‹ Les eaux. Introduction. Les aqueducs romainsChapitre 45 sur 72 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DES AQUEDUCS PENDANT L'INVASION DES BARBARES RECONSTRUCTION PAR LES PAPES

Invasion des Barhares. r- On n la ceiiilude que Claudia arrivait encore à Rome sous Arcadius el Honorius; on possède le texte de deux lois rendues par ces empereurs en 599 et 402, pour la conservation de cet aqueduc el de son affluent Augusla*.

L'existence d'Hadriana est également démontrée })ar une lettre de leurs successeurs Théodose et Valentinien adressée à Cyrus, préfet du prétoire''.

Pendant les cent années qui suivent, les invasions de barbares se succèdent rapidement en Italie, et il n'est plus fait mention des aqueducs clans cette triste page de l'iiistoire. Cependant vers l'an 500 un de ces chefs barbares, Théodoric, bien supérieur aux autres par son intelhgence et sa sagesse, chassa de Rome Odoacre el prit le titre de roi d'Italie. J'ai déjà cité une leltre de

' Ex forma cuinomen Augusla est, quœ in campania sumplu piiblico reparata est nihil privatim singuloium usiirpatio pr<esiimat, rieqiic citiquam derivandœ aquœ copia tribnatur... etc. [m âOO.)

Ne qiiis Claufliam, inlerniplis funmc latcfihiis^alque per [assis sibi fiande clicilain existiineivindicanddm... etc. (an iO'2.)

- Oinnis scri'itiis (upiœductus Hndviani, sive domorum, sivc possessionum, sivc siiburbanoritm, sive balncorum... penitus e.iprobretnr. (lli.NDKLEr, p. 140, li'2.)

Tiiéodoric à son ministre Cassiodore sur les eaux Virgo et Claudia qui, par conséquenl, arrivaient encore à Rome*.

Ce grand roi, imitant M. Agrippa, fit réparer tous les aqueducs de ses propres deniers; ce qui ne le sauva pas de la pcrdilion éternelle, ajoute A. Cassio, car il ternit les dernières années de son règne par d'horribles cruautés et notamment par la mort du saint ponlife Jean V et de ses deux savants conseillers, Boëce et Symmaque.

C'est vers celle époque sans doute que Procope, venu en Italie à la suilc de Bélisaire, vit couler les onze aqueducs donl il a clé question ci-dessus et les trois branches qui s'en délachaicnt : Anioniana (dérivée de Marcia), Severiana (dérivée de Claudia), el Auieliana (déiivée de Trajana).

Mais ce nouveau printemps, celle refloraison des aqueducs ne devail pas être de longue durée. Les barbares ne laissaient ni paix ni trêve aux Romains; en 557, Viligès, cinquième roi d'Ilalie, à la tôle d'une armée de 150000Gotlis et Burgondes, vint assiéger Rome, défendue par Bélisaire. Le siège traîna en longueur, les aqueducs furent coupés, les Romains y suppléèrent par leurs eaux inlérieures; les meules, que ces grandes chutes d'eau me!taienl en mouvement, furent remplacées par des moulins à roues pendantes, consliiiits sur le Tibre. Enfin, après une longue année, le grand général força le roi barbare à lever le siège et le lit prisonnier.

Mais les aqueducs étaient détruits, leur restauration exigeait de grandes dépenses, et l'argent était rare.

Cependant une inscription trouvée près du lac Saballinus (Bracciano) prouve que Béh'saire restaura au moins Trajana ; d'àpiès les photographies de M. Parker, il restaura aussi Claudia, à Roma Vecchia.

Tombé en disgrâce en 549, Bélisaire fut remplacé par l'eunuque Narsès, grand général aussi, mais qui, atla(|ué par Tolila, ne

' Voir page 23.

AQUEDUCS ROMAINS. - INVASION IiES BAUBAHES. 145

songeait giiùie aux aqueducs. Ce chef des Gollis fui vaincu au Rubicon; mais d'autres hordes succédèrent à celles qu'il commandait et Narsès fut rappelé en 568. Longin \'% exarque, et ses seize successeurs, ne surent pas résister à l'invasion du flot des baibares. Ainsi finirent les magnificences de Rome et ses Ijeaux aqueducs.

Le tlernier ((ui se tint debout, Trajana, cessa lui-même de porter de l'eau eu 549. On peut donc dire que depuis l'invasion de Viligès en 537, ou peut-être depuis le départ de Rélisaire en 548, le cours des aqueducs fut interrompu. Celle interruption affligea la ville éternelle jusqu'en 776, époque où commencèrent les travaux de restauration ou plutôt de reconstruction des papes.

Restaiiralion des aqueducs par les papes. — Quoique la description des aqueducs modernes de Rome n'enlre pas dans mon plan, je ne puis cependant me dispenser de dire comment ces ouvrages se ratlachcnt aux anciens li'avaux des Romains.

J'en profilerai pour donner, sur les quatre aqueducs restaurés ou reconstruits par les papes, des détails qui ne pouvaient entrer dans les descriptions qui précèdent.

