NOTICE DE M. JULLIOT
Avant de parler des lecberclies que nous avons faites sur l'aqueduc connu sous le nom de Conduit Saint-PJiilbert, nous allons examiner ce qu'en ont dit les chroniqueurs sénonais, dont nous avons pu consulter les ouvrages manuscrits ou imprimés.
Bureleau en parle eu ces termes : « Fuit (juoque in eiusdem urbis area, que pro fonbus templi Stepliani, protomartiris, adiacet, fons celeberrimus, per subterraneos ductus et cuniculos ex lococui VaUiliarum nonien est ab ipsa urbe quinque millibus passuum remoto ingeniosissime deductus, ciiius canales lemponun vitio dirupti, fonteni ipsum urbi astuUrunt^ ».
Il admetj ainsi que P. Coquin', P. Cartault^ et beaucoup d'autres qui les ont copiés, que cette fontaine existait déjà du temps de Léonlius, troisième évoque de Sens.
Le curé Rousseau^, parlant de cette fontaine, qui, du parvis de Saint-Etienne, distribuait l'eau dans divers quartiers de la ville, « tant pour les nécessitez ordinaires que pour la délectalion et le plaisir de la veue », trouve que le parvis de Saint-Etienne de Sens méritait plus que tout autre, à cause de cette fontaine, d'être comparé au paradis terrestre, qui donnait naissance aux quatre fleuves Phison, Gebon , ïigris et Eupbrates. Puis il ajouta : « vraysemblablement, ce moyen d'avoir des eaux dans la ville ayant manqué, on a eu recours à la rivière de Vanne, et pour l'attirer dans la ville, on inventa le ru de Mondereau". Ce
* Bibliothèque de Sens, man. 60, î° 26, R". Pierre Buretcau, savant moine célestin de Sens, vivait au commencement du seizième siècle. Il a laissé une Chronique de Sens conservée à la bibliothèque de la ville, sous les n°' 60 et 61 des manuscrits. Cette chronique s'arrête à l'an 1452.
- Pierre Coquin, curé de Saligny, près Sens, mort au milieu du seizième siècle, a laissé deux manuscrits datés de 1552 et 1557. Bibl. de Sens, man. 87 et 88.
^ Pierre Cartault était procureur au bailliage de Sens. On lui attribue deux manuscrits considérables sur VHistoire de Sens. Bibl. de Sens, man. 64 et 65.
* Jacques Rousseau, curé de Saint-llomain de Sens, a composé, de 1682 à 1715, une Hisoire de Sens restée manuscrite. Bibl. de Sens, man. 62 et 05.
^ On appelle ainsi un canal creusé de main d'homme et dérivant de la rivière de la Vanne
AQIEltlir: r.OMAIN IiK SENS. — NOTICE DE M. .11 [.MOT. 181
qui nous fonde en celle croyance, c'esl qu'il y a dans le tillre de pierre' que nous venons d'allcgiiei', qu'il n'y avoit que vingtcinq ans qu'on avoil fait le premier canal pour faire entrer l'eau dans la \ille, qui n'estoil que de bois. El, eu effet, il n'y a guère plus que celte fonlaine a cessé, puisque j'ai ouy dire h des personnes qui n'esloient pas plus âgées que moy', qu'ils y avoieutYCu des canaux et les tuïaux par où l'eau couloil. »
Maucler^ dit que cette fonlaine fui comblée en 1530, et un anonyme, qui écrivait en 1723', désigne comme étant son emplacement un endroit de la place appelé la Pierre au laict, où l'on voit cinq ou six pavés en rond\ Ce dernier fait venir l'eau de la fontaine Saint-Philberl, près Pont-sur- Vanne", et signale des vestiges du canal sur le chemin de Noé et dans le faubourg Saint-Savinien.
au profit de la ville de Sens, un volume d'eau évalué à 5G'25 pouces d'eau par heure, ou 1250 litres par seconde, dans une étude que fit, en 1768, le P. Jacques, minime, par ordre et sous les yeux du cardinal de Luynes, archevêque de Sens. Ce canal commence à Ma- Ijiy-lc-Vicomte et se jette dans rVonne à Sens.
' 11 vient dci citer l'inscription suivante, gravée sur une pierre ovale et placée au-dessus de l'aqueduc, sur la face du mur d'enceinte qui regarde la ville. Cette inscription est aujourd'hui perdue :
QUOD UUIÎI ET CIVIBLS FŒLIX FAUSTU.MQ. SIT. Ax.MS AB III.NC V ET XX QUEM LIONEIS CANALIBUS OPT. REH'. CLRATORES IX URBEM PRIMUM DEDUXERU.M, HLNC VETL'STATE COLLAPSUM AQUJEDUCTL'M .'EjULllS GlBIER, REGIME ADVOCATUS TUlLMVIll, AC DECURIO.NUM PRIMUS, LuDOA ICLS PeSCUELR IURTSCO.NSULTUS NlCOLALS Le LaSSEUR, COGNITOR, FRANCISCUS(]lIEVALLlEr, SaVI.MAXLS DuiORT DECURIO, AC lOAN. lioL'RliOIN PUBLIC. PECUX. PROCURATOR, CÙ.NSIGXATO IX EAJI REM IIeXRIC. FrAXC. REGIS IXVICTISS. DIPLOMATE, loANXE RlCHER PR£FECTUPuE JLOICE PRIMARIO, RoBERTO IIeMARD, CAUSARUM CAPITAL. QU^SITORE, ET ClAUDIO CoUSTE UBBI PP.JîFECTO, REM PUBLICAM FELICITER
MODERAXTIBUS AX.\0 SALUTIS PER ChRISTUM RESTITL'T.E PI BLICA PECOXIA
FACIEXOI'M CURAVEIlUXT.
