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AQUEDUCS ROMAINS. - FUÉQUENTES INTERRUPTIONS

consulat, acclame vingt-sopt fois imperator, père de la pairie, fit conduire, à ses frais, dans la ville, l'eau Claudia, des sources nommées Cœruleus ei Ciirtius, sur 45 milles, et aussi l'Auio neuf, sur G2 milles (an 52 de l'ère vulgaire) '.

En l'an 71 Vespasien lit rétablir l'aqueduc Clanclia, dont le cours était interrompu depuis neuf ans, comme le prouve l'inscription suivante, qu'on lit à la porte Majeure.

(7) L'empereur César Vespasien Augustus, souverain Pontife, la deuxième année de sa puissance tribunitienne, acclamé six fois imperator, à son troisième consulat, et pour la quatrième fois consul désigné, père de la patrie, rendit à la ville, à ses frais, les eaux Curtia et Cerulea, conduites par le divin Claudius, et depuis interrompues et dispersées pendant neuf ans-.

L'interruption remontant à neuf ans, c'est-»à-dire à l'an 62, avait commencé sous le règne de Néron, mort en 68 ; de soite qne cet empereur, Fauteur de ce magnifique prolongement de l'aqueduc de Claude, connu sous le nom d'arcs Néroniens, avait laissé périr son œuvre peu d'années après son achèvement. Rien, ce me semble, ne prouve mieux iinsnfdsance de l'entretien et le détournement du travail des familles d'esclaves attachées aux aqueducs".

On sait que Vespasien et son iîls ïilus n'imitaient pas leiu's prédécesseurs et étaient dévoués au bien public; et cependant nous voyons les aqueducs dépérir sous leur règne comme sous celui des autres empereurs. Yoici, en effet, l'inscription qu'on lisait au-dessus de l'arc de la porte Saint-Laurent :

(8) L'empereur Titus César, fils d'un dieu, Vespasianus, Augustus, souverain Pontife, la neuvième année de sa puissance tribunitienne, acclamé

' Ti. Claidius. Diîusr. F. C.esar. Aug. Gkrman. Pont. Max. tribun. Potest. XII. Cos. V. Imp. XXVII. r-AT. Pati i.K. AQUAM Claudiam. ex fontibus. Qr.E vocABANTUK. C.i;rileus et Cuutius A. MiLi.iARio. XLV. Item. .Yxienem. novum. A. siilliario. l.XII. sua impensa. in Urpem. I'Erdl-

CENDAS. CURAV1T.

- I.MP. César Vespa-ianus. Alg. Pont. .Max. Tp.ib. Pot. II. Imp. VI. Cos. III. Design. IV, Pat. Patr. aquas. Cuhtiam et C.eruleam. perductas A. D. Clauiuo. et postf.a. iNTEnr.LiTAs.

DiLAPSASQUE. PER AN.NOS IX. SUA. IMPENSA. UrBI RESTITUIT.

^ Fronti.n, cliap. cxvii.

quirfze fois irnperator, censeur, à son huitième consulat, consul désigné huit fois, a refait le canal de l'eau Marcia, détruit par la vétusté, et a ramené l'eau dont l'usage avait cessé ^

C'est vers l'an 79, c'est-à-dire avant la mort de son père, qne Titus fil cette réparation de Marcia.

On lit aussi à la porte Majeure, au château d'eau de Claudia, l'inscription suivante, qui a été reproduite sur une médaille grand format par ordre du Sénat.

(9) L'empereur Titus, fils d'un dieu, Vespasianus, Augustus, la dixième année de sa puissance tribunitienne, acclamé dix-sept fois impcrator, père do la pairie, censeur, consul huit fois, prit soin de faire revenir, à ses frais, dans un nouvel aqueduc, les eaux Claudia et Anio Novus, dérivées par le divin Claude, et ensuite rendues à la ville, avec un château d'eau, par le divin Vespasien, son père, et de nouveau ruinées par le temps, depuis le sol -.

C'est en l'an 79 que Marcia fut rendue aux Romains et l'année suivante eut lieu la restauration de Claudia et d'Anio Novus. Ainsi, depuis l'an 62 sous le règne de Néron jusqu'en 71, sous le règne de Yespasien, l'eau Claudia et Anio Neuf manquait à Rome, et .en 79 le cours de ces deux eaux et de Marcia était de nouveau interrompu.

Titus était à peine mort que son frère Domitien restaurait de nouveau l'aqueduc Claudia. Une inscription trouvée près du mont S. Angelo, dans la vallée Degli Arci, fut conservée longtemps dans le château du duc Lotario Conti, oii Antonio del Re la lut et la transcrivit.

(10) A la bonne déesse, très-sainte, céleste, S. Pasquidius, entrepreneur de fêtes, des œuvres de César et des œuvres publiques, refit cet édifice détruit. Avec son secours, le canal de l'eau Claudia Augusta a élé restauré sous

* I.MP. Titus. C^esar. divi. F. Vespasianus. Aug. Poxt, Max. TniBCXic. potes. IX. Imp. XV. Cens. Cos. VIII. Desig. VIII Rivom aqvje. Marci.t;. vetistate. Dilapsum. fefecit. et aquam. Qii^. IN Vsu. esse, pesierat. Reduxit.