En 774, Charlemagne mit fin au royaume des Lombards, et fil prisonnier Didier, leur dernier roi; il rendit aux papes le domaine de saint Pierre, et se déclara protecteur et défenseur de l'Eglise, en même lemps'qu'il se faisait sacrer empereur d'Occident. La paix ayant été ainsi rendue à l'Italie et à l'Eglise, un souverain pontife, célèbre par sa sagesse, Adrien V', entreprit de rendre à Rome son antique splendeur, et notamment de reconstruire les aqueducs. 11 se proposait de conduire leurs eaux, aux jours solennels des fêles de Pâques, dans les basiliques du Vatican, de Latran et autres églises, en mémoire du Sainl-Raptême cl aussi i)our la cérémonie du lavement des pieds des pauvres cl des étrangers. C'est en 776 que celle pieuse entreprise fut com* mencée, et que ces belles souices, dérivées pendant si longtemps pour les délices et les voluptés des thermes, furent de nouveau

conduites à Rome, pour l'exercice de la plus humble des verUis chréliennes. Le premier aqueduc restauré i'iit Trajaiia, vinl ensuite Marcia, puis Claudia, puis enfin Yirgo. Trajana et Marcia furent conduites au Vatican^ Claudia à la basilique de Latran. II va sans dire qu'une bonne partie de ces belles eaux fut rendue au public.

Claudia, en 795, fui employée, par Léon 10, successeur d'Adrien, dans deux grands cénacles [triclinia) érigés, l'un à Latran, près du temple de Conslanlin, l'aulre à la basilique même. C'est vers celte époque qu'eut lieu le couronncmenL du nouvel empereur d'Occident, de Cliarlemagne, et le saint pontife voulait recevoir son hôle illusUe dans son nouveau cénacle.

En 827, ce cénacle et les bains érigés pour la commodité des pauvres et des pèlerins, par Grégoire IV, furent transportés dans un lieu plus convenable, au cloître de Saint-Jean; mais on ne sait si Claudia y fut dérivée en même temps. Cependant il paraît que Calixte II, déjà cardinal vers 1120 ou 1122, fit usage de celte eau célèbre pour alimenter ime fontaine, un abreuvoir et quelques moulins vers la porte de Latran '; postérieurement, il n'est plus question de Claudia.

Les commentateurs n'aflmellent pas tous que Marcia ait été restaurée par Adrien L'. Le second aqueduc, dont ce ponlife entreprit la reconstruction, est désigné par les écrivains contemporains sous le nom de Jovia (d'autres écrivent Giovia, Jobia ou Jopia). Quelle esl l'eau antique dérivée sous ce nom nouveau? Plusieurs savants, Vignole notamment, dans le nom de Jovia, voient une coiruplion du mot Julia% et supposent que c'est ce dernier aqueduc qui fut restauré par Adrien V\

Mais il résulte, du récit d'un voyageur, découvert dans le monastère suisse d'Einsideln et publié par le P. Mabiilon, du temps

' Ex antiquo aquœductu fonleni ad portum Luleranensem derivavil, lacu ad equorum usum adjuto. AdPahitii vero commoditatcm aliquot molendina supra Ipsum riviitn dispo-

SU'f.

- Fonnaiii, quœ Jobia vocatur : Jobia Corrige Julia. (Vig.nole.)

AOUEDUCS ROMAINS. — liNVASIU.N DKS IIAUBARKS. Mo

du l^ouis XIV, que cet aqueduc Jovia n'était autre que Marcia. Ce manuscrit remonte à 875, et on y remarque le passage suivant, où le })ieux j)èlerin indique les slalions qu'il fit à Rome. « A la poilc de Sailli-Pierre jusqu'à Saint-Paul; de là, revenant par la voie Appienne à Sainl-Sixte, où eut lieu la décollation du saiiil, de là à la poi le Api)ienne : là est l aqueduc Jopia, qui vient du pujis des Marses, et court jusqu'à la rive. » Puis il ajoute : « De là aux thermes Anlonins, au susdit Sixte \ »

Le père Monliàucon concluait de là que Jopia n'était autre qu'Appia, dont le nom était corrompu. Mais Al. Cassio dit avec raison que jamais Appia n'est sortie du pays des Marses ; qu'encore moins, elle n'est enlrée à P»ome par la porte Appienne; que les sources de Marcia, au contraire, jaillissent dans cette contrée monlueuse, et que c'est bien elle que le pèlerin a désignée clairement, en disant que Jopia vient du pays des Marses.

On sait que Dioclélien, voulant s'ériger en dieu, prit le nom de Jupiter; il donna le nom de Jovia à Marcia, dont il dériva une branche vers ses thermes; on a découvert une inscription sur une des portes de Grenoble (alors Cularon), à laquelle il donna aussi le nom de Jovia.

