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LA SAMARITAINE. — DESCRIPTION DE GERMAIN BRICE

« Mon amy, sur ce que j'ay entendu que le preuost des marchands et escheuins de ma bonne ville de Paris, font quelque résistance à Lintlaer, flamant, de poser le moulin semant à son artifice, en la deuxiesme arche du Pont-Neuf du costé du Louvre, sur ce qu'ils prétendent que cela empescheroit la nauigation, je vous prie les enuoyer quérir et leur parler de ma part, leur remonstrant en cela ce qui est de mes droicts ; car à ce que j'entends, ils les veulent usurper, attendu que le dit pont est faict de mes deniers et non des leurs.

« Adieu, mon amy \ Henry.

« Ce23aoust, à Fontainebleau. »

Avant la construction de cette pompe, le service des palais royaux absorbait environ la moitié des eaux fournies par les aqueducs de la ville; c'est pour mettre fin à celte situation si préjudiciable aux intérêts du public, qu'Henri IV se décida à construire cette machine destinée à fournir l'eau nécessaire au Louvre et aux Tuileries.

Cela étant admis, je donne d'abord la relation de Germain Brice qui fait connaitre l'état de l'ouvrage jusqu'en 1725'.

SAMARITAI.NE

« Ce petit édifice, qui n'est pas moins remarquable par la manière industrieuse dont il est élevé, que pour l'utilité et l'ornenienl qu'il procure à toute la ville, mérite bien un article particulier.

« Cette jmnpe, ou cette machine ]iydrauUque comme on peut nommer cet édifice, est placée à la seconde arche du Pont-Neuf, du côté du Louvre : elle a été élevée sous le règne de Henri Kl (lisez Henri lY), pour fournir commodément de l'eau au Louvre et aux fontaines du jardin des Tailleries. On avoit bâti tout exprès

* Colleclion (les mémoires de M. Petitot, t. V, p. 149.

- La Samaritaine. Germain Brice, tome quatrième, mdccxxv.

228 LES AXCIExNNES EALX.

un réservoir dans le cloître de Saint-Germain TAuxerrois, dont il reste encore des voûtes sur pié, soutenues d'arcades d'un assez bon dessin, sous lesquelles on a ménagé depuis des appartemens assez logeables ; mais les réparations nécessaires faites en divers tems, pour entretenir l'édifice de la Samaritaine, s'étant trouvées absolument inutiles, les pilotis et les soutiens pourris, ou fort endommagez par les glaces des grands liivers, et les débordemens extraordinaires de la rivière, on entreprit en l'année 1712 une réparation générale qui a coûté des sommes trèsconsidérables par la quantité des grands bois qui ont été emploiez, à présent fort rares en France, à cause de la destruction de la plupart des Forêts.

« Sur la fin de l'année 1714, cette entreprise qui avoit paru suspendue et comme abandonnée pendant un tems assez long, prit quelque forme, et a été entièrement terminée, vers la fin du mois d'août 1715, sur les dessins de Robert de Cotte, premier architecte du Roi.

« Les décorations de ce petit édifice sont agréables et assez bien imaginées.

« On voit sous un arc qui occupe presque toute la face de devant, deux figures de métail en couleur de bronze : l'une représente N. S. assis, l'autre la Samaritaine ; la première de ces figures est de Bertrand, et la seconde de Fremin, tous deux sculpteurs habiles et renommez.

« Au milieu est un bassin fort orné de sculptures, aussi de métail en couleur de bronze, qui reçoit l'eau de la machine, pour la rendre ensuite aux endroits où elle est destinée.

« Le comble de cet édifice est terminé par un campanile rempli de quantité de cloches, qui font un carillon toutes les fois que les heures doivent sonner ; il est embelli de plusieurs ornemens, qui brillent de loin par l'abondance dos dorures qui y ont été emploiées ' . »

• Voy. p. 234, l'ûlùvation de la façade de ce pelll édifice du côté du Ponl-Xeuf.

Avant la reconstruction dont il est fait mention dans ce récit, la Samaritaine était un édifice fort simple. Les anciens auteurs ne disent rien de l'appareil hydraulique primitif. Nous savons seulement qu'il a servi de modèle à la machine du Petit Moulin du pont Notre-Dame, dont nous avons la description, et comme cette description s'accorde avec celle de la machine de la Samaritaine donnée en 1759 par Bélidor, il est probable qu'en 1712 on reconstruisit l'appareil hydraulique sur l'ancien plan de Lintlaer.

Voici l'abrégé de la description de Bélidor *. Les pompes étaient mises en mouvement par une roue pendante construite à l'aval de la 2^ arche du Pont-Neuf, du côté du quai de l'École. L'édifice était soutenu par deux files de pieux, cachées sur le plan suivant par les chapeaux A B qui les recouvraient. Sur ces chapeaux étaient fixées des liernes CD qui enclavaient, en outre, deux files de pieux E, beaucoup plus élevés que les précédents, liés par quatre cours de moises; cette charpente était, en quelque sorte, la fondation de l'édifice.

On voit, de chaque côté sur ce plan, un coffre en charpente rempli de maçonnerie, qui, en temps de basses eaux, dirigeait le courant sous la roue Q. Pour régler ce courant, on faisait usage de la vanne T, qu'on baissait en temps de grandes eaux, pour diminuer la force du courant, et qu'on levait en temps de basses eaux.

