‹ Les eaux fortes de Rembrandt; l'ensemble de l'œuvre gravé; la technique des 'Cent florins'; les cuivres gravésChapitre 5 sur 5 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

( B. 33 1 )• ^<J mère de Rembrandt.

Collection P. Mathcy.

ŒUVRE gravé de Rembrandt semblait un chaos incompréhensible tel qu'il était présenté par Gersaint, l'ami deWatteau, par Bartsch au XVIIP siècle, puis par Charles Blanc, au y^ siècle dernier. — La classification par genres et par ordre chronologique des sujets tirés de la Bible servait de prétexte à des racontars souvent ingénieux, parfois humoristiques qui faisaient oublier la question principale, celle de l'authenticité des œuvres cataloguées.

La légende des procédés secrets du Maître, de ses méthodes anormales, le mensonge de la multiplicité de ses états et de ses artifices d'impression masquant la fraude des graveurs marrons du XVIII« siècle, tout concourait à rendre inabordable l'étude de cet ensemble effarant de près de 400 eaux-fortes où l'on sentait l'appoint de nombreux faux. L'enchaînement logique des faits, l'examen méthodique des pièces classées dans l'ordre chronologique de leur production, et surtout l'étude rationnelle des graphismes personnels de Rembrandt et de ses collaborateurs, pouvaient, seuls, éclaircir cet ardu problème, de telle sorte qu'il devenait possible d'entreprendre la recherche de la vérité, sans crainte d'effleurer le respect du à sa grande Ombre vénérable.

Certes, cet essai est fort incomplet : car il a négligé l'examen des «états», dont la révision rationnelle est prête, mais ne saurait trouver place dans ce petit ouvrage didactique à l'usage des amis de la Gravure, et plus spécialement, des dévots de Rembrandt.

Son but était de rendre sensible par des exemples et des agrandissements combien la puissance d'expression des œuvres, si variées, du Maître, est étroitement liée à sa technique savante et méthodique, lente, minutieuse, très riche en moyens usuels, appliqués si différemment; puis de prouver par ces évidences, la nécessité de gardera cet art si particulier de la Gravure à l'eau-forte, la richesse de cette technique qu'une campagne de dénigrement systématique voudrait condamner à n'être plus qu'un dessin sur cuivre.

Bien des artistes modernes se réclament de Rembrandt en n'admettant que les « Baigneurs n ou \cuPoiil de Six» comme point de comparaison de leurs œuvres. C'est, en effet, plus facile que d'approcher des uCciit Florins».

S'il vivait de nos jours, le Maître serait plus incompris encore qu'au déclin de sa vie, malgré le succès formidable de ses eaux-fortes aux enchères des dernières années. N'est-il pas singulier de voir discuter l'authenticité du «^a» Sixv au moment même où l'une de ses épreuves vient d'atteindre le chiffre énorme de 85,ooo francs! Mais Rembrandt est de ceux dont l'art savant et fort ferait scandale parmi les expositions chaque jour plus nombreuses, des innombrables croquistes de ce temps. Depuis que l'art moderne a évolué hors des techniques de chaque genre et qu'une foule d'essayistes s'est emparée de l'opinion pour imposer ses balbutiements comme une sorte d'Espéranto

d'où toute culture serait bannie, Rembrandt peut bien être réclamée par elle comme un ancêtre précurseur, dont il ne faudrait reconnaître que les griflbnnements schématiques; mais elle crierait haro sur lui, s'il apportait aujourd'hui avec ses pièces capitales, l'affirmation qu'elles sont ses œuvres de choix, avec les raisons de ses préférences.

On ne dessille pas des yeux qui ne veulent pas voir ; encore bien moins n'ensemence-t-on rien dans des terrains dépourvus de culture; mais cependant quels avertissements Rembrandt ne donnerait-il pas à l'art trop classique ainsi qu'à l'art ultra-moderne de la gravure présente, si les graveurs écoutaient la leçon experte qui se dégage de cette œuvre de magnifique ouvrier dont les audaces et les libertés de conception sont servies par une main savante, avec cette conscience et cette application de tous les instants qui ont frappé tous ceux qui l'ont connu.

Les artistes d'autrefois avaient quelque raison d'essayer, tant bien que mal, de fixer sur un cuivre, en un résumé schématique, de publicité, l'essence même de leurs inventions plastiques; mais aujourd'hui que les procédés héliographiques peuvent les dispenser de ce soin, ceux qui ne se sentent pas impérieusement appelés vers la gravure par cette divination particulière de ses moyens d'expression, ceux-là devraient s'abstenir de multiplier les preuves de leur ignorance qui ne peuvent qu'avilir cet art précieux, sans lui apporter aucun avantage. On objectera que si l'œuvre est médiocre elle est du moins très personnelle ; car ce mot, dont on abuse tant, couvre aujourd'hui toutes les insuffisances et tous les puffismes de ceux qui signent une œuvre, dite d'art, avant d'en comprendre l'objet et les règles. Que ne loue-t-on les enfants pour leurs fautes d'orthographe toujours si personnelles, tant qu'ils n'ont pas appris la langue de leur père !

Le génie de Reinbrandt n'aurait pu s'exprimer s'il n'eût été servi par sa technique merveilleuse qui en fait le plus habile, le plus patient et le plus raffiné des graveurs de métier.

Nul mieux que Rembrandt n'a proclamé par ses œuvres l'impérieuse nécessité du savoir.

Bibliographie et Documentation consultées

Michel DE Maroi.i.k, Catalogue de livres d'Eiampes. Paris, 1666.

Clément de Jonche, Inventaire après décès, 11 février 1679.

Florent le Comte, Cabinet de singularité^. Paris, 1699.

Arnold Houbraken, Samuel von Hoogstraten, Bai.dinucci, Descamps, Duplessis, Seymour-Haden, Middleton- Vake, Dutuit, Gonze, Bode, J. Six, Brédius, Hooksteede de Groot, Seidmtz, Singer, François Courboin et Hind dans leurs ouvrages spéciaux sur la matière. Commei.in et les chroniques d'Amsterdam. Les catalogues de Gersaint, Pierre Yver, Daui.by, Bartsch, J.-J. de Claosin, Charles Bi.anc, Midui.eton, Dutuit, Rovinski, von Seidlitz, Dodgson, Singer, Courboin et Hind. Collection de Oud-Hoi.i.and.

Rembrandt, sa vie, son œuvre et son temps, par Emile Michel.

Vosmaèr, Rembrandt, sa vie et ses œuvres.

Les Rymbranesques de Watelet, les catalogues de Basan, le catalogue de la vente d'Amadée de Burgy et VAbécédaire de Mariette.

(B. 179). - Gueux estropié. - (vers i65o).

D'après une épreuve tirée par l'auteur sur la planche originale de Rembrandt. Grandeur réelle U4X66.

PHOTOTYPIE ET IMPRESSION

«SADAG»

Société Angnyme des Arts Graphiques

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