Il paraît donc bien démontré que le second aqueduc restauré par Adrien I"' est Marcia, et non Julia ou Appia. Ces deux aqueducs, alimentés par des sources de la banlieue de Rome, ne sont jamais venus du pays des Marses; cela est évident.

Acqua Venjine. — Depuis Adrien F' jusqu'au quinzième siècle, c'est-à-dire pendant plus de GOO ans, les papes, au milieu des guerres et des dévastations de toute sorte qui affligeaient l'Italie, négligèrent les aqueducs. « Les saints pontifes, dit A. Cassio, au lieu des fraîches eaux des aqueducs, ne répandaient plus dans Rome qu'un torrent de larmes amères. »

' In Porta S. Pétri iisqtie ad S. Puuliim, imle rcvertentes per viam Appiam, ad S. Si.rtnm, td)i dccoUatiis est, inde ad porlam Appiam : ibi forma Jopia quœ venit de marsia, et currit uscpic ad ripa»i, etc.

11 est àcroire cependant que Virgo, dont le canal, presque entièrement souterrain, puisqu'on n'y remarque que vingt-deux arcades, vers Pielra l,ata, résista plus longtemps que les autres à l'action du temps et des dévastations militaires; c'est donc sur cet aqueduc, dont les sources sont de plus très-peu éloignées de Rome, que se portèrent les premiers efforts des papes. Je lui donnerai désormais son nom modeine, la Vergine. Quoiqu'elle fût la seule à peu près intacte, cette galerie souterraine, par suite de quelque rupture, avait cessé de porter son eau jusqu'à la ville, lorsque Nicolas Y, porté au siège pontilical en 1447, entreprit de la réparer; jusqu'en 1625 on lisait sur une plaque de marbre une inscription, dont voici la traduction :

Nicolas V, souverain Pontife, rétablit plu-s magnifiquement, et fit orner l'aqueduc de l'eau Virgo, ruiné par la vétusté, et le rendit à la ville, si célèbre par ses monuments '.

Cette restauration imparfaite ne dura que 30 ans; l'eau se perdait à l'entrée de Rome, au mont Pincio.

Sixte lY répara l'aqueduc et rendit l'eau à la fontaine de Trévi, en 1484 ; de nouvelles fuites se déclarèrent peu à peu, et, en 1550 ou 1555, le pape Jules III détourna ces eaux caduques à sa villa suburbaine. En 1559, l'eau manquait totalement à Rome. L'aqueduc fut réparé par Pie lY, au moyen d'une dépense de5'2000 écus. Les travaux durèrent 11 ans, et ce fut en 1570, sous le règne de Pie Y, qu'aux applaudissements du peuple, l'eau tomba de nouveau dans les bassins de Trevi. L'ai t de l'entretien n'existait pas encore.

Ainsi la Yergine fut définitivement conduite à Rome par le pape PielY, et distribuée par ses successeurs, Pie Y et Grégoire XIII. Pie V attribua une partie de l'eau à des usines. Les fontaines de la Louve, du Pô, du Nil, du Lion, des Trois Grâces, furent éri-

* iViCOLAL'S V. P. M. ILI.USTRATAM IXSIGNIBCS MoXUMLMIS VliBEM DlT.TLM AQU-E VIRCI.MS VETL'S- TATE COLLAPSUM SIA IMl'ENSA IX SPLE.NDIDIOREM CLLTUM KESTITL'IT Or.NARlQUE MA.MlAVlT.

An.no D.m. ]. Cil. MCULUI.

AQUEDUCS ROMAINS. — UKCO.NSTR UCTIO.N l'Ail LES l'Al'KS. 147

gées par Grégoire XIII. Les successeurs de ce poulife fondèieiil d'autres fonlaines; le beau monuiuenl qu'on voit aujourd'hui sur la place de Trevi a été construit en 1755 pai' Clément XII; d'aulres restaurations importantes de la Verginc remontent à 1744, et sont dues à Benoît XIV.

L'inscription suivante, gravée sur une plaque en marbre blanc, à la fontaine de Trevi, résume l'histoire de Yirgo :

Clément XII, excellent et souverain Pontife, décora, par ce magnifique ouvrage, l'aqueduc de l'abondante fontaine de l'eau Virgine, construit par M. Agrip[)a, détruit j)ar ordre de Caïus César, rendu à la ville, d'abord par l'empereur Claude, et ensuite par le pape Pie IV ^

La collection des photographies de M. Parker renferme huit pièces relatives à l'acqua Verginc et à la Virgo antique '.

Nous terminerons ce chapitre en rappelant que la Verginc arl'ive à Rome à raltiludc 20"\50, à Irès-peu de hauteur au-dessus du quai tlu Tibre.

Le débit de l'aqueduc est de 5000 onces de 20"', 21 7 ou de 00 051 mètres cubes par 24 heures '.

Acqua Felice. — Si l'aqueduc de la Verginc se confond presque partout avec Virgo Antique, il n'en est pas de même de la FeHce.

C'est en 1587 que le pape Sixte V (Felice Peretli) conduisit à Rome cette eau nouvelle.

