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AQUEDLCS ROMAINS. — DES LATRINES ET DES ÉGOUTS

les égouls de Rome? C'est un point sur lequel nous sommes fort mal renseignés.

Aujourd'hui, dans les grandes villes modernes, il y a une bouche d'égoul aux points bas de chaque îlot de maisons ; de sorte que les eaux pluviales ont an plus à parcourir, à ciel ouvert, le périmèlre do l'îlot avant d'être absorbées souterrainement.

Mais celle ingénieuse disposition est toute moderne. A Paris, il y a 40 ans, les eaux pluviales passaient, par des cassis, d'un îlot à l'autre, pour se rendre aux points bas de la ville. Là, elles s'engouffraient dans d'immenses bouches d'égout qui répandaient l'infeclion dans lout le voisinage.

A la moindre pluie toutes les déclivités des rues étaient converties en torrents. Il est bien probable qu'il en était de même à Rome et cet air infâme, dont parle Fronlin, provenait sans doute en grande partie des bouches d'égout.

J'ai vu, dans la collection de gravures de M. Gailliabaud, la disposition d'une bouche d'égout de Pompéies; elle est située au fond d'un cul-de-sac et formée de deux ouvertures d'une grande dimension séparées par une cloison en maçonnerie. Elles ont la plus grande analogie avec les bouches si fétides qu'on remarquait encore à Paris dans le premier tiers du dix-neuvième siècle.

Curage des égoats, — Ceci me conduit naturellement à examiner comment les égouls étaient nettoyés et entretenus ; sur ce point malheureusement les renseignements nous manquent complètement. Les his'.oriehs, on le comprend, ne se sont guère préoccupés de cette question, qui cependant se lie si intimement à la salubrité des villes.

On connaît le personnel qui était employé à ce genre de travaux par une lettre de Trajan à Pline le Jeune.

Après lui avoir rappelé qu'il a été chargé de son gouvernement (de la province de Bithynie), pour y réprimer de nombreux abus et notamment pour faire exécuter les sentences prononcées contre

les grands criminels, il ajoute : « S'il s'en trouve d'anciennement jugés, des vieillards dont la condamnation remonte à plus de dix ans, chargeons-les de travaux qui aient quelque analogie avec la peine qu'ils devaient subir. Ordinairement ces ci iminels sont employés à l'entretien des bains, au nettoiement des égouts et aux corvées sur les chemins et les rues\

J'ai vu encore, il y a trente-cinq ans, dans les villes d'Italie, les* forçats employés à des travaux de ce genre; ils étaient, enchaînés deux à deux, occupés au nettoiement des rues.

En général, ce système de nettoiement donne de très-mauvais résultats. Pour qu'un travail soit bien fait, il faut, comme on dit, que les ouvriers aient le cœur à l'ouvrage, qu'ils y mettent de l'amour-propre. Or on ne peut rien attendre de semblable de criminels condamnés à des travaux dont la surveillance minutieuse est impossible.

Il n'est donc pas surprenant que les égouts de Rome fussent de véritables foyers d'infection et d'émanations pestilentielles.

Les Romains avaient une telle crainte de ces émanations, qu'ils avaient leurs déesses méphitine et cloacine « auxquelles, dit Parent-Duchâlelel, ils adressaient des vœux pour éloigner les accidents occasionnés par les émanations putrides, comme ils en adressaient à la fièvre, qu'ils avaient également divinisée. »

Opinion des anciens sur les égouts de Rome. — Les anciens admiraient beaucoup les égouts de Rome. Parent-Duchâtelet cite l'opinion de Cassiodore, de Denis d'Halicarnasse et de Tite-Live. J'ai cité le passage de Slrabon où les travaux publics des Romains étaient mis en parallèle avec ceux des Grecs".

Pline le Naturaliste fait un éloge vraiment magnifique de

* Si qui vetustiores inveuieniur, et senes, ante annos decem damnali, distrilmamus illos in ca minisleria, quœ non longe a Pœna sint. Soient enim ejus modi ad Balinemn, ad Purgationes doacarum, item munitiones viarumet viconim dari. (Pline le jeune, liv. X, lettre

XLF.)

'^ Voir page 14.

AQUKDUCS ROMAINS. - \)V.< LATP.INKS KT HKS KGOUTS. 107

l'œuvre des Tarqiiins. Il classe les égoiUs parmi les dix-hnit momimenls de Rome les plus dignes d'admiration.

a Nos ancêtres admiraient, en outre, les égouls, les plus remarquables des travaux dont on puisse parler, qui percent les montagnes et qui ont été parcourus par des barques, sous la ville, suspendue comme Thèbes.

« Le courant des sept aqueducs d'Agrippa, grossi par les pluies, y entraine toutes les immondices. Souvent l'eau du fleuve est refoulée dans l'égout; une lutte s'engage entre les deux courants, el cependant la robuste construction résiste; des masses énormes, entraînées par les flots, passent entre ses murs sans les ébranler. Les maisons, ruinées par la vétusté ou les incendies, s'écroulent sur ses voûtes, les tremblements de terre ébranlent le sol, et l'œuvre de Tarquin l'Ancien reste debout depuis bientôt 700 ans'.»

Voici ce qu'on lit dans Denis d'Halicarnasse :

« Tarquin creusa aussi des égouts, c'esl-à-dire des galeries par lesquelles s'écoulaient, dans le Tibre, toutes les eaux des voies publiques, ouvrages admirables, plus grands qu'on ne saurait le dire. Je classe parmi les plus magnifiques monuments de Rome, parmi ceux qui donnent la plus haute idée de la puissance de l'Empire, les aqueducs, les voies pavées et les égouls". «

' Aliqiiando Tiberis reiro iiifusi recipiuiU (Inclus, pugnantque diversi aquanim impelus inliis : et tamen obnira finnilas resistit. Trahuntvr moles inlernœ tantœ, non succumbenabus cauais operis : puisant ruinœ sponlc précipites, aut impactœ incendiis : qualilur sohini lerrir niolibus: durant lamen a Tarquinio Prisco, annis prope fepliucjenfis ine.rpu- (jnabilcx. (Pi.im:, liv. XXXVl, cl ap. \xiv.)

- F)ciiys(l"ll;ilicarn:isje, Antiquités romaines, liv. lll,cli;4i. ixvii. ¥A. Roiskc, page 581.

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