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CHAPITRE II

LES AQU ED UCS

Cherchons mainlenanl à donner une idée des immenses travaux de dérivation, au moyen desquels ces belles sources oui été conduites à Rome.

Du temps de Frontin, curateur des eaux sous le règne des empereurs Nerva et Trajan, les aqueducs étaient au nombre de neuf : voici leurs noms dans l'ordre où ils furent construits :

Appia ^ Aiiio velus.

Marcia .

Tepula.

Julia.

Virgo.

Aisietina.

Claudia.

Auio uovus.

Procope, qui, suivant Baccius, fut secrétaire de l'empereur Justinien V\ et d'après le père Aicher, conseiller adjoint à Bélisaire, suivit ce général en Italie et demeura longtemps à Rome. Selon lui, le nombre des aqueducs était alors de quatorze ; mais il ne donne pas les noms des cinq nouveaux ; de là, grande diva-

' J e désignerai les aqueducs par le nom latin de l'eau qu'ils dérivaient,

galion des commenlaleurs ; d'après Alberto Cassio, les cinq eaux nouvelles portaient les noms suivants :

\° Trajana.

2" Seveiiana.

3° Aiiloniaiia.

4° Alexandrina.

5" Auieliana.

Il paraît bien établi que l'aqueduc Severiana n'était qu'une branche de Claudia, dirigée vers les thermes de Septime Sévère. La carte de Rondelet fait voir qu'Antoniana se détachait de Marcia, pour alimenter les thermes de Caracalla. Enfin, d'après A. Cassio, Aureliana n'était qu'une simple dérivation de Trajana.

Il n'y avait donc, du temps de Procope, que deux eaux nouvelles : Trajana provenant, comme il a été dit ci-dessus, de sources situées au delà du lac Bracciano, et Hadriana, dont les sources sont, suivant certains auteurs, les mêmes que celles de la Felice, et qui, dans tous les cas, en sont très-voisines. Cette eau Hadriana est celle que Fabrelti cl, après lui, A. Cassio et tous les aulres auteurs ont désignées à tort sous le nom d'Alexandrina. J'ai déjà dit que M. Fabio Gori avait découvert une inscription d'après laquelle l'aquednc, commencé par Trajan, a été achevé par Adrien; M. Fabio Gori a donc restitué à l'eau, le nom d'Hadriana, que j'ai adopté.

Pline et Fronlin ont donné une description trop sommaire des aqueducs qui existaient de leur temps ; je ferai de nombreux emprunts à ces deux auteurs , mais je chercherai surtout à donner une idée nette de ces admirables monuments, au moyen d'autres documents dont il sera question ci-dessous.

Les aqueducs de Rome remonteraient, d'après Pline, à une antiquité très-reculée. Marcia aurait été construit par le roi Ancus Marcius en l'an 127 de Rome*; ruiné par le temps, il aurait élé restauré parle préleur Quintus Marcius Rex. Pline ne s'est-il pas

* Prîmus enm [marciam] in urbem duceve ouspicalus est Ancus Marcius unus e regibns Poslea Q. Marcius lier, in prelura. Rursusquc resliluit M. Agrippa (Pli.ne le Naluralislo, liv. XXXI, chap. xxiv).

laissé entraîner par l'amour du merveilleux, qui l'égaré si souvent, et par la similitude des noms? Je l'ai dit en commençant, je ne veux pas discuter celte question ; mais la version de Fronlin me paraît de beaucoup la plus probable. Voici, d'après cet auteur, dans quel ordre les aqueducs ont été construits. (Voir la carte.)

Le premier aqueduc, Appia, fut, suivant Vnrron, construit sous le consulat de M. Valerius Maximus et de P. Decius Mus, l'an de Rome 442. Deux hommes, les censeurs C. Plautius, surnommé Venox, à cause de son liabileté à découvrir les veines d'eau, et Appius Claudius Crassus, l'auteur de la voie Appienne, étaient à la tête de l'entreprise ; celui-ci trouva le moyen de se débarrasser de son collègue et donna son nom à la dérivation.