La Verginc ne pouvait être d'aucune utilité pour les quartiers de Rome bâtis sur les sept collines, puisque, arrivant à Rome à l'altitude 20'", 50, elle s'élevait à peine au-dessus du quai du Tibre,

• UbETIRIMUM AQU.E VIRGINIS FOMEM

A M. AgRIPFA CONSTnUCTLM CAJO (](ESARE IMPEIiANTE CONFr.ACTUJI,

Pr.iMUM A ClaCdio imperatore

PoST MODUM A PlO PaPA IV Urbi RESTITLIUM

Clemens mi. Pont. Oit. Max.

Magmfici prospectus ORNAMENTO Decoravit.

- l'holoi;. 11'^ <Sô. {<(30, NGI, SO^J, ISUr), SBi, lUKS. 1400. ^ HcnseigiKinents doniii''> par le colonel Rlumenslliil.

et que les sommels des collines dépassent le niveau de la mer de 50 à 7'2 mètres; ces quartiers élevés se dépeuplaient peu à peu ; le souverain Pontife résolut de leur rendre au moins l'eau dont ils étaient privés depuiè la destruction des anciens aqueducs. Le Saint-Père fait connaître ses intentions paternelles dans l'inscription suivante :

Sixte V, souverain Ponliic, qui, ayant rétabli des fontaines, afin que les collines désertes de la ville fussent de nouveau habitées, donna l'ordre de chercher partout dc^ sources. L'an .MDLXXX.Y, le premier de son pontificat*.

L'arcliitecle Malteoda Castellu fut chargé de la construction de l'aqueduc; il mil la main à l'œuvre avec deux mille ouvriers. Mais après avoir dépensé, ou })lulôt gaspillé 100 000 écus, y compris une indemnité de 25000 écus donnés au seigneur D. Marzio Colona, propriétaire du château délia Colonna et du terrain d'où jaillissaient les sources, l'ingénieur fut forcé de reconnaître que ces sources refluaient, lorsqu'il voulut les introduire dans l'aqueduc; elles étaient situées à un niveau trop bas. On lui retira alors riionorable tâche dont il avait été chargé, et on mit à sa place Jean, frère de Dominique Fontana, l'architecte de l'obélisque de la grande place du Vatican. Jean Fontana, pour ne point refaire les travaux déjà exécutés, chercha d'autres sources, et en trouva d'assez nombreuses et d'assez abondantes pour alimenter l'aqueduc. Le Saint-Père s'en assura par lui-même en visitant les lieux. Les travaux furent terminés en 1587, comme le prouve l'inscription suivante :

Sixte V, souverain Pontife, construisit, à ses frais, l'aqueduc de l'eau Felice, en canal souterrain sur 15 000 pas, sur des substructions ou des

» SiXTCS V. PoM. Max.

qci r.estitutis fostibus

Ut deserti Urbis itercm

Habitaremur Colles

■nlAS LNDIQUE I.WEMENDAS MANDAVIT.

ÂN.No :.iDL\X\V, h.M. 1.

AQUEDUCS r.OMALNS. — r.ECOXSTRUCTIOX PAR LES PAPES. 14fl

arcados, stir 7 000 pas. An MDLXXXVIÎ, le troisième de son règne pontifical'.

Sixle-Qiiint foucla une rente annuelle de 700 écus pour entretenir l'aqueduc.

Les sources découvertes par Jean Fontnna sur la colline orientale de la Colonna furent réunies par un canal de 2 000 pas aux sources basses découvertes par le premier ingénieur Malteo; plus tard, vers le milieu du dix-huitième siècle, le pape Urbain VIII augmenta encore In porlée du canal de 300 onces d'eau ; aujourd'hui celte portée est de l 100 onces ou de 22 259 mètres cubes par vingt-quatre heures.

Ces sources jaillissent entre Monte Falcone et Gallicano, au lien dit Rifolta Borghèse, au pied du massif volcanique de Frafcati. Elles furent anlrefois conduites à Rome dans Hadiiana. Mais la Felice suit un tracé tout différent. Pour ne point couper tous les ravins de la campagne de Rome, comme le faisait l'aquednc de l'empereur romain, et éviter de hautes arcades, l'aqueduc de Sixle-Quint se dirige vers cette plaine qui s'étend jusqu'à Rome, à la naissance même des ravins. A quelques kilomètres des sources il emprunte la cunetle d'Anio Yelus jusqu'au 7' milliaire, où il se relie au triple aqueduc de Marcia, Tepula, Julia, qu'il suit jusqu'à l'entrée de la ville, vers la porte Majeure.

Sa longueur est de 22 milles, dont 7 en arcades ; il débouche à Rome à l'altilude 59"',72.

Sixlc-Qnint alimenta avec les nouvelles eaux, celle belle fontaine de Monte Cavallo, connue de tous les voyageurs, et un grand nombre d'autres établissements hydrauliques.

