AOUEDUC ROMAIN DE SENS. — DÉTAILS TECHNIQUES
revelii d'un cnrinit, composé de cliaux grasse et do brique piléc, comme Ions les enduits des maçonneries romaines. Les dimensions de cet ouvrage sont, du resle, presque les
Coiipo de l'aqueduc entre Noé et le vallon des Fleuris, sonde n° 10.
mômes que celles de l'aqueduc de Malay à Sens. Les pieds-droits n'ont pas de fruit et pour simplifier la pose des cintres de la voiile, on a élargi un peu l'aqueduc au niveau des naissances. On a ainsi pu supprimer les cadres en bois, qui nécessairement ont été employés pour soutenir le cintre dans la construction de l'aqueduc entre Malay et Sens.
Dans les coupes de l'aqueduc données ci-dessus, les voûtes sont en moellons de grés grossièrement appareillés en voussoirs; le reste de la maçonnerie est formée de cailloux de craie, de mortier de cbaux grasse et de sable de carrière. Il faut attribuer la bonne conservation de l'aqueduc à la grande perméal)ilité du sol : le mortier a durci tranquillement sans être délayé ni })ar les eaux extérieures, qui jamais n'ont pu séjourner dans la tranchée où l'aqueduc a été construit, ni par les eaux inté-
rieiires clans les parties revêtues d'un enduit. 11 n'est pas aussi facile d'expliquer la conservation de la chaux dans les parties d'aqueduc où l'enduit manque, par exemple entre la Fancaudrie et Sens,
F.nduit dn mortier de riiaux grasse et Je briques piîccs
i'.«' ?ïs«ïi«twaèe3,i^îii^^^^3a^sae2a!
Coupe en long rlc Taqueduc et regard à 792 mètres en aval de de la source de Noé.
La coupe qui précède est celle de l'aquednc entre Saint-Philbert et Malay; elle fait voir la disposition des regards. L'ouverture est de forme carrée, de 0'",66 de côté et de O'",!^ de hauteur, puis elle devient cylindrique et de 0'",45 de diamètre sur une hauteur de 0"',40. Elle est pratiquée dans un bloc de craie de forme carrée de r",20 de côté et de 0'",55 d'épaisseur; en dessous, la cheminée a la dimension ordinaire de nos regards, 0'",80.
AQUEDIT ROMAIN DE SENS. — DÉTAILS TEf.HMOUES. 210
Mais ce qui csl Irès-original et que je n'ai vu dans aucun dessin d'aqueduc, c'est que la fermeture était opérée par un tampon égalemeni en craie compacte, taillé en forme de bouchon. La manœuvre de ce tampon devait être fort difficile, et il est probable qu'on s'était donné cette gêne intcnlionnellement, pour empêcher des habitants du voisinage de découvrir les regards pour puiser de l'eau dans l'aqueduc.
Distribution (le Veau. — D'après M. Julliot, on n'a découvert jusqu'ici aucune trace de distribution dans l'intérieur de la ville, ni chaleau d'eau, ni conduite en plomb.
On ferait cerlainement des découvertes intéressantes en ouvrant des tranchées longitudinales dans les principales rues. D'après la règle admise dans la plupart des villes romaines, il y avait un château d'eau à l'entrée de la ville : Cumqiie venerit ad mœnia efficiatur CasteUum, dit Vilruve. En jetant les yeux sur le profil de l'aqueduc, on voit que le radier de ce château d'eau devait être à l'altitude 77'", 69; cette cote permettait de faire une bonne distribution de rez-de-chaussée dans toute la ville; en effet, le point le plus élevé de la Grand'Rue, d'où sort aujourd'hui l'eau du Mondereau, qui sert à laver les rues de Sens, est à l'altitude 75"\17. — Le pavé de la place de la catbédrale où se tiouvailla dernière fontaine dont il est question dans la description de M. JuUiot, esta l'altitude 74"\39. Le point le pins bas des rues à arroser est, près du pont de FYonne, à 68'%69; enfin, l'étiage de l'Yonne, au pont de Sens, est à 62"\45.
Le sol de la ville s'abaisse donc presque régulièrement depuis le point d'arrivée de l'eau au faubourg Saint-Savinien, jusqu'à l'Yonne, condition très-favorable pour faire une bonne distribution, et quoique l'aqueduc arrivât dans la ville à une très-petite hauteur au-dessus du pavé de la rue, l'eau devait atteindre facilement tous les rez-de-chaussée. Les anciens ne demandaient pas autre chose à leurs aqueducs. Je ne crois pas qu'ils aient jamais fait des distributions d'étages.
Il n'est pas probable que l'eau ail été conduite depuis le château d'eau jusqu'à la fontaine de la place de Saint-Élicnne, par la galerie souterraine découverte, suivant le récit de M. Julliot, entre la rue du Plat-d'Etain et celte place. L'eau aurait été forcée dans cette galerie, au moins à son arrivée à la toniaine; jamais les Romains n'ont fait de conduites forcées en maçonnerie, par la raison bien simple qu'ils ne connaissaient pas la chaux énergique et à prise rapide, improprement nommée ciment romain. Ou bien Taqueduc était en relief au-dessus du sol, soutenu par des substructions, ou bien la distribution se faisait, à partir du château d'eau par des conduites en plomb [fistulx) ou en poterie [tuhuli). Cette dernière hypothèse est la plus probable et quelques tranchées ouvertes dans les rues de Sens lèveraient la difficulté.