On ne sait pourquoi la date de MDLVI a été effacée à coup de marteau. Man. 05, liv. I, chap. XI.
2 11 est mort en 1715 ; il écrivait cela en 1G82.
' Maucler (Jules) écrivit, en 1828, 2 vol. in-f° de Mémoires sur Vliisfoire civile et ecclésiastique de Sens, conservés à la Bibliothèque de Sens sous le n° 7.').
* Bibliothèque de Sens, man. n° G 4, p. 188.
5 Celte disposition des pavés n'existe plus. C'était vis-à-vis de la grande porte du palais sjnodal, non luin delà chaussée de la route de Taris à Lvon.
•^ Cette fontaine était déjà connue sous ce nom au douzième siècle. Elle est citée dans une charte de Hugues de Toucy, archevêque de Sens, en faveur de l'abbaye de Dilo (1154).
}Sv INTROnrCTION.
Un anlre niioiiyme' donne nne da le précise, et avance que cette fontaine existait déjà l'an 87, qu'elle « procédoit des fontaines Saint-Philbert à Pont-sur-Yanne elTareille, passant sous terre par un beau canal de ciment », et il ajoute que « par la négligence des gouverneurs, cette eau a perdu son cours. »
Un autre' signale l'existence de l'aqueduc dans le jardin du presbytère de Sainl-Savinien : « Une petite chambre en rond et une voûte large d'environ douze pieds et longue au moins de cent. »
Un autre', dont voici le texte in extenso, fournit de nouveaux et inléressants détails : « Les Romains ne laissèrent rien à la postérité sénonaise que cinq choses qui sont presque effacées : la première estoit un aqueduc basli à perfection, en belles pierres de taille et maçonnerie de la hauteur de six pieds et large de qnatre, qui conduisoil une fontaine d'eaue vive depuis Saint- Philbert', distant de trois lieues de celte ville jusques h un endroit de la grande place qu'on nomme Pierre au lait, jetlant gros comjne le corps d'un homme; laquelle on a laissé démolir depuis que Sens a achepté, du temps de Charles septiesme", le droit du Fai de Mondereau, qui entre dans la ville par la porte Formau, pour la commodité des habitans, et qui fait moudre
plusieurs moulins dehors de la même ville »
(( On pourroit, ajuste raison, blasmer les habilans de cestc ville de n'avoir pas conservé une pièce sy ancienne, qui malgré son peu de curiosité, subsiste en quelques endroits, mais aussy doit-on louer ceux qui se sont elforcés de l'entretenir et empescher sa ruine, comme fit maistre Jacques Du Chats, conseiller au
' Manuscrit n° 106 de la Bibliothèque'dc Sens, p. 2.
- Manuscrit n" 67 de la Bibliothèque de Sens.
^ Manuscrit du siècle dernier, appartenant à M. le comte de Raigeconrt, au château de Fleurigny.
* A côté de la fontaine de Saint-l'hilbert, il y avait un prieuré qui faisait partie du doyenné (le Vanne, et qui rapportait 550 livres à son titulaire. Ka 1555, le prieur était maître Jacques llodoard, curé de Villiers-Louis.
^ Les droits de propriété de la ville de Sens sur le Ru de Mondereau sont hien antérieurs à Charles VK.
AOrEDIC nOMAlX DE SENS. NOTICE fiE M. JILLTOT. tSÔ
pirsiMiiil (le Sens ol niniio. en 1065 cl GG, lorsqii'ayaiil appris fpic monsieur Caillet, conseiller de la cour au Parlement de Paris et seigneur de Tcil, voulant y bastir un chaslean, taschoit de démolir cette pièce sy ancienne et sy bien conservée, en faisant jouer la mine pour en avoir des matériaux, de l'advis des babitans assemblés en riiostcl-de-ville, forma une opposition par devant nos seigneurs dn Parlement de Paris. Ce qui fut encore soublenu au même tribunal en 1680 et 81 par M" Jacques Blénon, maire, et M'"' Claude Bouvier, ancien escbevin, lesquels après plusieurs solliciialions et procédures, furent déboutés de ladite opposition, et depuis chascun en a pris par où il lui a semblé, o
A tous ces documents, j'ajouterai le témoignage d'un maçon qui vient de mourir dans un âge avancé. Cet homme m'a afOrmé elre allé par un souterrain, découvert par les ouvriers de son chantier, depuis la rue du Plat-d'Élain, jusqu'au milieu de la place Saint-Etienne, dans une chambre voûtée d'où rayonnaient dans différentes directions des conduits semblables à celui qui l'avait amené à cet endroit. Pour se rendre compte de la distance parcourue et ne point s'égarer dans son exploration, il avait fait usage d'un cordeau attaché au point de départ. Malheureusement son expédition remontait à quelque soixante ans, et lorsque guidé par lui, j'ai voulu rechercher ces souterrains, j'ai été obligé de renoncer à mon projet à cause des destinations nouvelles données à ces comluils par les propriétaires des maisons audessous desquelles ils se trouvent.