A. Cassio cl, après lui, la plupart des auteurs qui ont décrit les aqueducs, disent que l'aqueduc de la Felice est fondé sur

' SixTus V. poiNT. Max.

DUCTUM. AQU/E FELICIES.

PilVO SUBCERRANEO MiLL. PASS. XV

SUBSTRUCTIOKE ARCOATA VU.

?U0 SUMPTU EXTRUXIT.

An. Dom. MDLXXXVIl. Pont. lil.

les ruines de Claudia ^ C'esl une erreur qui a été rectifiée sur la carie de M. Fabio Gori ; il emprunte, comme on vient de le dire d'abord, la cunelte d'Anio Yetus, puis le tracé du triple aqueduc Marcia, Tepula, Julia, mais cependant sans se relier partout aux maçonneries de cet aqueduc ; c'est ce que les photographies de la collection Parker font voir clairement.

Ainsi, à 3 milles de Rome, près de la tour Fiscale, la Felice traverse les ruines d'un regard de Marcia'.

A la tour Fiscale, elle se montre parallèle aux ruines du triple aqueduc, mais parfaitement séparée. L'ouvrage de Sixle-Quint passe dans une arcade de Claudia, un peu au-dessus du niveau de Marcia \

A Porta Furba, le même aqueduc passe à côté et au-dessous des ruines si caractéristiques de Marcia, Julia, Tepula \ puis se dirige vers les arcades de Claudia, Anio Novus.

C'esl près de ce dernier point que se trouve l'arche construite à 2 milles de Ptome par Sixle-Qiiinl, deux ans avant l'achèvement de l'aqueduc, arche qui sans doute a élé la cause de la faute de nivellement conmiise par l'architecle Malleo ; la photographie monlre la plaque de marbre blanc sur laquelle on lit facilement l'inscription, dont voici la traduction :

Sixte V, souverain Pontife, prit soin de faire passer sur cette arche, fondée par lui, l'an MDLXXXV, le premier de son règne pontifical, l'eau de plusieurs sources, découvertes et réunies en un seul lieu, par un aqueduc souterrain ^

' E per affrettar la condotla, cl iniiiorav le spese, disecjno valersi de fondamenti rimasli nel Vagro Romano, essendo rovinaio lo speco delV acquidotto fahhricato da Claudio per condiir Vacqua, ciii datoavcva ilsuonome. (A. Cassio, première partie, j). 012.)

i Photog. n-890, 1028, 10-2!).

^ PI. VU et VIII, pliotog. n"' 528, 52f), 550, 551, 1459 et surtout le n» 089, figure donnée par M. l'architecte Cicconelti.

* Photog. n°' lOOG, 1455.

^ SiXTCS V. PONT. M.\.V.

Pl,Vl;ES T.VNOEM AQV.XRVM SCATVRIGINES.

INVENTAS In YNVM COLLECTAS LOCVM.

SVBTERRANEO DVCTV pER HVKC TRANSIRE

ARCV.M A SE FVNDATUJl JUS^IT

AN. MDLXXXV. PONTIFIC. I.

AQUEDUCS UdM.MNS — lU- CONSTRIT.TION l'AK LUS l'APES. 151

Ainsi l'aie était érigé en 1585, l'année môme de l'avènement (le Sixte V an trône ponlilic;il, et l'aqueduc n'était ache\é qu'en 1587 ; on conçoit faciicmeni, en raison de rimpciTcclion de l'art du niveleur, à cette époque éloignée, que l'inforluné Matleo da Cavallo ait pu se tromper, sans être aussi négligent qne le dit A. Cassio; il est à remarquer que l'erreur n'élait pas bien giande, puisque Jean Fonlana réunit, anx sonrces liaules trouvées par lui, les sources basses de Malteo, par un court canal de 2000 pas de longueur.

Aux ])ortes de la ville, la Felice emprunte les arcs d'Hadriana ; elle entre à Rome par la porte Saint-Laurent au-dessus de Julia' ; l'antique Hadriana arrivait donc à la porte Esquiline, à peu près à la même altitude.

Acqiia Paola \ — Nous avons vu que, de tous les anciens aqueducs, Trajana fut celui qui resta en service le plus longtemps; qu'il fut restauré par Tliéodoric vers l'an 500, par Bélisaire en 558, par Adrien P' en 776, par Nicolas T' en 867. On perd la trace des restaurations dans les siècles suivants : on ne sait quels sont les souverains pontifes qui firent les travaux d'entretien nécessaires pour y maintenir l'eau; mais on a la certitude qu'en 1484, Innocent Yllî put alimenter de grandes fontaines sur la place du Vatican ', et que Trajana seule pouvait fournir l'eau nécessaire.

On sait aussi qu'Alexandre ^l restaura, en 1492, la fontaine de Sainte-Marie de Translevère, qui était tombée en ruines^

Kniin, il est démontré, par quatre inscriptions des papes

1 Photog. n-' 28 et 20 de la colleclion P;irkci- (pi. Vil, fig. 2).

2 rhoto^i;. 11°^ 100"), lOtii, lOOr», lOOO (le la collection Varkvv. ^ Fo))ics in medio S. Pétri plalea fecit [vita pont.).