La galerie dont il est question ci-dessus était simplement un égout : des ouvrages de ce genre étaient indispensables dans le voisinage des châteaux d'eau et des fontaines, en raison de la grande abondance de l'eau dérivée. Sans cela les rues de Sens auraient été constamment, non pas lavées comme elles le sont encore aujourd'hui, mais submergées.
Il est à croire que les quatre sources qui alimentaient l'aqueduc pendant la domination romaine, furent, à partir de la grande invasion des Francs, successivement détournées de l'aqueduc par les enlreprises des riverains. Ainsi dans les textes recueillis par M. Julliot, il n'est jamais question des sources de Noé et du Miroir de Theil : les fontaines de Sens étaient alimentées, suivant ces anciennes chroniques, par les sources de Yareilles et de Saint- Philberl. La légende conservée dans le souvenir des vieillards du pays ne parle même que de la fontaine de Yareilles. J'ai dit plus haut qu'il suffisait de quelques coups de pioche pour jeter Noé hors de l'aqueduc; quoiqu'il fût plus difficile d'en détourner la source du Miroir, il est assez probable que le seigneur de Theil ne se gêna pas beaucoup, aux époques si troublées du moyen âge, pour s'approprier une si
AQUICDUG ROMALN DK SENS. — DETAILS TECHNIQUES. 221
belle source. 11 suffisait d'une simple négligence d'entretien pour faire relomber Saint-Philbert dans le marais de la Vanne. Yareilles, qui jaillit d'un gouffi'e profond, (Vun bîme, disent les gens du pays, résista plus longtemps aux entreprises des riverains, et c'est pour cela sans doute qu'il est surtout question de cette source dans les chroniques et les légendes. Gela veut-il dire que c'est la dernière qui resta dans l'aqueduc !
Ru de Mondereau. — D'après le récit de M. Julliot, l'aqueduc a porté ses eaux aux fontaines de Sens^ jusqu'à l'époque cil fut ouvert le ru de Mondereau, date un peu incerlaine, mais qui paraît remonter au commencement du treizième siècle.
J.a ville puise 40 litres d'eau par seconde dans le ruisseau pour laver les rues, où l'eau coule jour et nuil. 11 est infiniment probable que c'est le système romain qui s'est prolongé jusqu'à nos jours, et sous ce rapport une rue de Sens ressemble beaucoup à une rue de Pompéïes.
Les renseignements qui m'ont été donnés par M. deLuca^ sur les dispositions du pavage de cette ville s'appliquent exactement à la ville gallo-romaine. Des pavés scellés en saillie, à la distance du pas moyen d'un homme, permettent de franchir les ruisseaux, aux carrefours des rues et en face de la porte d'entrée des maisons.
Ce mode de lavage des ruisseaux, qui ne serait pas tolérable dans les rues fréquentées d'une grande ville, est excellent à Sens, où la circulation des piétons et des voilures n'est jamais encombrante. Il rend les égouts à peu près inutiles et entraîne sans balayage, les eaux ménagères, qui ne répandent aucune odeur.
• Voy. ci-dessus, p. 1(34.
l'âge 3. — C'est pour cela quil me purait naiurel de coinniencer VhUloire des travaux d'assainissement de Paris par une étude du système d\issaiuisse)nent des villes antiques.
Il peul paiaitre ^-ingulier que je remonte à une si haute antiquité pour cliercher des exemples de construction d'aqueducs : si les grands ouvra<Tes de ce genre sont rares au moyen âge et depuis la renaissance jusqu'au dixneuvième siècle, 011 en trouve de nombreux exemples dans le second quart de ce siècle, surtout chez nos voisins d'Amérique; tel est le nia"ni(ique aqueduc du Croton qui a si largement doté d'eau la ville de New-Yoïk. Mais cette eau provient d'une rivière et sans doute d'une région peu peuplée encore; la ville de New-York peut défendre le cours supérieur du Croton contre les entreprises des riverains. Cela ne serait pas possible en France: dans un pays peuplé comme notre vieille Europe, tous les bords de rivière sont occupés, les riverains y ont des droits d'usage, les villes des droits d'égout ; l'eau des petites rivières est donc impotable et se gâte tous les jours de plus en plus par le développement de l'industrie. Nos fleuves eu.v-nièuics sont altcinls et dès aujourd'hui, il est difficile de puiser une eau irréprochable dans leur lit. J'ai d'ailleurs démontré dans le premier volume de cet ouvrage, que la distribution d'eau de rivière ne constituait point en France une solution satisfaisante, parce que la population boit beaucoup d'eau et que la seule eau véritablement potable est celle des sources ^ Je ne reviendrai pas sur cette discussion épuisée.
