XI. — Le Primatice
Ce n’est point ici le lieu, à propos de quelques estampes douteuses, de parler du Primatice, de son rôle à la cour de France, et de son immense production, comme il conviendrait de le faire. M. Dimier vient de consacrer à ce grand artiste un livre, capital
pour l’histoire de la Renaissance en France, auquel il nous suffira de renvoyer le lecteur h Pour nous, qui ne nous occupons que des graveurs, la seule question qui soit de notre domaine est celle de savoir si le Priniatice a gravé de sa main.
Malvasia, qui se pose cette question, répond qu’il ne lui a pas été donné de voir des estampes du Primaticc, ou du moins d’en reconnaître pour telles, car il n’y en a pas qui soient signées de son nom, ou d’une marque qui puisse lui être attribuée. Cependant, il cite à tout hasard deux suites de gravures : r Les Divinités dans des niches, Jupiter, Neptune, Pluton, Proserpine, Diane, Apollon, Vulcain, Hercule, Cérès; sous le Jupiter est écrit : Primaticcio. 2'" Les Arts libéraux représentés par des femmes nues : sous la Rhétorique, on voit un B, qui peutêtre veut dire Bologna.
C’est Caraglio qui a gravé, d’après le maître Roux, une suite de Divinités dans des niches, qui a été copiée plusieurs fois. Est-ce à une de ces copies que fait allusion Malvasia? Je ne saurais le dire. Aucune de celles qui sont décrites par Bartsch ne porte le nom de Primaticcio. Cette forme du nom du Primatice n’était d’ailleurs pas en usage au xvr siècle. Quant à la suite des Arts libéraux, il s’agit évidemment de celle qui a été gravée par Antoine Wierix. Voici la description qu’en donne Mariette : « Les sept arts libéraux représentés d’une manière allégorique en sept pièces gravées au burin
I . Le Primatice, peintre, sculpteur et architecte des rois de France (Paris, Ernest Leroux, 1900, in-0].
par Ant. Wierix. Ces estampes sont si fort éloignées du goût du Primatice qu’il seroit bien difficile de reconnoître qu’elles viennent d’après luy si le graveur n’avait pas apposé le nom de ce peintre au bas de la première planche *. »
Renouvier nous apprend qu’on trouve sous le nom du Primatice, au cabinet de Dresde, Une femme assise avec les attributs de l' Astronomie. Cette planche que Mariette estimait n’êtrepas un morceau méprisable, et qui porte en effet /. Primatissio inven., est certainement l’œuvre d’un graveur italien du xvif siècle, Bonneionne.
Heinecken attribue encore à notre artiste : La Sainte Vierge avec Sainte Elisabeth. S’il a voulu parler de la pièce décrite par Bartsch sous le n° 8 des Anonymes, son opinion n’est pas acceptable, car l’estampe est de Geoiiroy Du Moustier.
Nous avons déjà dit ailleurs que les initiales A P ne pouvaient pas signifier Primaticius., comme
quelques auteurs l’avaient proposé. Enfin, il est bien clair que le Primatice ne saurait être considéré comme le graveur des nombreuses planches qui portent son nom ou son surnom Bologna, alors même qu’elles ne présenteraient ni nom ni marque de graveur.
En résumé, nous en sommes toujours au même point que Bartsch, qui, sur la foi de la tradition, a attribué au Primatice une seule pièce : Les deux femmes Romaines. (B. XVI, p. 3o5.)^
1 . Ces compositions sont-elles celles qui étaient peintes au château d’Ancy-le-Franc ? Cf. le livre de Dimier, p. 384.