* AlEXANDEU VI p. M. FKLICI AUSl'ICIO JoANSIS LL'1'1 VaLDMIMAM

s. MarijE trastyberin^e Gard. Peru^i.ni fomem

VETUSTATE INFORMEM AD COMMODIÏATEM POILI.I llo.MAKl RESTITUIT.

(Inscription sur marbre blanc)

Jules II et Pie IV.. que Trajana porlait eucorc de Teau en 1561. Voici une des trois inscriptions des jardins du Vatican :

Pie IV, souverain-Pontife, construisit, pour son usage, et dédia à ses successeurs, dans un bois du palais apostolique, cette place, cette fontaine, ce portique et cet édilice. L'an iMDLXl ^

Trajan alimentait son aqueduc avec les fraîclies eaux des •sources qui jaillissent au nord du lac Bi'acciano (autrefois Sabattinus) ; on ne sait pas exactement l'époque où l'on ajouta à ces belles eaux, celles du lac, incomparablement moins agréables. C'est vers l'an 400, du temps de l'empereur Honorius, qu'on commença à donner à l'aqueduc le nom de Sabattina\ L'eau des sources était-elle déjà mélangée à l'eau lacustre ? C'est ce qu'il est difficile de dire aujourd'hui. En 626, sous le pontificat d'IIonorius P', nous voyons que l'eau dérivée du lac Sabattinus est employée à faire tourner un n.oulin à proximité des murailles delà ville''. C'est une date certaine. L'eau des sources de Tiajana ne coulait plus seule dans l'aqueduc ; dès cette époque, ce canal se divisait en deux brandies; l'une se dirigeai! directement vers le Tibre et traversait le quartier de Transtevère, en faisant marcher des moulins ; l'autre gagnait le quartier du Vatican, dans un tuyau centenaire, c'est-à-dire qui, ramené à la forme circulaire, aurait eu un diamètre de 0'",59 ; cette grosse conduite était lobjet de la convoitise des plombiers, qui ne manquaient pas de dérober le plomb lorsqu'ils le pouvaient. Le pape Adrien l" trouva ce centenaire à peu près détruit, et le répara entièrement*.

* Plus IV. PONT. JI,\.\.

IIaNC 1K NE.MOKE TALATir AIOSTOLICI ArEAJI

l'ORTICDM. FOMEM. .-EdII ICILMQUE CON>TIUXIÏ

USUIQUE SL'O ET Sl"CCEDE^TIU.'tf SIBI 1•0^TIFICU.M

DEDTciviT Anno MDLXI.

- Vers la (in du ba.<;-einpire, du temps de Const.intin, on substituait aussi, au nom di- Trajana. les noms de Tiiscia ou de Tocia qui ont beaucoup embarrassé les glossateurs.

" Via Aurélia constituit molam in loco Trajani jii.rta muriim civilalis, cl furminn qmr ilucil aqiuim a Lacu Sahalliuo. cl siib se formam quœ ronducit aquam ad Tihcrim. (Liber pont.'t. r p. 246.)

* Le Centenaire était un des tuyaux en plomb en usage à Rome. (Vovez page CD.) A. Cassio,

Aouicnrcs homains. — nRCONSTnrcTioN i'ar les i'apes. lo")

C'csl en 1609 que le pape Paul V rcsiaura Tanlique aqueduc de Ti'ajau, en augmenlant la prise d'eau ouverte sur la rive orientale du lac Bracciano. L'ouvrage romain était alors en ruine. « Priori Duclu Lonijissimi temporis injuria phme dirtito, » dit une inscription de l'époque. On ajouta à l'eau des sources 2 000 onces d'eau puisée dans le lac ; en réalité on n'en prit que i 000; aujourd'hui encore l'aqueduc ne porte que 1 500 onces. Non-seulement le pajic lit restaurer cet ouvrage, mais il érigea de belles fontaines auA'atican. Il y fit transporter la vasque magnifique trouvée en 1510 par Jules 11, dans les thermes de Titus.

Plusieurs fontaines ])ubliques furent alimentées par l'eau Paola, qui cependant est loin d'ètie agréable, on l'a vu cidessus. Ces fontaines, comme c'est l'usage à Rome, portent des inscriptions qui indiquent leur origine. Quatre de ces inscriptions, qui figurent sur l'aqueduc lui-même, contiennent une singulière erreur. Elles annoncent que l'aqueduc, restauré par le Saint-Père, est l'ancienne Alsielina d'Auguste. Fabretti s'élève violemment contre ces ignorants qui n'eurent pas honte d'afdclier en face de l'univers une telle erreur sur un marbre impérissable.