Je n'ai donc pu adopter le système de dérivation des Américains, ni même l'élégante solution qu'ils ont trouvée pour franchir sans ponts, leurs larges
• Voy. La Seine, dadea liydroloniqucs, ciiap. XXV, XXVI, XXVII, XXVIII et XXIX.
rivières. Après un mûr examen, j'ai reconnu que leurs conduites forcées aériennes étaiciit plus coûteuses que les ponts en maçonnerie légère qui portent nos siphons au-dessus des points bas des vallées.
Les Américains ont évité partout, et ils ont eu raison en cela, les hautes et dispendieuses arcades : avec leurs eaux do rivière à température variable, les arcades étaient inadmissibles.
J'ai élé forcé par le peu de pente dont je disposais, d'adopter sur une lirge échelle, ce système d'aqueducs aériens ; en réalité les aqueducs que j'ai dû construire se rapprochent beaucoup plus des aqueducs romains, que des aqueducs américains; c'est ce qu'on verra dans la description de l'aqueduc de la A'anne.
Page 5. — // existait très-certainement des aqueducs dans cette dernière ville (Jérusalem) du temps de Salomon. Yoici la description de ces ouvrages extrai'e du livre de notre inirépide voyageur, M. de Saulcy.
« Les rois de Juda firent pour leur capitale ce fiui se fait aujourd'hui pour Paris. Il y avait à quelijues lieues au sud de Jérusalem, des sources trèsbelks à Etham, sur la route d'llél)ron ; et Salomon ne recula devant aucune dépense, devant aucune dilTicullé pour doter sa ville royale des eaux parfaites de ces sources. Trois immenses réservoirs furent taillés dans le roc vif à des niveaux successivement inférieurs, de manière que le premier, rempli directement par ces sources, déversât son trop plein dans le second, et celui-ci ensuite son propre trop plein dans le troisième, à partir duquel un aqueduc souterrain suivant les flancs des vallées, et faisant tous les détours nécessaires pour conserver une pente constante, conduisait les eaux jusqu'à Jérusalem. Ces trois léservoirs, qui sont véritablement une merveille, se nomment El-Bourak, et jiour les chrétiens ce sont les vasques de Salomon. Au moyen âge, et probablement lorsque l'aqueduc fut réparé par le fils de Kelaoun, une forteresse nomme Qalàat-el Bourak fut construite sur le liane nord du réservoir supérieur, pour protéger et défendre au besoin celte prise d'eau. C'est aujourd'hui la demeure de quelques hommes préposés à la garde de ces vasques, qui pourtant n'envoient plus une goutte d'eau à Jérusalem ; quant à l'aqueduc, il s'appelle aujourd'hui (du moins dans le voisisinage de Beït-Lehm et du tombeau de Rachelj Qanat-el-Koufar (canal des infidèles).
« C'est à la réparation de cet aqueduc que Ponce-Pilate employa une partie du trésor du temple, à la grande indignation de la nation juive. Au moyen âge, le soullhan d'Egypte El-Malek-en-Naser-.Mohammed-lbn-Kelaouu le fit réparer à son tour, et y établit un système de tuyaux de terre cuite, que l'on retrouve de temps en temps dans les parties dégradées et découvertes, lors(|ue l'on suit le trajet de cet acjueduc ruiné.
« Voici (lucl est ce (rajct. A patiir de la vasque inférieure, l'aqueduc longe, [)cndant près d'une lieue kilométri(jue, le flanc nord de la vallée d'Eurlàs; il remonte cnsnilc au nord en contournant de nombreux ravins pendant 5 kilomètres, jusciu'à lîoït-Lelim, (ju'il enveloppe complètement par un lacet de près d'une lieue pour reparaître au nord de Beït-Lehm, à 500 ou 400 mètres au plus du point où il s'est inlléclii pour redescendre au sud-est, afin de tourner autour du village ; puis il remonte au nord pendant une lieue environ. Arrivé h 1 kilomètre au sud du couvent de Mar-Élias, il court au nord-est, sur une longueur de 2 kilomèlres, fait un contour de 1 500 mètres en redescendant au sud, il remonte ensuite au nord cl au nord-ouest, sur une longueur de 5 kilomètres. Là, il traverse le Lirket-es-Soulthan sur un pont aqueduc, et contourne ensuite le mont Sion pour entrer dans les flancs de cette montagne. Il vient enfin déboucher dans l'escarpcmenl de roc qui dominait le Xystus et la vallée du Tyropœon, à l'ouest du temple, c'est-à-dire du Ilaram-ech-Chérif. La sortie de l'aqueduc est encore très-bien conservée en ce point, mais, à partir de là, il est comj)létemenl ruiné et a disparu. Depuis la source d'El-Bourak jusqu'à ce point, le dévekq^pement total de l'aqueduc de Salomon est de 20 kilomètres au moins, cl ce chiffre rst certainement exact, à 1 kdomètre près.