Et enfin comme tous les monuments anciens ont leur légende, voici le sommaire de celle qui me fut racontée par un habitant de Noé, dans une promenade que je fiiisais avec M. Mauroy, archiviste de la Société archéologique, en quête de détails concernant l'aqueduc :
Un roi de Sens, n'ayant pour héritière qu'une fille unique, promit sa couronne et la main de la princesse à celui de ses sujets (jui se montrerait le plus digne. Parmi la foule des prétendants.
deux se firent surtout remarquer : l'un avait entrepris de faire exécuter une triple chaîne d'or qu'il devait suspendre aux murs de la ville par des anneaux de même métal ; l'autre, disait-on, un chemin secret pour aller de la ville au domaine royal de Yareilles.
Quand arriva le terme fixé pour le choix, la chanie restait inachevée ; l'or avait manqué. Mais le travail du second se trouvait terminé; et au grand ravissement du roi, de la princesse et du peuple, qui n'avaient dans leur ville que des puits malsains, ce canal que tous avaient pris pour un chemin secret, amena sur la place publique une gerbe d'eau jaillissante, qui se répandit par toutes les rues en ruisseaux d'une eau pure et limpide. C'était l'eau d'une fontaine que la princesse estimait parmi toutes les autres. L'auteur d'un tel bienfait dont l'histoire a perdu le nom, succéda au vieux roi.
Laissons de côté tout ce qui n'est que problématique, et tâchons de découvrir la vérité.
De tous ces dires il ressort très-clairement que :
1° 11 y avait sur la place Saint-Etienne de Sens, entre la grande porte du palais synodal et la chaussée actuelle de la roule de Paris à Lyon, une fontaine alimentée par des tuyaux et dont il doit rester des constructions souterraines. Une fouille trancherait la question.
2° La construction de celte fontaine remonte aux temps les plus reculés, puisqu'on en signale l'existence sous le pontificat du successeur immédiat des apôtres de Sens, S. Savinien et S. Potencien, c'est-à-dire au premier siècle de l'ère chrétienne selon les traditions de l'église de Sens, au troisième siècle selon la critique moderne. Ne nous arrêtons pas à trancher la question des dates, nous y reviendrons plus loin.
3° Celte fontaine n'aurait disparu d'une manière définitive que vers la fin du seizième ou au commencement du dix-septième siècle, puisqu'en 1680, le curé Piousseau avait reçu le témoignage de personnes plus âgées que lui, qui avaient vu des
AQUEDUC l'.OMAIX DE SENS. — NOTICE DE M. JULLIOT. 185
rniinux eUles tuyaux de cette fontaine. Mais depuis quand l'eau avait-elle cessé de couler? C'est ce que nous ne trouvons écrit nulle part. Nous essaierons plus loin d'élucider celte nouvelle question et de discuter les suppositions du curé Rousseau.
4° Tous les chroniqueurs sont unanimes pour dire que l'eau qui alimentait cette fontaine, venait des sources situées à l'est deSens, dans la vallée de la Vanne, soit de la fontaine Saint-Philberl, soit de la foulaine de Vareilles. Dom Morin, abbé de Ferrières, dans son Histoire générale des pays de Gastinois, Sénonois et Hurepois, imprimée l'année de sa mort en 1630, ne fait, eu parlant de celte fontaine, page 639, que traduire le passage précédemment cité du céleslin Bureleau. Page 599, il avance, entre autres récits erronés et imaginaires, et cà propos des eaux qui baignent la ville de Sens, un dire qu'il semblerait puéril de réfuter, si les auteurs de Gallia Cliristiana ne l'avaient reproduit en partie '. « Ayant choisi, dil-il, un lieu de belle assiette et fort agréable, il (Samothès) y jetta les fondemens d'une belle et spacieuse ville qu'il nomma Aleuze, ayant eu esgard aux rivières et ruisseaux qui s'escoulent celle part, comme sont celles d'Yonne et Vannes dans laquelle rivière descend la Lamboye, et par l'industrie des hommes, ceux de Sens depuis deux cens ans ont trouvé le moyen de faire passer un ruisseau par toutes les rues de leur ville, ayant arresté ladite rivière de Vannes, dans les fossez de Chisi entre deux collines. »
André Ducliesne, dans ses Antiquités et recJierclies des villes, chasteaux et places les plus remarquahles de la France, 1609, tient à peu près le même langage avec moins de détails. Il prétend que « le fleuve de ruisseaux » qui baignent les rues de Sens viemieiit « d'un lac de dehors, près lequel se remarque une
' //( Bur(jiiiidi(i' (inibiis sila nrhs Sciioimin de iiobilihus iltius provinciae iiohilis dicilur in clironico Ccntiilcnsi, qiia' in Aiilissiodorcnsi Galliœ urbs prœ cœfeiis insignis iam (ifflucnlia opuni quamconjluenlia populontni niinc vcro ampla salis civilas decoralnr aquis jH'r plairas arlificio jlucnlibus el vias mundanlibiis a Laniboija qui in Vcnnam decidit dcrimlis per aqiuv dudus in urbem exlra quant anliqua supersunl œdificiorum vesCujia. (Call. Christ, t. XII.)
source où les eaux se durcissent naturellement en pierres. »
La Lamboye, le lac et le barrage de Cbigy doivent être rejelés dans le domaine des chimères. Quanta la fontaine pétrifiante, on a\oulu y reconnaîlre la fontaine de Yéron; mais les eaux de cette fontaine ne déposent pas des concrétions beaucoup plus abondantes que les eaux de la Yanne, malgré la réputation qui leiu* a été faite.
