AQUEDUC ROMAIN DE SKNS. — DÉTAILS TECHNIQUES
(les différences aussi fortes el aussi peu motivées dans le reste de la longueur de l'aqueduc, ce qui justifie ce que j'ai dit du chorobate, qui était certainement un mauvais instrument de nivellement' ; les anciens ne pouvaient donc tracer leurs aqueducs avec les pentes kilométriques de 0'",10 à 0"',!'^, que j'ai adoptées pour les aqueducs de la A^anne el de la Dhuis : ils auraient été trop souvent en conlrepenle et sur de très-grandes longueurs.
Le niveau des sources de Saint-Philbert el de Noé ayant été ainsi relevé, il a été très-facile, dans le moyen-âge, lorsque les derniers vestiges de l'administration romaine eurent disparu, de retirer les deux eaux de l'aqueduc; il a suffi pour cela de démolir quelques assises des bassins de caplation.
La longueur de l'aqueduc d'après le profil en long de cet ouvrage, entre Saint-Philbert et l'enceinte fortifiée de Sens, était de U\2
En ajoutant à ce nombre la distance comprise entre les sources de Saint-Pliilbert et de Vareilles. . . . 2\5
On a pour la longueur totale de l'aqueduc'. . . . 16'', 7
C'était nu très-grand ouvrage.
État de conservation de Vaqiieduc. — Les restes de l'aqueduc ont été mis à découvert, en 45 points, qui sont indiqués sur le profil en long par des numéros d'ordre. L'ouvrage est intact sur 20 de ces points-; aux autres sondages, la voûte et une partie plus ou moins grande des piédroits sont ruinés.
D'après la description de M. Julliot les ruines ont absolument disparu : 1° là où l'aqueduc était supporté par des substruclions, c'est-à-dire à la traversée des vallées de la Yanne, de la Faucaudrie, près de Malay-le-\icomte et du clos de Noé ;
* Voyez ci-dessus pages 65 et suivanles.
* II existe quelques inccrlilmles sur les longueurs, parce que le nie.'^uragc entre les somies a été fait au pas, ce qui est regrettable.
2° dans les lieux habités, suivant toute prohabililé clans la traversée de Sens, à Malay-le-Vicomte, à Theil et à la source même de Sainl-Philbert. Les matériaux de construction étant rares et chers dans la vallée de la Yanne, chacun a pris ce qui était à sa convenance, eo démolissant l'aqueduc. Les parties en relief audessus du sol, les arcades et les substructions ont été démolies entièrement, cela devait être. On a, au contraire, laissé subsister hors des lieux habités, les parties de cunette construites sous le sol, dont la démolition exigeait des fouilles dispendieuses.
On se demandera, en voyant sur la carte le rapprochement de notre aqueduc et de l'ouvrage romain, pourquoi nous n'avons pas fait usage de ces restes si bien conservés, au moins entre Saint- Pli ilbert et la sortie de Theil , sur une longueur d'environ 2 500 mètres? Ce que j*ai dit du profil en long de l'aqueduc ancien prouve que cela n'était pas possible, puisque le radier est partout an-dcssus du niveau de nos sources, excepté à Theil.
Forme de Vaquedue. — En examinant les coupes de l'aqueduc relevées avec grand soin par M. Braye, on reconnaît facilement que cet ouvrage a été construit à diverses époques.
C'est entre Sens et Malay-le-Yicomte que se trouve l'aqueduc le plus ancien. La section de la maçonnerie est un rectangle de 2", 70 de hauteur et de l",?? de largeur; la largeur de l'aqueduc est de 0'",60 aux naissances de la voûte, et de 0'",54 au niveau du radier; sa hauteur sous clef est de 1"\50. 11 résulte de ces dispositions que l'épaisseur des parois est d'environ 0'",60. L'aqueduc était stable par lui-même et n'avait pas besoin de l'appui des terres pour se soutenir.
En voici une preuve décisive. Entre les sondes n°' 44 et 44 bis, près de Malay-le-Yicomte, l'aqueduc a été mis à découvert dans une sablière, sur une longueur d'environ 20 mètres, et de plus a été excavé en dessous sur 13 mètres. 11 soutient tout un côté de la sablière, depuis plusieurs années. Je crois devoir
AOUF-nrc HOMMN DE SKNS.
nKTMI.S TFClINfOrrs.
donner ici la coupe de celle excavation, avec l'élévalion de ranneduc.
Elévation de l'ii(|iieiluc il.iiis la travorsi'c de la sahlière do ^ÏMlav-lo-Viconilo.
Cette exagération des dimensions des maçonneries se retrouve dans tons les ouvrages anciens et se juslifie par le prix peu élevé de la main-d'œuvre. Ce qui paraît plus extraordinaire, c'est que celte première partie de l'aqueduc n'ait pas été enduile; ce revèiement, qui nous semble si indispensable, manque partout entre Sens et le chemin des Fleuris, et l'on trouve à la place un mince dépôt de ces matières noirâtres que le long contact de l'eau laisse à la surface des maçonneries.
L'aqueduc qui descend du vallon de la Faucaudrie et qui se soudait, près de Malay-le-Vicomte, à l'aqueduc que je viens de décrire, est construit dans le môme système. En voici la coupe. Il a élé construit en souterrain, dans la craie compacte, comme l'indique celle coupe. Aussi a-t-on économisé le cube des déblais et par suite celui de la maçonnerie : la largeur de l'aqueduc est réduite à 0"',40 et sa hauteur à 1"',20, l'épaisseur des parois n'est que de 0'%20 el 0"',30, et l'extrados de la voûte est de forme circulaire. Mais ce qui est caractéristique, c'est que l'enduit manque, comme dans le grand aqueduc entre Malay-le-Yicomle et Sens. J'ai déjà dit que la source dérivée par cet aqueduc n'était plus apparente aujourd'hui. Il est très-probable qu'elle aura été perdue par maladresse, dans les temps anciens. Nous savons, en effet, que dans les vallées secondaires des leirains
crayeux, il existe quelquefois des sources situées à une assez grande liauleur au-dessus des vallées principales. Telle est, par exemple, la source de la vallée de Yareilles, qui jaillit à 20 mètres environ au-dessus de celle de Saint-Philbert, située au bord des marais de la Vanne (voir la carte). 11 arrive souvent qu'on perd ces sources dans des fissures sèches de la craie, lors-
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Coupe de l'aqueilnc de la vallée de la Faucaudrie, à 500 mètres de la sonde 52.
qu'on les dérive sans précaution. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'aqueduc de la Faucaudrie n'a pas été construit sans objet, et il est probable qu'il dérivait la première source conduite à Sens.
Il est également bien démontré que la deuxième source captée est celle de Noé; il ne peut s'élever aucun doute à ce sujet, puisque les ouvrages romains existent encore dans le bassin même de la source; entre Noé et le vallon de la Faucaudrie, l'aqueduc diffère de ceux qui viennent d'être décrits par un caractère essentiel : il est, comme le fait voir la coupe ci-conlre,