On voit que les eaux d'Étham, puisque l'aqueduc qui les amenait aboutissait directement au temple, étaient plus spécialement destinées au service du culte. Cette prise d'eau avait trop bien réussi pour que les rois de Juda ne fissent pas quelque construction semblable pour subvenir aux besoins de la population. Ce furent cette fois les belles eaux de la source de Ncphloah, aujourd'hui Lefiali, qui furent détournées et amenées à Jérusalem, Lefiah n'est qu'à une lieue kilométrique au nord-ouest de Jérusalem, el un canal aqueduc, dont on retrouve encore les traces en quelques points, fut construit dans ce but.
« Ainsi que je l'ai dit en commençant, il faudrait l'aire des recherches longues et toutes spéciales, aujourd'hui impossibles, pour se rendre compte d'une manière absolue du système adopté par les rois de Juda [)Our compléter l'approvisionnement d'eau de leur capitale, mais ce que j'en ai dit, et ce que j'ai constaté de visu, est bien suffisant pour prouver que ces monarques avaient exactement fiiit, dans linlérèt de Jérusalem, ce qu'une administration éclairée fait aujouid hui dans l'intérêt de Paris '. »
D'après les renseignements qui m'ont été donnés par M. de Saulcy luimême, la date de la construction de l'aqueduc ne saurait être mise en doute : elle remonte au temps de Salomon.
* Dii Sailcv. Voijuije en terre sainte. "2" édilion, l. Il, p. 55.
Page 15. — Jl U ^^ dans Vile de Cos, etc. Voici la dc>criiilion de l'ijiitiqne nqueduc qui alimente encore la ville de Cos.
«La ville de Cos, dit Strabon, n'est pas grande; mais elle se dislingue par sa nombreuse population, et présente un aspect on ne peut plus agréable
« On voit dans la ville et hors des murs quelques fragments d'architecture, mais aucun monument. J'avais cependant appris qu'à deux lieues de la ville il existait une source qu'on appelait la fontaine d'ilippocrate ; personne ne pouvait me dire si c'était un monument ancien. Nous nous y rendùTies avec le vice-consul de France et les officiers de la Mésange. Cette source, qui fournit les eaux à la ville, est située à mi-côte d'une montagne élevée; j'y reconnus une conslruclion fort ancienne et d'un style assez singulier pour faire le sujet d'une planche.
« La source, qui sortait à une assez grande profondeur, a été mise à découvert par une tranchée dans le roc vif. Un canal de 31 mètres de longueur a élé creusé pour donner une issue aux eaux; le tout a été revêtu d'une maçonnerie solide de pierre de taille. Le canal est en partie voùlé, et en [)arlie recouvert de plates-bandes ; la prise d'eau se trouve dans une petite salle ronde voûtée en cône, de 10'", 55 de hauteur et de 2'", 80 de large dont la partie supérieure est percée, et forme par conséquent un puits en dehors.
« A moitié hauteur de la salle est une autre galerie qui est immédiatement au-dessus de celle dont j'ai parlé, et qui n'a que 11 mètres de longueur ; elle est voûtée en plate-bande.
« La inonlagne dans laquelle est taillée la fontaine appartient à la formation de la craie ; les eaux sont portées à la ville par des canaux en poterie à fleur de terre ; celte eau est de bonne qualité. 11 faut croire qu'elle jouissait, dans l'antiquité, de quelques vertus thérapeutiques; car j'ai trouvé près du canal cette inscription :
'ATîoXXœv'Ioa; 'AXt^a^lpzh: Xapir-rsla.
Remerciemenls à tous les dieux d'Alexandre Apollonide, qui a été guérie » D'après la planche, la galerie a 0"\05 de largeur et environ '2 mètres de hauteur. L'eau s'écoule par un canal (aillé dans le roc. Au milieu il v a une saillie ou pilastre ; peut être y mettait-on une porte ou une vanne.
Page 15. — La ruine grecque la plus interessanle est, sans contredif, Velle l'aqueduc de Palara, en Syrie. Je trouve dans l'ouvrage de M. Texier,
* Charles Texier, Description de VAsie Mineure, t. Il, p. Ô12 ci 513, pi. CXXXIII, Didot, éditeur, 1849.
l'IKCKS JUSTIFICATIVKS. 227
la description de raqucduc de Palara en Syrie dont les ruines mériteraient à elles seules un voyage en Asie Mineure'.
« Lorsque le jour vint éclairer notre retraite, nous aperçûmes le site le plus sauvage qu'il soit possible d'imaginer. Cependant il s'anima bientôt pour moi, car j'aperçus le sommet de la montagne couronné par une longue muraille cyclopéenne qui en suivait (outc les ondulations.
« La muraille est bâtie de blocs irréguliers formant deux parements dont l'intervalle est rempli par des débris réunis avec du sable. Les pierres du parement sont d'un volume considérable; aucune ne fait parpaing excepté dans la partie supérieure de la fabrique. Cette muraille est d'une magnifique conservation, mais elle a été restaurée dans les siècles postérieurs à sa fondation. On voit une partie construite en petites pierres en assises réglées et d'un petit appareil,
« Le couronnement de la muraille est composé d'une ligne de pierres de 0'",80 de bauteur, posées de ciiamps et réunis par des joints très-serrés.
