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c< Telle a été, ajoute Frontin, jusqu'au temps de Nerva, la manière dont cette grande quantité d'eau était comptée et inscrite dans les registres ; maintenant, par la prévoyance du prince le plus zélé, tout ce qui était détourné par la Iraude des fontainiers ou par négligence, a accru la distribution comme de nouvelles eaux, et produit l'abondance \ »
Il faut cependant faire une réserve sur ce passage de Frontin ; nous savons, par le texte de son Commentaire et par Pline, que Marcia, Julia et Yirgo étaient frauduleusement détournées de la
' Fr.ONTiN, chap. lxxxvii.
AQUEDUCS ROMAIiN'S. - ADMIMSTRATION DES EALX. 105
dislribiition. Les lableaiix qui précèdent ne représentent donc pas la répartition de l'eau réellement distribuée, mais celle de l'eau concédée d'après les registres, ce qui est bien différent.
Les quantités correspondant à ces trois eaux étaient 5242 quinaires; en ne comptant pas ce qui se distribuait à la campagne ou an nom de César, il reste 3 316; retiancbant ce nombre des 8 248 quinaires affectées dans Rome aux services public et privé, on trouve qu'il ne restait en réalité, pour ces deux services, que 4932 quinaires, ou environ le tiers de la portée des aqueducs, soit 300 000 mètres cubes. De sorte qu'en admettant une population de 1000000 d'âmes, cliaque Romain recevait, non pas 14 ou 1 500 litres d'eau par jour, comme on pourrait le croire d'après les calculs de Rondelet, mais 500 litres, avant la réforme de Nerva, et 500 litres après cette réforme.
Combien de temps l'ordre dura-t-il dans le service après Trajan et Frontin? C'est ce qu'il est impossible de savoir.
Frontin nous apprend qu'une nouvelle répartition de l'eau fut faite par Nerva, mais sans en faire connaître les détails. Par ordre de l'empereur, les eaux furent classées suivant leurs propriétés.
On a vu, ci-dessus, que trois des aqueducs, Anio Yetus, Alsielina et Anio Novus, amenaient des eaux puisées dans l'Anio ou le lac Alsietinus. Les autres aqueducs étaient alimentés par des sources; mais, par suite de la négligence des fontainiers, les cours limpides de ces derniers étaient souvent troublés par le mélange du produit bourbeux du lac ou de la rivière; les meilleures eaux étaient employées aux plus vulgaires et aux plus sales usages * .
L'empereur Nerva fil cesser ce désordre; chaque espèce d'eau eut son affectation spéciale.
L'eau de Marcia fut placée au premier rang et réservée tout entière pour la boisson; les autres furentdistribuées, suivant leurs
' Marciam ipsam splendore et rigorc gralissimayn, halneis et fullonibus et relatu quoquc fœdis viinisleriisdeprehendimus servienlem. (Frontin, cliap. xci.)
qualités, pour les usages auxquels elles claienl propres; ainsi l'eau d'Auio Velus, jugée trop insalubre pour les usages domestiques, fui destinée à l'arrosage des jardins et aux emplois les plus vils.
Mode de concession. — Des sénaius-consulles, rendus du temps d'Auguste, sous le consulat de Q. Œlius Tubero et P. Fabius Maximus, réglaient les conditions auxquelles les concessions privées pouvaient être faites.
Le prince seul pouvait les accorder.
Celui qui désirait obtenir une concession d'eau publique en faisait la demande au prince \ Si cette demande était favorablement accueillie, la lettre du prince était remise au curateur des eaux, qui transmettait immédiatement l'affaire à son adjoint, affranchi de César.
C'était l'adjoint qui indiquait le module à prendre et qui veillait cà ce que, sur une longueur de 50 pieds h. partir du château d'eau, le diamètre de la conduite fût le même que celui du calice.
Aucun particulier ne pouvait tirer l'eau des canaux publics; c'était du château d'eau privé, dont l'emplacement avait été ori-
' Voici la demande en vers du poète Martial :
Ad Cœsarem Domiliannm.
Est milii, sHqiie precor lomjum te prœside, Cœsar,
Rus minimum : parvi suni et in tirbe lares, Sed de valle brevi, (jiias det sitientibus hortis,
Cuiva laborcdas Antlia iollit aquas.
Sicca domus quœritur nullo se rore foveri,
Quum milii vicino Martia fonte sonet.
Quam dederis nostris, Auguste, penutibus uudam
Castulis hœc nobis, aut Jovis imber erit.
A César Doniitien.
Je possè'Je, César, et je prie les dieux que ce soit longtemps sous ton règne, une petite maison à la campagne et un modeste foyer à la ville. C'est à force de bras qu'on tire dune étroite vallée, au moyen d'une noria, l'eau nécessaire à mes jnrdins altérés, et cependant, taudis que ma maison à sec se plaint de ne pas jouir d'une goutte de rosée, j'entends ma voisine Marcia bouillonner dans son château d'eau. La concession que tu voudras bien faire à mes pénates, Auguste, sera pour moi Tcau de Ca<lalie ou la rosée de Jupiter. (Martial, liv. IX, épiq. xix). (Je traduis curva onllia par le mot noria.)