L'essieu de la roue reposait sur deux paliers P, encastrés dans deux poteaux à coulisse 0 ; cet essieu portait, à chacune de SCS extrémités, une manivelle aux coudes de laquelle s'adaptaient des tringles en fer ou fourches, qui s'ajustaient à deux forts tirants en bois formant bielle et mettant en mouvement les balanciers H ou bascules des pompes. Ces pompes se voient en V sur le plan, entre quatre poteaux R, accompagnés de deux coulisses Z, entre lesquelles jouait le châssis qui portait les pompes, lorsqu'on

• Architecture hydraulique, par Bélidor, commissaire provincial d'arlillerio, t. II, p. 170 et suiv., pi. 8 et 9. Édition de 1759.

voulait les léparer. Ces pompes élaienl aspirantes et foulantes cl étaient enlièremcnl plongées dans l'eau.

'il , M ! ^-v'

Pompe de la Samarilaine. — Plan.

On montait et tlescendaitla roue pour la Icnirau niveau de l'eau, au moyen de crics qu'il me ])araît absolnmenl inutile de décrire.

Deux faux planchers, indiqués sur la coupe suivante par

Pompe de la Saraarilaine. — Coupe.

les n°'6 et 7, étaient établis l'un à 2 mètres environ, l'autre à 7 mètres au-dessus des basses eaux ordinaires, et permettaient de

visiter les organes inférieurs de la machine, tels qne les paliers de la roue, les manivelles, les pompes, clc. Une large ouverture, pratiquée dans cliacun de ces faux planchers, permettait de monter et de descendre la roue, suivant le niveau des eaux du fleuve. Les tirants en bois qui menaient les balanciers en mouvement, montaient et descendaient avec la roue, entre les dents de deux fourches en fer adaptées à l'extrémité de chaque balancier. Lorsque la roue était amenée à la position où elle devait travailler, pour une hauteur donnée de l'eau du fleuve, chaque tirant était lui-même hxédans la position correspondante, par des boulons ou des coins.

Les i»ompes étaient dans une position invariable, de même que les balanciers, et les verges en fer fixées dans des charnières, à l'autre extrémité de ces derniers.

L'appartement du gouverneur de la pompe était h l'étage situé au-dessus des faux planchers 6 et 7, au niveau du pavé du Pont- Neuf; il était en communication avec le pont par la passerelle en bois figurée sur la coupe. Au-dessus se trouvait un autre appartement, sans doute celui du sous-gouverneur.

L'eau était refoulée sous les combles, dans une rigole K L, qui la conduisait, en passant derrière le campanile, dans la coquille G, d'où elle tombait, entre les -figures du Christ et de la Samaritaine, dans le bassin M, situé au-dessous du cadran, représenté à l'endroit Y de la figure de la page 254, qui faisait jouer le carillon dont parle Germain Brice.

On voit, sur la coupe, la conduite qui, partant du fond du bassin, dirigeait l'eau sous la chaussée du Pont-Neuf. Germain Brice est le seul auteur qui parle d'un réservoir construit dans le cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois. Suivant Bélidor, la Samaritaine fournissait de l'eau au Louvre, au jardin des Tuileries et au Palais-Pioyal. D'après un plan que j'ai sous les yeux', et qui porte

' Voici le tilrc de ce plan :

IL.VS IIF. LA msmiBUTIOX AU LOIVRE, AUX inCILERYES ET AU PAILAIS ROYAL DES EAUX b'ARCCElL ET DE LA POMPE DE LA SAJIARITAIiNE.

18 feburier lC9i.

Sl''nc : SoKBAV.

la date de février 1694, la conduile de la Samaritaine suivait le quai entre le Pont-Neuf et le Pont-Royal et alimentait seulement le grand bassin octogonal du jardin des Tuileries et l'autre bassin situé dans la même allée.

Les pompes élaient au nombre de quatre, divisées en deux équipages.

Le rayon de la roue était de 8 pieds (2", 60), ce qui répond h une circonférence de 50 pieds o pouces (16"',33). Les aubes, au nombre de 8', avaient 18 pieds (5'",85) de longueur, sur 4 (l'^jSO) de bauleur, ce qui donne 72 pieds carrés (7"", 60) de superficie.

Les coudes des manivelles avaient 21 pouces (0"',57), et les balanciers 20 pieds (6"", 50) de longueur ; les tourillons étaient placés de telle sorte qu'ils partageaient ces balanciers en deux parties inégales, l'une de 10 pieds 9 pouces (5"', 49), du côlé de la manivelle, et l'autre de 9 pieds 7 pouces (5"', 11), du côté des tiges des pompes.

Le diamètre des pistons des pompes était de 9 pouces (0"\24), et celui du tuyau de refoulement de 6 pouces (0",162). La course des pistons était de 3 pieds (0'",dl), la colonne de l'eau refoulée a\ait 72 pieds (25"", 59) de hauteur.

En eau moyenne, la roue faisait 2,80 tours par minute, ce qui correspondait à une \ilesse de 2 pieds 7 pouces 6 lignes (0"\85), au milieu de la hauteur des aubes. La vitesse de l'eau mesurée par Bélidor avec le tube de Pilot, a été trouvée de 6 pieds 2 pouces (2", 00) environ par seconde.

Bélidor indique les diverses modifications qu'on aurait dû faire à la machine pour la rendre parfaite, ce qui aurait porté son produit à 74 pouces d'eau (1420™) en 24 heures. En réalité elle ne montait que 57 pouces ou 710"" d'eau en 24 heures, ou 8 lit. 10 par seconde ; la hauteur de la colonne d'eau étant de 25", 59, la force de la machine, comptée en eau montée, était de 25,59 X 8^,10

' Bélidor trouve que le nombre des aubes aurait dû être de sept et non de huit.

OU de 189 kilogrammètres ou 2'''", 52. C'était une bien petite par-

roiiiiic (le la Samaiilaine. — Élévation du cùlé du Pont-Neuf.

lie (le la puissance d'un si grand cours d'eau. Mais il ne faut pas oublier que les seuls moteurs liydrauliques connus alors ne pou-

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