« Le bas de la muraille est entouré de buissons épais et presque impénétrables sous lesquels je me glissai avec peine. J'y observai plusieurs pierres carrées percées d'un trou circulaire dont la circonférence était en saillie d'un côté et en creux de l'autre. Je remarquai en même temps une multitude de fragments de poterie, tels que je les avais vus sur la pente, et je m'assurai qu'il provenaient de la destruction de grands tuyaux de briques qui filaient sur la muraille.
« Cette construction est un aqueduc; et si le système d'appareils à joints irréguliers est l'indice d'une haute antiquité, je ne pense pas qu'il existe d'aqueduc plus ancien. Ce monument est remarquable en ce sens, qu'il prouve qu'à une époque si reculée, les lois de l'hydraulique étaient déjà connues, au point qu'on savait que l'eau introduite dans les tuyaux fermés reprend son premier niveau.
« La partie horizontale de la muraille fait avec la pente méridionale, un angle de 169 degrés et de 156 degrés avec la partie nord. Les eaux coulaient dans un canal formé de grosses pierres, qui s'ajustent entre elles à mortaise et tenon, et qui formaient un tube continu. Les fragments de poterie proviennent des premiers canaux, qui furent dans la suite remplacés par les pierres creuses que nous voyons, à moins qu'ils n'aient été eux-mêmes renfermés dans ces pierres pour empêcher plus complètement l'introduction de l'air. En montant dans la partie supérieure, on arrive au canal horizontal, qui est recouvert de grandes pierres plates, et dont le lit est fait de mortier et cailloux.
• Voir dans l'atlas la l'Citroduclioii de la i)laiiclic de M. Texici'.
« J'ai suivi ce canal pendant trois quarts d'heure dans tous les détours qu'il fait sur la montagne; mais je n'ai acquis aucun indice de la source. 11 n'y a rien d'étonnant qu'il en existe une à cette hauteur, puisque celte monlagne est dominée par plusieurs autres ])eaucoup plus élevées.
« Du côté du nord, je n'ai pas suivi le cours de l'aqueduc. Peut-être conduisait-il les eaux à la ville de Palara, distance de cinq milles j)ar mer de Kalamaki.
« La montagne de l'aqueduc domine une plaine à perte de vue et unie comme la mer.
« La fondation de Patara remonte aux premiers âges de la civilisation hellénique ^ »
La partie de l'aqueduc si clairement décrite par M. Texier était une conduite forcée, ce que nous appelons improprement un siphon : l'eau renfermée dans la conduite de pierres ou de briques, descendait sur la déclivité d'un coteau, traversait le fond de la vallée sur le sommet de la muraille cyclopéenne, et remontait la pente du coteau opposé; il n'est pas probable que les tuyaux en poterie aient été renfermés dans les tubes de pierre, comme l'indique M. Texier : il aurait été très difficile de les y ajuster à joints ctanches. Est-il nécessaire de relever la petite erreur commise dans le récit qui précède? Lorsqu'une conduite forcée n'est pas étanche, il ny rentre pas cVair, il en sort de Veau. Je regrette que notre voyageur n'ait pas donné le diamètre des tubes de pierre et des tuyaux en poterie.
11 est assurément très-remarquable, lorsque tant de personnes soutiennent encore que les anciens ne connaissaient pas le siphon, qu'on trouve des ruines d'ouvrages de ce genre remontant à la plus haute anticjuité, et construit dans un système que bien j eu d'ingénieurs oseraient adopter aujourd'hui.
Page 16. — Essai s«r les aqueducs romains. Le manuscrit d& cet ouvrage appartient à la bibliothèque de l'Institut. 11 a été présenté à l'Académie des sciences le 17 juillet 1871 par M. Dumas. Les comptes rendus de cette séance en contiennent un résumé. Enfin M. Dumas en a fait publier un extrait dans les Annales de Pliijsique et de Chimie ^
Page 74. — Châteaux d'eau. La plupart des châteaux d'eau étaient comme je le dis dans le corps de l'ouvrage, de simples cuvettes de distribution trop petites pour que l'eau s'y emmagasinât en quantité notable; ils se divisaient en châteaux d'eau publics et en châteaux d'eau privés.
1 Charles Texier, description de VAsie Mineure, t. III, p. 192 et 195, pi. CLXIX ; Firmin DiJot frères, éditeur, 1849.
- Annales de Chimie et de Physique, 2° série, t. XXlil, 1871.
Il y avait d'autres cliâtcaux d'eau qui étaient de vérilables réservoirs; tels étaient notamment les châteaux d'eau dos tlicrnies.
Je donne dans l'atlas, les héliogravures de deux châteaux d'eau publics destinés à la répartition de l'eau de Claudia et d'un réservoir, celui des thermes du Gordiani^
Héliogravure 111. — Chàleau (Veau de Claudia à Porta Furba, à 2 milles de Rome. J'ai déjà dit dans le texte, quelques mots de cette curieuse ruine'. Tout ce qui se trouve à droite y compris la fontaine, appartient à l'aqueduc la Felice; le château d'eau était dans la tour qui s'élève â gauche. Une large brèche qui s'étend du haut en bas de celte tour, met à jour l'intérieur de l'édifice. Il va sans dire que les calices, les conduites en plomb et autres appareils de distribution, ont tous disparu; une double arcade dont on voit les ruines entre la fontaine et la tour soutenait la branche de l'aqueduc qui alimentait le château d'eau. La cuvelte de distribution occupait donc seulement la partie de la tour, situé au-dessus de cette arcade et par conséquent était très-exiguë. Ce n'était certainement pas un réservoir.