5" Enfin, l'opinion générale des chroniqueurs sénonais est aussi que les aqueducs souterrains qui alimentaient la fontaine du parvis Saint-Etienne, doivent être attribués aux Romains, et qu'on doit les reconnaître dans ces substruclions si difficiles à démolir qu'on rencontre dans les caves du faul)0urg Saint-Savinien et le long du chemin de Malay-le-Yicomte à Noé.
Yoilà tout ce que nous pouvons tirer des anciens chroniqueurs du pays, passons maintenant aux recherches entreprises par les investigateurs modernes.
Lors du congrès archéologique tenu à Sens en 1847, la Société archéologique de cette ville présenta, sur les aqueducs romains découverts à Sens et aux environs, un rapport incomplet, le temps et l'argent nécessaires pour des explorations ayant manqué. On signala cependant un premier aqueduc connu sous le nom de Conduit de Saint-PhUbert ; un second plus moderne, qui se dirige dans le vallon situé au sud de Malay-le-Yicomte vers la Faucauderie; un troisième, très-petit, entre Paron et Gron, à 5 kilomètres en amont de Sens et semblant se diriger vers des constructions romaines découvertes dans la plaine non loin d'un endroit appelé le port de Salcy; un quatrième, k 2 mètres audessous du sol actuel de la ruelle aux Loups, dirigé du S-S-E auN-N-0; un cinquième, longeant le faubourg Saint-Savinien (ce n'est vraisemblablement qu'un tronçon de l'aqueduc Saint- Philbert, non rattaché à la portion signalée entre Noé, Malay-le- Yicomte et Sens) ; et enfin,, un sixième, parallèle à la grande rue et situé sous les maisons au sud de celte rue.
Les détails fournis alors sur l'aqueduc qui nous occupe, furent
\0l RDIC ROMAIN DK SKNS. — NOTICF, DE M. IILMOT. IS?
hvs-siiccincls, ol en parlic incxacls. Un \^i\u l'ail par M. E. Amé, ancien coiuliiclenr tics ponis el chaussées à Sens, aujourcriuii ai'cliitecte à Aurillac, fui indique comme ayanl été envoyé au ministère de l'inlérieur.
J'ignorais lous ces détails quand j'entrepris de relever le plan de cet aqueduc; je ne connaissais que la tradition populaire. Les manuscrits que j'ai cités n'étaient pas encore déposés à la bibliothèque de Sens, et quand j'eus connaissance du rapport ])résenté le 51 mai 1847, au congrès archéologique de Sens, j'allais abandonner mes recherches comme faisant double emploi. J'écrivis alors à M. Amé pour lui demander quelques détails, et je vis par sa réponse, en date du 26 mars 1869, qu'il restait encore beaucoup à faire.
J'avais copié une partie des cartes du cadastre, pour y reporter les points où j'avais reconnu l'aqueduc; je continuai et je réunis ainsi treize feuilles aux échelles de ^k et io> formant un ensemble de 11 mètres de longueur. Comme l'aqueduc est presque toujours souterrain et que les fonds me manquaient pour faire exécuter des sondages, je guettais chaque année les moments où la chaleur fait souffrir les cultures, pour lire sur le sol le tracé de l'aqueduc dessiné par les herbes flétries ou les blés jaunis avant le temps. Avec de la patience, du temps, bien des courses, bien des questions posées aux cultivateurs des champs, je parvins à dessiner sur le papier le plan de l'aqueduc. Des recherches dans les maisons et les jardins de Sens (faubourg Saint-S.ivinien), de Malay-le-Yicomte, de Noé et de Theil, me permirent d'ajouter à ces données; il ne me restait plus que certains raccords à trouver, lorsque M. l'ingénieur Humblot', témoin de mes recherches, voulut bien ni'encourager, en me promettant de faire faire le nivellement, dès que j'aurais teiminé le plan.
L'invasion suspendit mes recherches et le nivellement ne fut
^ Alors moiiilnv lihihiin' do la Société nrchéolopiquo de Sens.
mis à exéciilion que pendant l'anlomne de 1875. Il fallu l alors non-seulement mettre à découvert la maçonnerie dont mon plan indiquait le tracé, mais en plusieurs points, percer la voiile pour arriver au radier. Ce travail permit de reporter au plan quelques points restés douteux.
Voici maintenant le (racé fidèle de cet aqueduc *; je partirai de la ville pour remonter aux sources.
Dans la ville rien de certain à signaler, si ce n'est une cave située sous une maison de la rue Cliampfeuillard, n° 40. Elle est bâtie en mêmes matériaux que l'aqueduc, mais elle a toutes ses dimensions plus grandes. Elle bule contre le mur d'enceinte de la ville qu'elle ne franchit pas et se trouve à 55 mètres au sud de la Porte Formau. J'ignore quelle pouvait être l'utilité de ce souterrain ; je ne puis pas même aflirmer qu'il eût quelque rapport avec l'aqueduc de Saint-Philbert, bien qu'il se trouve sensiblement dans sa direction. L'absence de toutes ruines de l'aqueduc dans l'enceinte fortifiée ne peut s'expliquer que par celle raison que, situé au-dessus du sol et à plusieurs mètres de hauteur, ce canal, devenu inutile et gênant, aura été démoli et ses matériaux employés dans les constructions.