Les sources d'Appia se voient encore près du lieu dit Rustica, à peu de distance de la rive gauche de l'Anio, entre le 7" et le 8' milliaire de la voie Prénestine. La longueur de l'aqueduc élait de H 190 pas. 11 recevait aux Gemelles, à son entrée à Rome, le ruisseau Augusta et une autre source, par un aqueduc de 6580 pas \

Quarante ans après la construction d'Appia, vers l'an 481, les censeurs Max. Curius Denlatus et L. Papirius Cursor, sous le second consulat de Sp. Corvilius et de L. Papirius, commencèrent la dérivation de l'eau appelée Anio Vêtus : cette entreprise, interrompue pendant deux ans, fut terminée par Fulvius Flaccus. La prise d'eau avait lieu en amont de Tivoli, au 20' milliaire d'une ancienne voie. D'après la carte de M. Fabio Gori, elle serait située bien en amont de ce point, au-dessus du village d'Agosta. Cette seconde prise d'eau est certainement une amélioration postérieure à Frontin, car, dans cette hypothèse, la longueur d'Anio Vêtus serait plus grande que celle de Marcia, tandis que, d'après le texte de Frontin, elle est de 19 000 pas plus petite. Le développement d'Anio Vêtus, du temps de Frontin, était de 43 000 pas; en reportant sa prise d'eau vers l'amont, on

' Fr.o.MiN, chap. v.

a voulu sans doute se rapprocher de la contrée pierreuse, où les eaux de la rivière sont plus limpides'.

L'an 608, c'est-à dire 127 ans après, Appia et Anio Vêtus se trouvèrent ruinés par vétusté, et leurs eaux détournées par fraude ; le préleur Q. Marcius Rex fut chargé de rétablir ces deux aqueducs, de revendiquer leurs eaux, et de dériver d'autres sources, qui furent nommées Marcia. On a vu que ces sources, situées sur la rive gauche de l'Anio, portent aujourd'hui les noms de 2^ et 5' Sereines ; la nouvelle eau fut conduite au Capitole.

On alloua, pour cette entreprise, 8 400000 sesterces, représentant une somme de 1142 400 francs'; la longueur de l'aqueduc était de 61 710 pas, les sources étaient dans le voisinage du 36' milliaire de la voie Yaleria, et du 58' de la voie Sublacensis"'. Marcia était l'eau la plus réputée de Rome; voici réloge que Martial fait de cette eau et de Virgo :

« Si les usages des Lacédémoniens te plaisent, tu peux, lorsque tu auras subi assez longtemps l'action de la vapeur aride, te })longer dans l'eau froide de Virgo ou de Marcia ; elle luit si limpide et si sereine, que tu ne soupçonnerais pas sa présence et que tu croirais voir briller vide, le marbre de Lygdos*. »

L'an de Rome 627, sous le consulat de Plotius Ilypsœus et de Fulv. Flaccus, la source Tepula fut dérivée à Rome par les censeurs Su. Servilius Csepio etCassius Longinus.

Eu 719, sous le second consulat d'Auguste et de L. Volcatius, M. Agrippa, alors édile, dériva par le même aqueduc d'autres sources, situées vers le 12' milliaire delà voie Latine, et

* Frontix, chap. vr.

- Le sesterce valait alors 0',130.

■' Frostix, chap. vu. — Ci-dessus, page '21).

* RHiis si placeant tihi Laconum, Conlenlus potes arido vapore, Cnida Virçjinc Marciave mergi;

Qitœ lam candida, tam serena lucel.

Ut nullas ibi suspiceris undas, Et credas vacuam nilere Lygdon.