- Imp. t. Cïsar. Divi. F. Vespasianos. Augustus. trie, potest. X. Imp. XVII. Pater. Patr. Censor. Cos. VIII. Aquas Claudiam et anienem. Perductas A. D. Claudîo et Postea A. D. Vespasiaso. Pâtre, suo. Vrbi. restituas, cubj. capite. aqparum. A. Solo, vetustate. DilapS/E essext. kova. forma, red cesdas, sua impensa ccravit.

AQUEDUCS HOMAINS. — FRÉQUENTliS I.NTEHKUI'TIONS. 137

le mont Affliano (aujom'iriiiii S. Angcio), (Hant empereur Domitien, César Auguste Germanicus (cinq ou dix fois) consul, nuK noncs de Juillet '.

Lé consulat de Domitien n'était proljablcincnt pas bien désigne; car le cinqnième tombe en 75 du vivant de son fière Tilns et même de son père Yespasicn, et lorsque Domilien ne portait pas encore le nom de Germanicus; il est plus que probable que l'inscription portait originairement les mois Cos X et que lorsque Antonio del Re la coi)ia, la moitié inférieure de X était détruite. Le dixième consulat de Domitien correspond à l'année 84. Ainsi Claudia, ré[)aré en 71 par Vespasien, en 80 par Titus, ne coulait plus en 84.

On sait que Trajan restaura Marcia sur une grande longueur; d'après Alb. Cassio, ce travail exécuté, en l'an dOo, s'étendait de Caslel Madama à Rome, et l'aqueduc prit le nom de Trajana. Une médaille commémorative aurait été frappée par ordre du Sénat. Yoici l'inscription qu'on lit sur le revers :

(M) Le Sénat et le peuple Romain, à rrxcellent prince i'emperenr César Nerva Trajan, Auguste, Germanicus, Dacius, souverain Pontife, cin(| fois consul -.

Eau Trajana.

Je citerai enfin l'inscription suivante :

(12) L'empereur César L. Sept. Severus Pins Pertinax, fils du divin M. Antoninus Pius, Germ., Sarm., petit-lils du divin Commode, frère du divin Antoninus Pius, arrière pelit-fils du divin lladrianus, fils de l'arrière petit-lils du divin Trajanus Partliicus, petit-lils de Parrière petit-fils du divin Nerva. Aug. Arabie. Abiab. Parthic., souverain Pontife, la neuvième année de sa puissance tribunitienne, acclamé imperator onze fois, deux fois consul, père de la patrie, proconsul, et l'empereur M. Aurelius Antoninus

• BoN/E De;e.

Sanctissim/e. c.Ki.ESTi. L. Pasquidius. festus bedemptor. Operuji César, et rLT.i.iCAr.uM. Aedfm Dirltam refecit. Quoi) adjutorio. ejus. Rivom aqu/E. Claudine. August. sic mome

AITLIANO CONSUMAVIT. IMP. PoMlT. C/ESAR AuG. GeRM. Cos''^. NON. JUL.

- Imp. Ces. Nerv. Tuajano. Aug. Germ. Dac. P. M. Cos. V. P. 1'. S. P. 0. 1{. optimo. puiNCipi. s. G.

Aqua Trajana.

Pius Félix, llls do L. Sept. Sevcrus Pius Pertiiiax, olc, clc., petit-fils du divin M. Antoniniis Pius, Gcrm., Sarin , arrière pclit-fil- du divin Anloninus Pius, fils de rarrièrc pelil-liis du divin lladrianus, ])ctit (ils de rarrièro petitfils du divin Trajanus et du divin Nerva. Aug., la quatrième année de sa puissance tribuniticnne, proconsul, ont reconstruit à leurs frais les arcades dn mont Cœlius, entièrement ruinées et détruites à partir du so!, par riflet de ]a vétusté ^

Les inscriptions qui précèdent prouvent combien les interruplions des aqaeducs étaient Créquenles.

Frontin fait ressortir la difficulté de l'entretien des aqueducs.

Les avaries, suivant Ini, son( occasionnées ou par la vétusté, ou par les entreprises des propriétaires riverains, ou par la violence des tempêles, ou par les malfaçons trop fréquentes, surtout dans les ouvrages nouveaux. Les cunettes des aqueducs s'encombrent de limon ou d'incruslations; les enduits se dégradent; delà des fuites, et la destruction des parois et des subslructions.

Les tempêtes et les autres actions atmosphériques dégradent surtout les arcades, les subslructions et les aqueducs construits à flanc de coteau. Les parties établies au-dessous du sol résistent mieux, parce qu'elles ne craignent pas les variations de température'.

