‹ Les eaux-fortes nommées ou marquéesChapitre 32 sur 56 · VII. — Léonard Limosin · texte numérisé non relu

VII. — Léonard Limosin

Il s’agit ici du célèbre émailleur dont les œuvres font l’ornement des collections publiques et particulières. Les publications dont il a été l’objet ont élucidé sa biographie, qui se résume ainsi : Né vers [5o5.

à Limoges, d’un père aubergiste, Léonard Limosin entre en iSaS à l’Ecole de Fontainebleau (M. de Laborde dit même i525), commence à peindre sur émail en i532, et travaille jusqu’à sa mort, survenue avant 1677, vers i575. Il a été émailleur, peintre, graveur, arpenteur et même collectionneur. A la cour, il avait le titre de peintre et valet de chambre du roi, et son émailleur ordinaire. Dans sa ville natale, il remplissait, en 1571, les fonctions de consuL.

Je voudrais essayer de préciser les rapports qui ont pu exister entre Léonard Limosin et ce qu’on appelle l’Ecole de Fontainebleau. En i528, on en était seulement à l’établissement du devis de la maçonnerie pour la construction du château. Les artistes appelés par le Rosso et le Priniatice, pour les aider dans leurs travaux, n’étaient pas encore réunis. C’est en i533 seulement que commencent à besogner les peintres, les imagiers, les doreurs, dont il est question dans un compte de i535. Léonard Limosin n’a donc pas pu entrer dans une Ecole, avant qu’elle ait été constituée.

Y est-il entré plus tard? A-t-il effectivement travaillé, comme peintre, sous les ordres du Rosso ou du Primatice, à la décoration du château? Rien ne me paraît plus douteux. Du jour où il a commencé à pratiquer l’émaillerie avec talent, que ce soit i532 ou i536, il ne pouvait se contenter d’un rôle subalterne. D’ailleurs, son nom ne se trouve pas dans les

I. Voir le compte rendu, par Alfred Darcel, des publications de Maurice Ardant {Gazette des Beaux-Arts, t. IX, p. 184); et L. Bourdery et E. Lachenaud, Léonard Limosin, peintre de portraits (Paris, 1897, in-8).

Comptes. La mention qui le concerne et sur laquelle nous reviendrons, le montre chargé d’un travail d’émaillerie qui n’a aucun rapport avec Fontainebleau.

Mais si Léonard Limosin n’a pas travaillé au château comme peintre, il a pu y travailler comme émailleur, en fournissant des médaillons et des plaques, qui ont été incorporés dans la décoration des murs.

D’autre part, il a certainement, à diverses reprises, traduit en émail des compositions d’artistes de l’Ecole de Fontainebleau.

Enfin quelques eaux-fortes qui, lorsqu’elles portent une date, sont invariablement marquées de l’année 1644, le classent parmi les graveurs de cette Ecole. C’est à ce triple point de vue que nous allons l’étudier.

Voici l’énumération des émaux insérés dans les décorations de Fontainebleau, telle qu’elle nous est fournie par l’abbé Guilbert :

Dans la galerie François I", en haut du cadre de la ûa?îaë, deux médaillons, représentant, à droite Apollon, à gauche Diane, tous deux sur leurs chars. La belle estampe de René Boyvin (R. D. 18) nous en a conservé le dessin.

Dans la galerie d’Ulysse, au 4® compartiment, deux médaillons, l’un représentant la France victorieuse, sous l’emblème d’un roy assis sur un trône, près d’un monceau d’armes, ayant un coq à ses pieds, symbole de la vigilance, et des hommes morts ou esclaves près de lui;

au-dessous est écrit : Victoria Gallica'. L’autre représentant l’Abondance assise près d’une urne, au milieu de deux cornes d’abondance; au-dessous est écrit : Ubertas Gallica.

Au 5^ compartiment, quatre médaillons, représentant l’Hyver, le Printemps, l’Automne, l’Été.

Au 7® compartiment, quatre médaillons, représentant :

1° Apollon et Diane qui tuent les enfants de Niobé ; Sicut eraîit juncti, trajecit utrumque Sagitta;

2“ Niobé à genoux, qui supplie Apollon et Diane de lui conserver au moins sa dernière fille : De multis minimam posco, clamavit et unam ;

3° Jupiter et Junon sur les airs, et au-dessous lo changée en vache et confiée à Argus : lllud erat tempus quo te pastoria pellis Texit;

4° Apollon tue le serpent Python : Mille geanem telis exusta penè pharetra perdidit.

Au compartiment, quatre médaillons, représentant :

1° L’Enlèvement des Sabines ;

2° Les Romains et les Sabins prêts à livrer bataille ;

3° Le Triomphe de Romulus, après l’enlèvement des Sabines ;

4“ Jupiter protecteur de l’armée de Romulus, qui lui éleva un temple, en l’honneur de Jupiter Férétrien.

