard de Saint-Maur (n° 40 de la carte) et les grands boulevards: il est assez probable que cette conduite descendait en se tenant à une petite dislance à droite de la rue Oberkarapf, qu'elle traversait le fossé de l'enceinte de Louis XllI sur le pont situé en face de cette rue et qu'elle aboutissait aux grands boulevards presqu'cn face de la rue des Filles-du- Calvaire. Cette disposition facilita beaucoup l'opération de Turgot qui avait i)lacé le réservoir destiné au lavage du grand égout, précisément à cette extrémité de la rue desFilles-du-Calvaire.
La construction de ce regard Saint-Martin et de la conduite qui amenait les eaux au Temple et à l'abbaye Saint-Martin remonte à une très-haute antiquité; tous les auteurs recoimaissent que la fontaine Maubuée a été érigée par les religieux de Saint-Martin, et qu'elle n'est pas moins ancienne que celles des Halles et des Innocents : il faudrait conclure de là que le regard et la conduite de Saint-Martin existaient sous le règne de Philippe Auguste, vers la lin du douzième siècle.
Ainsi, du lem[)s de Bonamy, les jaugeages des aqueducs du Pré-Saint-Gervais et de Belleville ne comprenaient pas l'eau du regard Saint-Mariin : les deux conduites étaient séparées. C'est par erreur que Girard dit qu'après la construction de l'aqueduc de Belleville, c'est-à-dire longtemps avant le règne de Charles V, on y fit aboutir les deux conduites qui amenaient l'eau au Temple et à labbaye Saint-Martin.
Une autre partie de l'aqueduc de Belleville, l'aqueduc Saint- Louis, ne donnait pas d'eau à Paris; il alimentait l'hôpital Saint- Louis. J'ai retrouvé, dans les archives de l'administration des eaux, le plan daté 1757 de la conduite qui portail les eaux de