Les entreprises des riverains consistent d'iuie part à faire des constructions ou des plantations contiguës aux aqueducs, à diriger les chemins au-dessus, et enfin à intercepter tout accès à la surveillance ; d'autre part, à percer les parois des canaux pour y piquer leurs tuyaux, à abuser des plus minimes concessions pour détourner les eaux".

' ImP. CïS. DIVI. m. A.NT0N1.M Pli. GtRM. SaIIM. FiLIV.S. MVI A.MÛ.MM Pu. XliP. DIVI.

IIadria.nt, rr.o.NEP. mvi Tuajani, Pap.tuici. ab.nep. Dm Nervj;. Adnepos. L. Septimiis. Se-

VEUVS PIVS. PEP.lhNAX. AvG. Ap.AB.C. AeIAB. PAPiiniC. PO.NT. MaX. TRIB. POT. VIII. I.MP. COS. II. p. p. PllO. COS. ET I51P. C£i. L. SeITIMI SevEBI Pli PERTINACIS. AvG. Ap.ABIC. AbIAB.

Pario. Max. ml. divi. M. Astomm Pu, Girm. Sarm. sep. divi. .Antomm. Pu. pro.nep. divi. Hadriam acnep. divi Tp.ajasi. pakthic. et divi Nervj:. adnep.

M. AVREIIVS. AnXOSI.MVS. PlVS. FELIX. .\vC. TRili. POTEST JIII, PRO. COS. AI.CUS COFLI- MONTAXOS. PLVRIFARIAM. VETLSTATE. COLLAI'SOS. ET. CORRVPTOS. A SOI.O. SVA. PF. CVXIA. lŒS-

TITVERv:^T. (Fabretti, p. 21, Dissert. I.)

- Froxtd", chap. cxx, cxxi et cxxii.

"' Froxtix, chap. c.\xvi, cxxviii.

AQUEDUCS ROMAINS. — FnÉQUKNTES INTERRI l'TlONS. ir,n

Des lois très-sévères furent rendues pour réprimer ces derniers nlius ' ; des familles d'ouvriers étaient établies hors des murs pour l'aire les réparations urgentes".

11 semble donc, d'après cela, que les causes de dégradation étant ainsi connues, et les mesures si bien prises, le bon entretien des aqueducs devait s'ensuivre. 11 est vrai que les parties en arcades et en substruction exigent un entretien très-minutieux et d'autant plus difficile que les réparations des fissures ne peuvent être faites que dans les saisons où l'on ne craint ni les chaleurs ni les gelées. Mais la véritable cause de la ruine des aqueducs est iiuliquée par Fronlin lui-même; les cuiateurs des eaux, qui devaient donner le quart de leur temps à l'exercice de leurs fonctions, avaient laissé tomber cet usage en désuétude''. Les familles d'ouvriers attachées spécialement à l'entretien des aqueducs, étaient habituellement détournées de ces utiles travaux pour s occuper d'ouvrages privés'.

Personne ne s'occupait donc de l'entretien des aqueducs ; des fuites se manifestaient dans les arcades, qui, faute d'entretien, et malgré la solidité de leur structure, tombaient en ruines; les particuliers favoiisaieiit cette action destructive de l'eau, qu'ils détournaient à leur profit, comme l'a vu Fronlin", et chaque empereur, dans le cours de son règne, pouvait s'attribuer la reconstruction d'au moins un aqueduc.

Les faits établis dans ce chapiti'C prouvent que les six aqueducs restaurés avant 752 par Agrippa, le furent de nouveau en 748, par Auguste (inscript, n" 1) ; que, 56 ans après, Yirgo fut réparé par Tibère (5), puis, en 43, remis en service par Claude (4 et 5) ; que Claudia et Anio Novus, construits en 52, cessèrent de couler pendant neuf ans, sur la fin du règne de Néron jusqu'aux premières années de celui de Yespasien, en 71 (7);

' lliid. cliap. cxxvii, cxxix.

- Ibid. chap. cxvii.

^ Fko.ntin, chap. ci.

* Fiio.xTiN, cliap. cxvii.

* Fromin, chap. lxxvi.

qu'une nonvelle restauralicn fui nécessaire en 80 (9); que Marcia fut reconslruit par Titus et Trajan (8 et 11), etc. Julia, Marcia et Yirgo manquaient à la fois, du temps de Pline le natumliste. Ces détournements privaient la ville du tiers ou même de la moitié des eaux dérivées, et le volume distiihué s'abaissait alors à 400000 et même à 500000 mètres cubes.

Telles sont les conséquences forcées du défaut d'entretien de ces beaux ouvrages. Qn'arriverait-il à nos aquedncs modernes, si légèrement construits, s'ils étaient abandonnés ta eux-mêmes comme les solides aqueducs de Rome?

Nous savons que Caracalla, vers l'an 212, fit une grande restauration de Marcia, puis nous perdons les traces des restaurations jusqu'à la fin du règne de Tliéodose le Grand.

Mais il est à croire (|ue si les ruptures étaient fréquentes sous les premiers empereurs, si puissants et si riclies, elles devinrent plus nombreuses encore sous leurs faibles successeurs.

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