Hors de la ville, on peut encore voir les restes à fleur du sol des substructions de l'aqueduc le long du fossé [Petit ru Saint- Pliilbert), qui sépare le Pré de l' Hôtel-Dieu (anciennement de l'abbaye de Saint-Jean) des jardins qui cnioiwenlV Enclos des Célestins (sondes portant sur la carte les n"' 55 et 54). J'ai vu démolir une grande longueur de ce mur, qui devait élever le radier de l'aqueduc à 4 mètres au-dessus du sol actuel. Du confluent du Petit ru Saint-Philbert avec le ru de Mondereau, l'aqueduc se dirige en ligne droite à travers les jardins de V Étoile, sur l'ancienne abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, aujourd'hui le Bon-Pasteur, en coupant une seconde fois le Ru de Mondereau, un peu au-dessous de la sonde n" 54. Mais arrivé aux maisons qui forment le côté sud du
* Voir la carie.
VQLKDLC RUM.VIiN DE SENS. - .NOTICE DE M. .11 LLIOT. 189
faubourg Saiiit-Saviuieii, il change de direclion, rcslc sous ces maisons i)arallèlemcnl à la rue du faubourg jusqu'à la ruelle de la Planchc-Barrault (s. n"' 53, 52 et 51), fait un nouveau coude, et traversant les ruelles de la BcUe-Epine et du Paradis, el la propriété de la Planchc-Barrault, passe sous le chemin de ter d'Orléans à Clialons, aflleure le sol au tournant du C//f'm/// des Bas-Musats (s. n" 50), côloie ce chemin, et entre sur le finage de Malay-le-Yicomte, en longeant la ligne séparative des propriétés qui aboutissent au Chemin Bas d'avec celles qui sont immédiatement au-dessus (s. n°' 49, 48 et 47). Yis-à-vis la borne 115,4 de la route de Sens à Troyes, l'aqueduc coupe cette ligne pour se rapprocher de la route et la suivre parallèlement de la borne 115,7 à la borne 114. Sa distance au fossé n'est alors que de 15 mètres (s. n" 46), un léger coude l'en éloigne de 44 mètres (s. n" 45) et par une inflexion en sens inverse, il vient passer sous la roule entre les bornes 114,5 et 114,4. On trouve la voûte au fond du fossé nord de la route à l'endroit oii débouche le Chemin des Grèves (s. n°44bis). Il revient alors brusquement par-dessous la roule dans une sablière où l'on peut le voir suspendu connue une énorme poutre. On y a pratiqué une ouverture qui permet de le parcourir à l'intérieur sur une longueur de 160 mètres entre les sondes 44 bis et 44. A partir de cet endroit (s. n"' 44, 45 et 42), l'aqueduc redevient parallèle à la route jusqu'au chemin de Malay-le-Yicomle. Il forme alors (s. n" 42) un angle obtus et se dirige en ligne droite vers les moulins, en suivant le fossé du chemin et le sentier qui part de la Croix Sai)itc-Mar' (juerite (s. n" 42, 41 et 40).
Entre cette croix et les moulins, on voyait, il y a quarante ans, une solide muraille « ayant plus de 2 mètres d'épaisseur et encore élevée au-dessus du sol d'environ 2 à 3 mètres sur une longueur de 60 mètres ta peu près. L'appareil de cette construclion, aujourd'hui détruite, était le même qu'on admire à Sens, c'est-à-dire de petites pierres cubiques divisées i)ar des cordons
190 I.MKODUCTION.
en briques \ » Celte muraille, connue dans le pays sous le nom de Mur des Sarrasins, n'était autre chose qu'une substi'uction qui soutenait le canal à la bauleur voulue pour éviter ce que l'on appelle improprement aujourd'hui un siphon. Il n'en reste plus qu'un fragment au niveau du sol sur une longueur d'environ 15 mètres (s. n" 40) ; un fossé indique l'emplacement de la partie récemment détruite".
On ne retrouve rien du pont sur lequel, en cet endroit. Taqueduc franchissait la rivière de Vanne (s. 39), et qui ne devait être qu'une arcade se reliant à la substruction, dont nous venons de parler. Celle-ci traversant tout le village actuel, en suivant la rue des Moulins, où l'on en voit des vestiges de place en place (s. n"' 59, 58, 57 et 56), se rendait aux lieux dits Le fossé des Caves et les Caves'. Avant d'arriver en cet endroit, il faut franchir un second bras de la Vanne qui fait le tour du village; et sur les talus de ce fossé, deux massifs de béton marquent son passage (s. n°' 56 et 55). Je ne saurais dire si ce fossé est anlérieur ou postérieur à la construction de l'aqueduc. Au lieu dit les Caves (s. n° 54), l'aqueduc fait un coude, suit un talus très-prononcé, et s'en va presque en ligne droite traverser le chemin de Malay aux Fleuris, à l'endroit où prend naissance le chemin de VArvant (s. n° 52) ; là il redevient souterrain, après être resté au-dessus du sol pendant près de 2 kilomètres.
C'est non loin de là, dans le vallon qui t^'ouvre au sud, que Ton rencontre le second aqueduc signalé au congrès de 1847*. Ce petit aqueduc, plus élevé que le premier, amenait-il dans l'artère principale les eaux d'une fontaine aujourd'hui disparue? Les amenait-il au village de Malay-le-Vicomte? Ce sont là deux suppositions permises, bien qu'elles soient en coniradiction avec les traditions locales, qui le considèrent comme une dérivation
' A mutai re de l'Yonne. 1845, p. 144.
- L'habile ciMyoïi de notre regretté V. Petit nous a conservé un dessin de ce inur tel qu'il existait vers 1850.
'' Ces dénominations semblent tirées de la présence de l'aqueduc. ■* Au ]ioint A de la carte.