Au travers du vide de l'arche, on voit Claudia sur ses hautes arcades avec les ruines d'Anio Novus au-dessus ; à gauche le double aqueduc se prolonge en traversant toute la plaine.
Héliogravure IX. — Château de Claudia, au-dessus de V arche de Dolabelle. C'est encore une cuvette de distribution de Irès-petite dimension. On voit au sommet de l'édifice, sur le mur qui fait face et sur le mur latéral, les restes dj la voûte qui couvrait l'appareil de distribution qui a complètement disparu. On e>t convaincu en examinant cet édifice assez important du reste, que cet appareil n'a jamais servi de réservoir.
Héliogravure XI. — CJiâfeau d'eau des thermes du Gordiani. Cet édifice, beaucoup plus étendu que ks deux dont il vient d'être question, était au contraire un réservoir, petit, mais très suffisant pour l'alimentation des thermes. Il a extérieurement la forme d'un carré, s'élève à une certaine hauteur au-dessus du sol et ressemble beaucoup à nos réservoirs modernes.
Les trois châteaux d'eau décrits ci-dessus, sont construits en briques.
Le mot castellum s'appliquait donc à des édifices très- différents et n'ayant pas du tout la même destination, dans la distribution de l'eau.
Page 102. — Administration des eaux de Rome. Le service des eaux était réglé par plusieurs sénatus-consultes rendus du temps d'Auguste, sous le consulat de 0. .Elius Tubero et de Paulus Fabius Maximus. Frontin nous a laissé le texte de ces lois.
Je n'ai pas cru devoir les reproduire in extenso dans le corps de l'ouvrage,
* L'empereur Gordien le Pieux, mort en l'an 24 i. Suivant M. Parker la construction du réservoir remonte à l'année 240 av. J.-C. ^ Voy. p. 52.
elles sont évidemment mieux à leur place aux pièces justificatives. Je donne donc, non pas le texte latin de ces sénatus-consultes, mais la traduction de Rondelet*. Je les reproduis dans l'ordre où ils se présentent dans le corps de l'ouvrage.
Page 106. — Aucun particulier ne pouvait tirer Veau des canaux publics,
« Les consuls Q. yElius Tubero et Paulus Fabius Maximus ayant rapporté au Sénat, que ceitains particuliers tiraient immédiatement des canaux publics l'eau qui leur avait été accordée ; ils demandèrent au Sénat ce qu'il lui plai;-ait d'urdonner à ce sujet, sur quoi il a été arrêté: Qu'aucun particulier ne pourrait tirer l'eau des canaux publics ; que tous ceux qui auraient obtenu une portion d'eau seraient obligés delà tirer du château d'eau; que les administrateurs des eaux seraient tenus d'indiquer aux particuliers les endroits, soit au dedans, soit au dehors de la ville, où ils pourraient placer convenablement leurs châteaux d'eau, desquels ils conduiraient l'eau qui leur aurait été délivrée en commun au château puldic par les administrateurs ; qu'enfin, il ne serait pas permis à ceux qui auraient le droit de jouir des eaux publiques, de se servir, pour conduire l'eau du château où ils la reçoivent, de tuyaux dont le diamètre soit plus grand que le quinaire, jusqu'à cinquante pieds de distance de ce château^ »
Page 107. — Les bains publics jouissaient seuls de concessions perpétuelles .
« Les consuls Q. /Elius Tubero et Paulus Fabius Maximus, ayant fait un rapport au Sénat sur la nécessité de fixer l'étendue du droit de ceux auxquels il était permis de conduire des eaux tant au dedans qu'au dehors de la ville, ont demandé an Sénat ce qu'il lui j)laisait d'ordonner à ce sujet ; sur quoi il a été arrêté : Qu'à l'exception des eaux destinées aux bains publics, ou concédées au nom d'Auguste, toute concession d'eau serait maintenue tant que les mêmes possesseurs jouiraient du terrain pour lequel l'eau leur était accordée^. »
Page 110. — Curateurs des eaux.
« Les consuls Q. yEiius Tubero et Paulus Fabius Maximus, ayant fait un rapport sur l'organisation des curateurs des eaux publiques, nommés
' * Tous ces sénatus-consultes commencent par la formule ordinaire : Qiiod. Q. iElius. Tu-
hero. Paulus. Fabius. Maximus. Coss. V. F. (Verha. Facientes.) de
J). E. R. Q. F. P. D. E. R. I. G. (Do. Ea. Re. Quid. Fieri. Placeret. De. Ea. Re. Ita. Censuerunf.)
* Frontin, cliap. cv[.