(Mautial, lili. Vi, Epii,'. .\iiu

leur donna le nom de Julia. Les deux eaux ont d'abord chacune »un canal spécial, Tepula de 5220, Julia de 7 926 pas de longueur, puis elles se réunissent dans le même aqueduc, Julia coulant au-dessus de Tepula. A partir du T milliaire, cet aqueduc rencontre celui de Marcia et s'y relie; de là, jusqu'à Rome, sur une longueur de 7 000 pas, Tepula coule au-dessus de Marcia, et Julia au-dessus de Tepula. La longueur totale de l'aqueduc est de 15426 pas. Les sources de Tepula et de Julia jaillissent, l'une en amont, Tautre en aval du village de Grotla-Ferrala, près de Frascali \

Virgo fut conduite à Rome par M. Agrippa en 752, sous le consulat de G. Sentius et Q. Lucretius. Celle source formait un marécage, près du 8' milliaire de la voie Collaline ; une jeune fille ayant indiqué une des veines à des soldats, on fit des tiavaux de recherche, et on découvrit beaucoup d'eau. Ces travaux souterrains n'avaient pas moins de 1 405 pas de longueur. On réunit toutes ces veines d'eau dans un regard commun, d'où elles étaient conduites à Rome ; la longueur de l'aqueduc était de 14 105 pas \

Auguste dériva, vers la même époque, l'eau du lac Alsietinus par un aqueduc de 22 172 pas.

Cette eau ne coulait nulle part pour les besoins du peuple; il paraît qu'Auguste la dériva, lorsqu'il fit sa naumachie, afin de ne pas détourner des eaux plus salubres.

La prise d'eau d'Alsietina était située dans le voisinage du 14" milliaire de la voie Claudia".

En même temps qu'il construisait l'aqneduc Julia, Agrippa restaurait les aqueducs Appia, Anio Yetus et Marcia, qui ne fonctionnaient plus.

Auguste, pour compléter ralimenlation de Marcia en temps de sécheresse, y dériva, par un canal de 800 pas, une belle

' Fr.oNTiN, chap. vm et ix, ci-dessus, page 19. * Froxtin, chap. x.

' FRor^TiN, chap. xi.

source à laquelle on donna son nom. Nous avons vu que celte source esl connue aujourd'hui sous le nom de Rosolina, et qu'elle jaillit près du village Agosla'*

Les deux derniers aqueducs dont parle Fronlin, Claudia et Anio Novus, furent commences par Caligula en 789 ' et achevés par Claude en 805 '< Anio Novus dérivait des eaux de rivière nalurellement (roubles et peu potables; sa longueur était de 58 700 pas; sa prise d'eau était voisine du 42'' milliaire de la voie Sublacensis, elle fut reportée par Nerva en amont de Sublaquium (Subiaco), nous dirons pourquoi.

Claudia avait 46 406 pas de longueur, et dérivait l'eau de trois sources voisines de celles de Marcia et presque égales en qualité, Curtia, CaBrulea et Albudina. Ces trois sources portent aujourd'hui les noms d'Acqua Santa, de lac de Sainte-Lucie et de première Sereine; elles sont voisines du 58" milliaire de la voie Sublacensis, et un peu plus rapprochées de Rome que les sources de Marcia. La source Augusta (Rosolina) pouvait être jetée à volonté dans Claudia, comme dans Marcia.

A partir du 7' milliaire, au sortir des piscines, Anio Xovus cheminait au-dessus de Claudia, de même que Tepula au-dessus de Marcia et Julia au-dessus de Tepula \

Rondelet, récapitulant toutes ces longueurs des aqueducs qui existaient au temps de Frontin, trouve que leur développement total était de 281 21)4 pas romains. Mais il a omis Tepula tout entièie. J'ai donc refait son calcul, en comblant celte lacune; j'ai compté comme lui, pour deux aqueducs, Claudia et Anio Novus superposés; pour trois aqueducs, Marcia, Tepula, Julia, entre le 7" milliaire et Rome, etc. Enfin, j'ai adopté sa mesure du pas romain, l'",485.

• Frontin, chap. xii. — Ci-dessus, page 20. - An 50 de rère clirélienne.

^ An 50 de l'ère chrélieiine.

* Frontin, chap. .\iii, xiv et xv.

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]NTK0DUCT1U.\.

TABLEAD DES AQUEDUCS

DÉSIGiNATION

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