AOLEDLC HUMAIN DK SENS. — NOTICE UE M. JLLLIOÏ. l'Jl
(le l'aqueduc Saint-Pliilberl, alhiiil roiniiii" dos eaux à une liabilaliuu doul ou ne saurait lixer l'aucieu emplacement '.
A partir de cet endroit, l'aqueduc suit le pied des fricliesde la colline de Chaumont (s. n"' 5"2, 51 et 50), puis traverse les terres cultivées qui viennent aboutir au chemin de Malay à Noé (s. n"' 50 et 29), s'adosse à un lalus qui longe la roule (s. n" 28 et 27) et traverse un lieu dit le Conduit (s. n"' 26 et 25). Celle fois, l'origine du nom n'est pas douteuse. A 150 mètres du talus, on peut pénélrer dans l'aqueduc par un éboulement (s. n° 26), et 270 mètres plus loin, par un regard construit récemment un peu au-dessous du four à chaux (s. n° 24).
A quelque dislance au delà de la fontaine de Saint-Martin, au-dessus de laquelle il passe, sans la prendre, l'aquednc entre dans le territoire de Noé (s. 22), en restant toujours au sud du chemin. Deux regards (s. 21 et 20), situés à 245 mètres l'un de l'autre sur la Cote Bréjeau, permettent d'en visiter l'intérieur. 11 passe alors sous la Montagne du Clos, il en reste un témoin sous le talus au tournant de la route (s. n" 19); puis on en perd la trace, attendu que, pour traverser le Pré du Clos et arriver au nord des maisons du liameau du Clos-de-Noç où on le retrouve % il devait être porté par des substrnclions qui ont disparu sous le marteau des démolisseurs. Ces subslructions pouvaient bien avoir ici une longueur de 150 à 1(S0 mètres.
Au delà de ce hameau, un troisième regard, situé à 50 mètres au nord du chemin de Noé et à 9'", 40, à l'est de la Rtœlle de la Paillarde (s. n" 18), avait été signalé et dessiné par M. Amé. A partir de ce regard, la direction de l'aqueduc est une ligne sensiblement droite (s. n"' 18, 17, 16 et 15), qui se dirige vers le bassin de la fontaine de Noé (s. n" 14). Cei)endant il fait dans le village même un coude (jui le force à passer deux fois sous le
« Celle dernière hypotlièse est inadmissible, puisque le radier de l'aqueduc principal au chemin des Fleuris, est à l'altilude 8i,71, et qne celui du [letit a({ucduc de la Faucaudrie est à l'altitude U0,I7, et par conséquent beaucoup plus élevé; la première hypothèse de M. Julliol est évidemment la plus probable. E. U.
' Ce point n'est pas indi(pié sur la carte.
192 l-XTRODUCTION.
même chemin près du carrefoar qui mène à l'église; et dans les travaux d'enlrelien de ce chemin, M. Carré, agenl-voyer de Sens, le découvrit dans le talus au sud-est du carrefour, non loin de la sonde n" 16.
L'ancien hassin de la fontaine de Noé n'existe plus ; le mur romain qui traversait ce bassin, et qu'en 1847 M. de Magnitot indiquait comme substruction de l'aqueduc, mais qui n'était vraisemblablement qu'une des parois du bassin de construction romaine, a disparu aussi. Par suite de travaux effectués par la ville de Paris le niveau des eaux a été abaissé d'environ 5 mètres ; mais ce qui existe encore en son entier, c'est le travail fait par les Romains pour capter la source dont les griffons se trouvent sous le chemin acluel de Noé à Theil. Au pied d'un mur de 15 mètres de longueur, qui s'élève du fond du bassin pour soutenir le chemin, on voit encore six baies formées chacune de deux pierres reposant directement sur la craie du sous-sol, et d'une autre pierre plus grande formant linteau (pag. 209 et 210). Par ces ouvertures en forme de canal, présentant une largeur moyenne de 25 à 50 centimètres, une hauteur de 50 à 60 centimètres et une longueur que je n'ai pu mesurer, l'eau arrivait de la source dans le bassin romain, qui devait recevoir d'autre part les eaux amenées d'amont par la partie supérieure de l'aqueduc. Au-dessus de ces baies le mur est encore revêtu du petit appareil déjà remarqué sur le mur des Sarrasins à Malay-le-Yiconite.
Au delà de la fontaine et dans les champs immédiatement adjacents au village, on n'a aucune donnée certaine; mais à 200 mètres des maisons, on retrouve l'aqueduc toujours au nord du chemin et à une distance qui varie entre 15 et 30 mètres (s. n°M5etl2).
Avant d'entrer dans le village de Theil, il coupe le chemin, puisqu'on le rencontre dans la cour de Durand Pierre, première maison à droite en entrant dans la grande rue (s. n° 11). 11 doit rester alors au sud de la rue, et s'en aller en ligne droite gagner la source du Miroir, dont il devait en passant recueillir le tribut.
AQUEDUC ROM.VIN bE SK.\S. — .XOTICK DK M. Jl LLIOT. 193
11 est vrai que je n'ai ici aucune donnée certaine; mais lorsqu'on (il, dans la grande nie deTlieil, une tranchée pour l'établissement du canal, qui doit conduire au Moulin de la Forge, les eaux du Château, notre aqueduc ne fut point rencontrée D'autre part, j'ai vu près de la fontaine du Miroir, des ruines d'origine évidemment romaine, et le procès intenté par la ville de Sens de 1665 à 1681, au seigneur de Theil, et dont j'ai parlé plus haut, semble bien indiquer le passage de l'aqueduc dans l'intérieur du parc ou des dépendances du château, dans l'enceinte desquelles se trouve précisément la source du Miroir.