'^ FROjiTiN, cliap. CVIII,
l'IÈCES JUSTIFICATIVES. 251
de l'avis du Sénat par César-Auguste', ont demandé au Sénat, ce qu'il lui plaisait d'ordonner à ce sujet; sur quoi il a été arrêté: Que ceux qui sont chargés de l'administration des eaux, lorsqu'ils sont hors de la ville pour cause de leurs fondions, aient deux licteurs, trois esclaves puhlics, un archilecte pour chacun d'eux, des greffiers, des expéditionnaires, des huissiers, des crieurs, en nombre égal à celui accordé aux fonctionnaires qui distribuent le blé au peuple. Lorsqu'ils exerceront leurs fonctions dans la ville, ils auront, à l'exception des licteurs, le môme cortège. De plus, l'état des appariteurs accordes aux curateurs des eaux, par le présent sénatus-consuUe, sera, dans les dix jours de sa promulgation, par eux présenté au trésor public ; et ceux compris dans cet état recevront par an, du préteur du trésor, les mêmes salaires et rations qu'accordent et délivrent les préfets chargés de la distribution du blé ; cependant ils pourront recevoir la totalité en argent, pourvu que cela se fasse sans fraude. En outre, il sera fourni aux dits curateurs los tablettes, le papier et tout ce qui est nécessaire à l'exercice de leur fondions. A cet elfet, les consuls Q. EVius et Paulus Fabius sont priés tous deux, ou l'un à défaut de l'autre, de se concerter avec le préteur du trésor, pour affermer ces fournitures-. »
Page 111. — Lorsque les réparaiions étaient ordonnées, etc.
« Les consuls Q. /Elius Tubero et Paulus Fabius Maximus, ayant fait un rapport au Sénat sur les réparations à faire aux canaux, conduits, souterrains et voûtes des aqueducs des eaux Julia, Marcia, Appia, Tepula et Anio, ont demandé au Sénat ce qu'il lui plaisait d'ordonner à ce sujet; sur quoi il a été arrêté : Que les réparations des canaux, conduits, souterrains et voûtes qu'Auguste-César a promis de faire à ses frais, seraient faites ; que tout ce qui pourrait être tiré des champs des particuliers, comme la terre, la glaise, la pierre, la brique, le sable, les bois et les autres matériaux nécessaires, après avoir été estimés par des arbitres, seraient cédés, enlevés, pris et transportés sans que personne puisse s'y opposer. Que, pour le transport de ces matériaux et la facilité des réparations, il serait pratiqué, toutes les fois que le besoin l'exigerait, les chemins ou sentiers nécessaires au travers des champs des particuliers en les dédommageant". »
Page 111. — les édifices ne pouvaient être élevés et les arbres planlés, etc.
« Les consuls Q. .Elius Tubero et Paulus Fabius Maximus, ayant parlé au Sénat sur ce que les chemins qui devaient régner le long des aqueducs qui
' L'an de la fondation do Romo, Viô.
Frostin, cliap. c.
Fkontin, cliap. cxxv.
252 IMRODI'CTION.
amènent l'eau tl^iiis la ville se trouvaient interceptés par des monuments, des édifices et des plantations d'arbres, ont demandé au Sénat ce (pi'il lui plaisait ordonner à ce sujet; sur (pioi il a été arrêté: Que, pour faciliter les réparationsdes canaux et conduits, sans lesquelles ces ouvrages publics seraieut bientôt dégradés, il leur plaisait qu'il y eût de cliaijue côté des fontaines, murs et voûtes des aqueducs, un isolement de quinze pieds. Quant aux conduits qui sont au-dessous de terre, et aux canaux qui sont dans l'intérieur de la ville, où se trouvent des édifices, il suffira de laisser un espace libre de cinq pieds de cbaque côté. De sorte qu'à l'avenir il ne sera plus permis de conslruire des monuments ni des édifices, ni deplanterdes arbres qu'à celte dislance. Les arbres qui existent actuellement dans cet intervalle seront arrachés, à moins qu'ils ne soient renfermés dans quelques domaines ou dans quelques édifices.
Que si quelqu'un contrevient en quelque cboîe à ce qui vient d'être prescrit, il sera condamné à une amende de dix milles sesterces, dont la moitié sera donnée comme récompense au dénonciateur, après qu'il l'aura convaincu du fait dont il l'ficcuse; l'autre moitié sera remise dans le trésor public : ce sont les administrateurs des eaux qui connaîtront de ces délits, et qui les jugeront ^ »
Page 116. — Le nombre des fontaines publiques construites par M. Agrippa, ne pouvait être ni diminué ni augmente.
« Les consuls Q. JEVius Tubero et Paulus Fabius Maximus, ayant fait un rapport sur le nombre de fontaines établies par M. Agrippa dans la ville et dans l'intérieur des édifices aliénants à la ville, conclurent par demander au Sénat, re qu'il lui pbiisait d'ordonner à ce sujet; sur quoi il a été arrêté : Que le nombre des fontaines publiques ne serait ni augmenté, ni diminué, et que celles qui existent seraient enregistrées. Il est, en outre, ordonné à ceux (pii sent chargés do ce soin par le Sénat de surveiller les eauv publiques, et de constater le nombre des fontaines. Que les administrateurs des eaux nommés par César-Auguste, et confirmés par le Sénat, seraient tenus, d'après ce sénatns-consulte, de veiller à ce que les fontaines publiques coulent trèsexaclement pendant le jour et la nuit pour l'usage du peuple^ »
Page 13S. — Des lois très-sévères furent rendues pour réprimer ces derniers abus.