Voici la plus courte de ces inscriptions :

Paul V, exeellciit et souverain PuiilifL', restaura, avec une section plus ample, les aqueducs érigés par Auguste César, et détruits par la vétusté, l'an du Seigneur iMDCIX, le cinquième de son pontificats

Il est certain en effet que l'aqueduc d'Auguste, le i)lus bas des

fait ici un singulier çonlre-sens ; il pense que ce centenai iuin de Tnijinia élait un aqueduc supporté par 100 arcades. « Era transportita in Roina doniro al condutto eoniposlo di cenlo archi. » (Cliap. xli. p. 1575.)

' I'aulus V. Pont. Orr. Max.

Aou.F.iiL'CTrs

.Vb Aug. Cœs. extructos

.¥ai i.onginqua vf.tustate

Colla psos

In ampliorem forma m

RpSTITLir.

Anko sal. MDCIX. Pont. V.

Cette inscription est reproduite par la photographie n" 1004 de .M. Parker.

154 LN'TnODrCTlON.

en iiaux romains, ne pcul se confondre avec Paola, qui entre à Rome au sommet du Janicnle, et qui de plus est porté sur de hautes arcades dont Alsieiina était totalement dépourvue. L'origine des deux eaux est d\nil'eurs bien connue : Tune sort du (petit lac Marlignana Alsietiuus), Taulie du vaste lac Sabattinus (Bracciano).

La Paola débouche à Rome à Laltitude 1\\[Q. (Nivellement de }[. Blumensthil.)

La longueur de l'aqueduc est de 55 milles, dont, suivant Fabretti, 11 en arcades: il porte 1500 onces d'eau de 20217 litres, soit oOô'iô mètres cubes par vinul-quatre heures '.

Acqua Fia. — Le souverain l'onlife régnant. Pie IX, s'est proposé, il y a quelques années, de conduire à Rome l'antique Marcia. Ce grand travail a été entrepris par une compagnie qui porte le nom de Societù anonima dell acqua Pia, la nou- \r\\c eau portant, suivant l'usage, le nom du pape régnant.

■Lai (lil conimcnt le directeur des travaux, le colonel Blumensthil, avait retrouvé les sources de cette eau célèbre".

Il était certain, d'après le récit de Frontin, que la source ou les sources de Marcia étaient compiises datis les six grandes sources qui jaillissent nu bord de LAnio, à l'aval d'Agosta, et qui portent les noms modernes d'Ac pia Santa, lac de Sainte- Lucie, i'^'', 2'' et 5^ Sereines et Rosolina. M. Blumensthil choisit celle de ces eaux qui avait le }>lus de réputation dans le pays, la ^'^ Sereine, fit faire des fouilles dans le voisinage, et trouva l'aqueduc Marcia presque intact avec son appareil el ses dimensions connues \ C'est donc la 2' Sereine qui a été choisie; sa portée est de 4000 onces ou de 80 868 mètres cubes par vingl-qualre heures.

• La collection Parker contient quatre photographies de Trajana, savoir ; n°' 1065, lOGi, lOr.5, 1066.

- Voir page -45.

^ HéliogrôTure, I.

VOIEDUCS ROMAINS. - RECONSTRUCTION l'AR LES l'Al'ES. 155

Celle de tout le groupe de sources est de 20 000 onces ou de 404 540 mètres cubes d'eau par vingl-quaire heures; il est rare de trouver uu ensemble de sources aussi abondantes et d'excellente qu.'ilitc; ces eaux sont cependant un peu dures ; le litre liydroliméli'ique de la 2'" Sereine est 28°; elle est incrusianle, elle formera des dépôls de carbonate de chaux dans les conduites, mais elle n'en est pas moins excellente à boire et propre à tous les usages domestiques.

L'altitude de la source est 517 mètres, celle du point d'arrivée à Rome est de 80 mètres; on avait donc une différence de niveau de 257 mètres pour un aqueduc qui n'a que 52 500 mètres de longueur, soit une pente kilométrique de 4"', 51, évidemment beaucoup plus grande qu'il n'est nécessaire..

L'aqueduc est achevé aujourd'hui : il est construit en maçonnerie depuis les sources jusqu'à Tivoli, sur une longueur de 26 kilomètres, et en conduite forcée, entre Tivoli et Rome, sur 20500 mètres; sa section est variable; il a au minimum 1"',90 de hauteur sous clef et 0"',80 de largeur; pour débiter 80 000 mètres cubes d'eau par 24 heures, la vitesse dans les sections l'éduites sera de 0'",70 par seconde.

La longueur des souterrains est considérable, de 15 kilomètres sur 20. Les arcades ont aussi un grand développement. Les ponts et autres ouvrages d'art sont nombreu.x ; en somme l'ensemble de ces travaux est remarquable et fait honneur à la compagnie qui les a entrepris et aux ingénieurs qui les ont conçus et dirigés.