Au-dessus de cette fontaine, l'aqueduc coupe obliquement la route, passe derrière les maisons du village (s. n"" 9, 8 et 7), et arrivé à la hauteur de la Malotrie (s. n" 6)% fait une légère courbe à travers le Cliamp de la Pie (s. n° 5) et les Terres noires (s. n" 4), et vient rencontrer le chemin de Cerisiers à Pontsur -Vanne (s. n°' 4, 5 et 2) à 245 mètres au sud du déversoir de la l'onlaine de Sainl-Philbert (s. de 9 h 2). Une fouille pratiquée en cet endroit a permis de constater l'existence d'un coude dans la direction de la fontaine (s. n° 2). Au delà du chemin dans la direction de Vareilles, je n'ai plus rien trouvé.
La longueur totale de l'aqueduc, d'après les cartes du cadastre, est de 13 à 14 kilomètres, de la fontaine Saint-Philbert à l'endroit où il se croise avec le ru de Mondereau, c'est-cà-dire à 100 mètres de l'enceinte romaine de Sens.
Il ne me reste plus qu'à examiner si l'on peut fixer la date de cette construction et celle de sa ruine. Et d'abord est-il possible d'accepter cette tradition qui considère la fontaine du parvis Saint-Etienne comme contemporaine de l'évèque Léontius?
Si nous admettons, avec l'église de Sens, que ses premiers a[)o-
' D'iipi-ès noire plan et notre jirofil, l'aqueduc a été trouvé [iresque ou face de la source, dans la rue de Tliod. e. b.
- Le cadastre écrit Malotrie, ainsi que la carte d'état-niajor. On trouve aussi pour le nom de cette ferme MaUiorlie et Malhcurlis. On peut ra|)[iroclier de ce nom ceux de deux autres fermes de l'Yonne la Malailerie, conunune de Itoj,'n\ , et la Malletlerie, commune de Villefranche.
1res sont des soixanle-douze disciples de Notre-Seigneiir, et oui été envoyés dans les Gaules dès le premier siècle, Léontius, leur successeur immédiat, appartient à la seconde moitié du premier siècle, et par conséquent la construction de notre aqueduc remonte aux premiers temps de l'empire romain. Mais à quel empereur faut-il attribuer l'honneur de ce travail?
Une seule inscription du premier siècle se rencontre dans le Musée Romain de Sens; elle a été trouvée dans la rivière d'Yonne à Sens même, il y a trente ans. La voici :
DIVI ^EPOTI rOMIFICI COS. IMP. PRINCIPI.
IVVENTVTIS TAS SE.NOJIVM
Je l'ai étudiée en 1864, et à la suite dune discussion qui se trouve insérée dans le Bulletin de la Soeiété archéiAogique de Sens, t. IX, je l'ai attribuée à Caius ('ésar, fils d' Agrippa et petit-fils adoptif d'Auguste, et j'en ai proposé la restitution suivante :
C. CJiSARI AVG. F. UIVI NEPOTI POMIFICI AVC. COS. IMP. PRINCIPI IVVENTVTIS CIVITAS SE50>VM
A Caius César, lils d'Auguste, petit-fils du dieu, pontife, augure, consul, imperator, prince de la jeunesse, la cité des Sénonais.
Je ne voyais pas alors à quel titre la cité des Sénonais pouvait avoir élevé ce monument au petit-fils d'Auguste, et je l'attribuais à la colonie romaine qui, après la conquête, était venue s'implanter dans Agendicum, et se décorait du titre de Civitas Senonum. Mais s'il n'est pas téméraire de faire remonter la construction de l'aqueduc Saint-Philbert au règne d'Auguste et à radministralion brillante d'Agrippa, son gendre, et son lieutenant dans les G;iu!es,
AQUEDUC ROMAIN IlE SKNS. — NOTICE DE M. JILLIOT. I'j5
011 pourrai l peiU-ùlrc trouver, dans l'exécution de ce beau travail, un des motifs qui ont porté les liomains et les Séiionais d'Agendicnm à élever au jeune fds d'Agrippa, petit-fils d'Auguste par sa mère et son fds adoptif, un monument, une statue, dont il ne nous reste que rinscription, et qui était un témoignage de leur reconnaissance envers Auguste et Agrippa.
L'aqueduc, en effet, ne devait pas seulement, comme le disent les chroniques, alimenter une simple fontaine, un cliàteau d'eau sur la place publique; il devait nécessairement desservir les Thermes, la Naumachie et peut-être les Arènes et le Camp prétorien. En s'éloignant de la mère-patrie, les colons avaient dû apporter leurs habitudes, conserver leurs goûts, et chercher à tout prix les moyens de les satisfaire. Aussi tous les établissements énumérés ci-dessus surgirent-ils rapidement dans la ville romaine qui s'éleva sur l'emplacement de la capitale des Gaulois Sénonais*.
Si nous reportons, avec les criliques du siècle dernier, l'arrivée des saints Savinien et Potentiea dans la Scnonie au milieu du troisième siècle, nous sommes obligés de rejeter la date de l'an 87 donnée par nos chroniqueurs au poulilicat de Léontius et de le placer à la fin du troisième siècle. Celte transposition n'infirme pas notre première hypothèse, puisque l'aqueduc construit au premier siècle pouvait encore exister deux cents ans plus lard ; mais elle nous permet d'en proposer une nouvelle qui semble offrir plus de probabilité.