L’abbé Guilbert indique formellement toutes ces compositions comme des peintures en émail; il ajoute même dans une note que ces peintures étaient fort en réputation sous le règne de François Fq et que Rous (Rosso) en avait fait une grande quantité que Saint- Martin (le Primatice) détruisit. Sans admettre cette allégation, et tout en regrettant que les Comptes des Bâtiments ne nous fassent pas

I. Le dessin est à la collection de l’Albertina devienne (Dimier, p.45i).

connaître le nom de 1 emailleur qui est l’auteur de ces médaillons, nous pouvons penser que Léonard Limosin a participé à leur exécution \

Cette hypothèse est d’autant plus acceptable que nous allons voir qu’il s’est inspiré, dans ses travaux, du Rosso, de Nicolo dell’ Abbate et de leurs élèves.

A droite et à gauche du portrait du connétable de Montmorency, qui est au Louvre, on remarque deux figures, un satyre et une satyresse, copiés sur les ornements d’un des tableaux de la galerie François !"■ ; L'Ignorance chassée.

Dans la collection Fould, il y avait un émail de Léonard représentant la déesse Ops., d’après le Rosso.

Les huit figures d’anges qui entourent la Crucifixion, au Louvre, ont été exécutées sur les dessins de Nicolo deir Abbate, dessins qui se trouvaient dans la collection Galichon.

Les douze apôtres provenant du château d’Anet, et conservés actuellement dans l’église Saint-Père de Chartres, sont la reproduction de cartons de Michel RocheteF. Les Comptes des Bâtiments contiennent la mention du paiement fait à Michel Rochetel, peintre, « pour avoir par luy fait douze tableaux de peintures de coulleurs sur papier... et une bordure aussy de peinture au pourtour de chascun tableau pour servir de patrons à l’esmailleur de

1. « Personne mieux que Léonard Limosin n’était capable de rendre les cartons de M” Roux, et tout me fait croire qu’il en fut chargé. » (Léon de Laborde, Notice des émaux du Louvre, ire partie.)

2. Ces cartons eux-mêmes ont été rais au point sur des dessins du Primatice, retrouvés par M. Dimier (Le L^rimatice, p. 382).

Limoges, esmailleur pour le roy, pour faire sur iceulx patrons douze tableaux d’esmail. » Puis M. Léopold Delisle a retrouvé la mention du paiement fait en novembre 1647 à Léonard Limosin, qui venait de livrer ses émaux au roi, à Saint-Germainen-Laye

Il faut reconnaître, d’ailleurs, que Léonard Limosin n’est pas le seul émailleur qui ait cherché à traduire les dessins des maitres de Fontainebleau. N’est-ce pas de Pierre Courtoys, l’Enlèvement d’Hélène, d’après le Primatice; la Dernière nuit de Troyes, d’après le Rosso? N’est-ce pas de Pierre Reymond, la coupe aux armes du président de Mesmes, représentant Diane se reposant des fatigues de la chasse, d’après l’estampe de L. D. (F. H. Sq)?^

Léonard Limosin n’a donc pas fait autre chose que les artistes de son temps, en exécutant les compositions qui lui étaient commandées, et qui, suivant le goût de l’amateur, étaient empruntées à Raphaël, au Maître au Dé, au Rosso ou à Nicolo.

Ce qui rattache plus intimement Léonard à l’Ecole de Fontainebleau, ce sont ses eaux-fortes. M. Renouvier les apprécie assez sévèrement : « Ces estampes ne donnent pas de types bien distingués : les figures

1. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, novembre 1870, p. 1S9.

2. Musée de Cluny, n» 4596. Il y avait à l’Exposition universelle de igoo un coffret appartenant à M. Ch. Mannheim, où le même artiste, Pierre Reymond, avait peint en émail cinq sujets d’après des estampes de l’École de Fontainebleau : L'Incendie de Catane (ou de Troye), gravé par Fantuzi et René Boyvin, d’après le Rosso; le Cheval de Troye, le Jugement de Paris, rEnlèvement d'Hélène, la Femme suppliant un Guerrier, gravés par Mignon, d’après Luca Penni.

y paraissent en général trop allongées et en même temps trop arrondies, les barbes llottantes, les épaules matelassées, la tête et les extrémités petites pour le corps. » Cependant, il reconnaît que l’artiste a su obtenir la grandeur, l’expression et l’effet. Cela suffit.

Les estampes de Léonard Limosin sont excessivement rares ; beaucoup sont perdues sans cioute, et les recherches de plusieurs générations d’amateurs n’ont réussi qu’à lui constituer un œuvre de sept à huit planches, dont voici l’indication sommaire h

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