Le grand siphon, qui s'étend de Tivoli à Rome, est composé de tuyanx en fonte de 0"',G0 dont la charge est au maximum de 100 mètres ; l'épaisseur de fonte est de 0'",018; la longueur des tuyaux de 5"', 65. Ces tuyaux sont assemblés à emboîtement et cordon; les joints sont en corde goudronnée avec bague de plomb fondu et maté; la vitesse de l'eau est de r",25. On n'a encore posé qu'une seule conduite ; la vitesse de l'eau étant de l'",25 par seconde et la section du vide du tuyau de 0"',28, la quantité

150 INTRODL'CTION.

(Veau débitée sera de 0,28 x 1,25 = 0"',550 par seconde ou de 50240 mèlres par 24 heures.

On- ne débile donc pas la moilié de la portée de la deuxième Sereine; ce bel aqueduc a été mis en service peu de jours avant l'occupation de Rome par l'armée italienne et l'investissement de Paris par les Allemands. Le point d'arrivée est à l'altitude de 80 mètres, au carrefour des rues de Macao et de Porla-Pia.

Je terminerai ce chapitre sur les aqueducs modernes de Rome par quelques indications sur les jauges et le mode de construction de ces aqueducs.

L'once de Trévi est de 40 455 litres par 24 heures. L'once de Felice et de Paola est de 20 217 litres; cependant lorsqu'on dit que la Vergine débite 5 000 onces, on entend, suivant M. Rhmiensthil, que c'esl 5000 onces de 20217 litres.

Les eaux de Rome sont vendues à perpétuité, l'usager en jouit comme d'une propriété ordinaire; l'eau coule jour et nuit par l'orifice de distribution.

L'once se vend 1000 piastres romaines (4 962 fr. 50), par conséquent, à volume égal ; le prix de l'eau de la Felice et de la Paola est double de celui de la Vergine. Celle-ci est cependant plus réputée que les autres, mais sa basse altitude limite beaucoup les points où elle peut être distribuée; l'anomalie n'est donc qu'apparente, le niveau élevé des réservoirs de la Paola el de la Felice permettant de les conduire partout.

Comme celles des aqueducs antiques, les eaux de Rome moderne se distribuent par des châteaux d'eau ou cuvettes de distribution, d'où parlent les conduites des usagers; aussi la longueur des conduites publiques n'est que de 22000 mètres environ; en somme les trois aqueducs modernes de Rome donnent :

La Vergine o 000 onces.

La Felice 1 100 —

La Paola 1 500 —

Total 3 600 onces'.

' 113 215 mètres cubes par 24 heures. (Renseignements donnés par M. Rluinenslhil.)

AQUEDUCS ROMAINS. — KKCONSTRUCTION l'AU LES PAl'KS. 157

La popiilaliou cUinl de 200000 liabilanls, la distribution journalière est de 566 litres par tête ; dans les années très-sèches ce volume est diminue de 14 environ \ Bien peu de villes sont aussi richement dotées. Mais la répartition est mauvaise; près de la moitié des eaux de la Yerginc et de la Paola est employée à faire marcher des moulins. Les trois quarts des maisons environ reçoivent l'eau dans les cours par écoulement continu. Les conduites ])rivées sont en plomb ou en terre cuite.

11 n'y a pas de service d'assainissement ; les ruisseaux ne sont pas lavés, ni les rues arrosées. En somme, ii n'y a rien de changé dans Rome moderne; les aqueducs et la distribution sont établis exactement sur le plan des aqueducs et de la distribution antique.

Pia seule fera exception; déjà l'immense siphon de Tivoli est une innovation moderne, une imitation de nos siphons de la Dhuis ; la distribution, nous l'espérons, sera établie sur le plan de celles de Paris ou de Londres : on n'aliénera pas la propriété des eaux et on créera des services publics. Lorsque les 80 868 mèties cubes de la deuxième Sereine seront distribués, le volume d'eau réparti par tête aura presque doublé : il s'élèvera à 970 litres.

Les aqueducs modernes de Rome sont construits d'après les mêmes principes que les anciens ; ils se composent d'un radier en maçonnerie, de deux pieds-droits et d'une voûte en plein cintre, reposant sur ces pieds-droits. Les dimensions des maçonneries sont telles, que l'ouvrage est stable par lui-même, c'est-à-dire, qu'il resterait debout quand même on lui retirerait l'appui des terres qui l'entourent. Tels étaient aussi les aqueducs et les égouts de Paris avant ces dernières années. A Rome, ce système est parfaitement rationnel : le prix des maçonneries est tellement ba?, qu'il serait absurde de faire des économies sur les épaisseurs des voûtes et (le leurs pieds-droits. Autant que j'ai pu en juger, en parcourant les lieux en touriste, les aqueducs sont construits

' llensoignoinciils officiels donnés i)or rambassiule de France à M. Faugères, direcleur au ministère des affaires étrangères.

dans des terrains solides el secs, l'aclion exercée contre les pieds-droits par les terres est sensiblement nulle. Il n'y a donc aucune raison pour adopter l'aqueduc ou l'égout à type ovoïde à paroi mince formant voûte complète el disposé pour résister à la poussée des terres. Ce type admis à Paris, par mesure d'économie et dans certaines argiles, dont la poussée est considérable, ne serait pas rationnel à Rome.

Page 1