« Le consul T. Quinctius Grispinus ayant convoqué légalement le peuple, et le peuple étant assemblé dans le Forum, auprès du temple du divin César, la veille du jour qui précède les ides de juillet, la tribu Sergia, à
* FnoMiN, cliap. cxxvi.
- Fp.omin", clmp. civ.
qui il échut de parler la première, fit choix de Sc.Ktns Varron, fils do Lucins/ pour donner sou siilfiage sur la loi suivante. Quiconque, après l'acccplation de cotte loi, aura, par mauvaise intention et à dessein, percé, rompu, ou tenté de percer pu de rompre les canaux, les conduits souterrains, les tuyaux, châteaux d'eau, réservoirs dépendants des eaux puliliques, ou qui aura fait pis, pour diminuer le cours des eaux ou de quchjuos portions, et de lesem|icclier de se répandre, de couler, de parvenir et d'èlrc conduites dans la ville do Rome, ou même (jui aura entravé la distribution dans les édifices de Piome et dans ceux qui sont attenants à la ville, ou le seront à l'avenir; dans les jardins, les domaines de ceux à qui l'eau est ou sera accordée ou attribuée. Enfin celui qui empêchera que l'eau en jaillisse, ne soit distribuée, divisée dans les châteaux d'eau, envoyée dans les réservoirs, qu'il soit condamné à cent mille sesterces d'amende envers le peuple romain ; et celui qui, sans mauvaise intention, aurait fait à l'insu de l'administrateur, quelques-unes de ces choses, qu'il soit condamné à refaire, rétablir, reconstruire, replacer sur-lechamp ce qu'il a dérangé, ou à démolir ce qu'il a fait. Ainsi quiconque est ou sera administrateur des eaux, ou, à son défaut, le préteur charge de juger les différends entre les citoyens et les étrangers, est autorisé à prononcer 1';:meiide, la tradition des gages ou la contrainte personnelle. Or le droit et la faculté de prononcer l'amende, de percevoirlcs gages, ou d'ordonner la contrainte personnelle, appartiendrait à radininistrateur des eaux, ou, dans son absence au préteur. S'il arrive qu'un e-clave cause quelqu'un de ces dom • mages, son maître payera cent mille sesterces^ au profit du peu|ile romain. Si quelqu'un forme une clôture auprès des canaux, des conduits souterrains, des voûtes, des tuyaux, des châteaux d'eau, ou des réservoirs dépendants des eaux publi({ues qui sont ou seront conduites, à l'avenir, dans la ville de Rome, à l'exception de ce qui sera autorisé par celte loi, il ne pourra rien opposer, ni construire, ni obstruer, ni planter, ni établir, ni poser, ni placer, ni labourer, ni semer, ni rien faire de ce qui est défendu par la loi dans ros{)ace qui doit rester libre, à moins que ce ne soit pour le rétablissement des aqueducs. Tout contrevenant à cette loi éprouvera contre lui le recours de cette môme loi établie pour la garantie commune aux intérêts publics et particuliers... Ainsi il sera tenu de rétablir les choses endommagées dans l'état où ellesétaient et comme elles doivent être... Si, au mépris de cette loi, quelqu'un venait à rompre ou percer un canal, un conduit souterrain, ou seulement faire paître Ihcrbe, couper le foin dans le lieu où ils se trouvent... Les administrateurs des eaux publiques actuellement en exercice, et ceux qui le seront à* l'avenir, auront soin de ne souffrir aux environs des sources, des voûtes, murs, canaux et conduits souterrains, aucuns enclos, arbres, vignes,
' Le scsiorco, à celte épniiiie, valait 2.^ centimes de notre monnaie aclnelle ; les 100 000 sesterces répondent à 25 000 francs.
buissons, haies, murs de clôture, planlalions de saules, ni de roseaux; ils sont autorisés à faire enlever, arracher, déraciner ceux qui s'y trouvent, en se renfermant avec équité dans le texte de la loi, qui leur donne le droit el le pouvoir de prononcer l'amende, de recevoir des gages, et d'ordonner la contrainte personnelle... Quant aux vignes et aux arbres renfermés dans les métairies, les édifices..., ou murs de clôture que les administrateurs des eaux ont reconnus n'êlre pas dans le cas d'être démolis, il faudra que la permission de les conserver soit inscrite et gravée sur ces clôtures, ainsi que les noms des administrateurs qui les ont accordées.
Par cette loi, il n'est point dérogé aux permissions données par les administrateurs, à qui que ce soit, de prendre ou de puiser de l'eau dans les fontaines, cananx ou conduits souterrains, pourvu qu'on n'y emi)loie ni roue, ni calice, ni machine, que l'on ne creuse aucun puits, et qu'on ne perce aucune nouvelle ouverture,