Une autre inscription, malheureusement incomplète, a été trouvée dans les fortifications romaines de Sens. Elle se trouve aujourd'hui avec la précédente dans le musée romain de cette ville. Certainement gravée pour perpétuer le souvenir de personnages
' I/oinplacenienl des Thermes a été reconnu promenade Saint-Didier ; celui des Arènes est encore indiqué par une dépression ellipti(|ue et des ruines au faubourg Saint-Savinien (RuU. dv lu Soc. arch. de Sens, 1851) ; quant à la Naumachie, on l'a placée dans un enclos attenant au cimetière actuel cl appelé le Clos de Dcllenave. Le camp prétorien se trouvait au sud du conlluent de la Vanne et de IVonnc; on lui donne aujourd'hui le nom de la Molle du Ciar (Congrès archéologique de Sens, 1847).
qui ont marqué leur passage dans les charges publiques par des travaux importants, elle nous donne la dale de l'un des établissements de la cité romaine. Voici ce fragment, déjà publié en 1867 avec les autres inscriptions du Musée gallo-romain de Sens :
GERM • DAC • XVS F.T T • prI^c
VS ET AMBVLAr E.T OLEVM P.INP
GERM. DAC. sont là pour GERMANico, DACico; sumoms qui ne conviennent qu'à l'empereur Trajan. Notre monument, quel qu'il soit, a donc été inauguré sous son règne et dans la période comprise entre son triomphe sur Décéballe, roi des Daces, l'an 103, et sa mort arrivée l'an 117.
La seconde ligne nous donne les noms de deux personnages....
nus et T. Prise Je voudrais pouvoir y reconnaître les noms
de deux consuls de l'an 109 : Publiiis Àelius Hadrianus et M. Trebatius Priseus^ donnés par Henzen (t. 111, p. 97 de la table renvoyant au n" 2471 d'Orelli), et je serais bien tenté de le faire. 11 suffirait décrire P. aelivs //ammxys et t. priscfs; mais je ne pense pas que le sigle t. puisse se lire Trebatius. Ces noms doivent être ceux de deux magistrats de la cité, édiles ou duumvirs. La troisième ligne constate l'exécution de travaux publics, parmi lesquels des promenoirs, ambidationes . La quatrième, des largesses faites au peuple à propos de l'inauguration de ces travaux, entre autres une distribution d'huile*.
Rien ne peut, au premier abord, nous autoriser à penser que cette inscription ait quelque rapport avec notre aqueduc; il semble même qu'elle s'applique au théâtre. En effet, on lit, dans Yitruve, que dans toutes les villes qui ont possédé des architectes habiles, on \x)it autour des théâtres, des portiques et
1 Une inscription contemporaine de Vespasien, trouvée à Turin, se termine par ces mots
nie oc DEDICATIONEM STVATAP.VM EQVESTRIS ET PEDESTUIS OLIiVM PLEIJEI MRIVSQVE SEXVI DEIHT.
Urellius, f, 748.
AQUEDIÎC lidMAIN DE SENS. - NOTICE DE M. .HLLlOT. li^T
(les promenoirs, a c^rterisque civitalibus, quae diligeniiores liabueiiinl arcliileclos, ciioa tlicalra sinl poilicws et «mh^/ationes'.)) Or, quand une ville dépense de grandes sommes pour construire, embellir ou restaurer un Ibéàlre, elle a dû pourvoir avant tout aux établissemenls de première nécessité. Et je m'imagine que chez les Romains des deux premiers siècles, les thermes devaient passer avant le ihéàtre, panem et circenses. Si donc le théâtre est construit, restauré ou embelli vers l'an 109, les thermes existent déjà ainsi que l'aqueduc qui les alimente.
Mais si nous examinons de plus près cette inscription, nous nous convaincrons qu'elle s'applique mieux à des thermes qu'à un théâtre. Les thermes en effet comprenaient, outre les salles destinées aux bains de toute sorte, à la lecture, à la conversation, auxjeux et aux exercices gymnasliques, des galeries couvertes, des promenoirs à ciel ouvert'. Les portiques? et les promenoirs de notre inscription peuvent être ceux des thermes. Et ce qui appuie cette manière de voir, c'est la distribution d'huile qui s'y trouve mentionnée. Celte distribution n'est pas isolée, comme dans l'inscription de Turin; elle est accompagnée d'une autre largesse mentionnée précédemment et suivie de la conjonction ET qui commence la quatrième ligne. Elle n'est probablement que le complément de bains accordés gratuitement et à
leurs frais propHis inpensis {sic) par les magistrats 7ms et
T. Prise Pline le Naturaliste etOrelli justifient cette assertion.
Le premier nous rapporte qu'Agrippa fit construire à Rome cent soixante-dix bains, et que pendant l'année de son édilité, le peuple y fut admis gratis; il ajoute : aujourd'hui le nombre de ces établissements gratuits s'est augmenté à Tinfini à Rome". Le second donne, sous les n"' 20*2, 2525, 2526, etc., dos inscriptions mentionnant des bains offerts gratuitement au peu-
* ViTRUVE, lib. V cap. IX.
- BaLINEIM, CAMPUM, PCIITICUS AC AQUAS IISQLK ICARl'M AQUAliUM ïlliO DUOENDARUM. OrellillS, 1,