‹ Les eaux. Introduction. Les aqueducs romainsChapitre 10 sur 72 · PAR DES SUÏ PAS ROMAINS · texte numérisé non relu

PAR DES SUÏ PAS ROMAINS

STRUCTIONS MÈTRES

Augusla affl Anio vêtus.

d'Appia. .

Augusla affl Tepula. . .

deMarcia.

Julia

Vir"-o

Galeries de de Virgo.

recherches

Claudia . -

Auio novus.

TOTADX.

La longueur lolale des aqueducs, comptée en pas romains,

est 294 014

celle donnée par Rondelet 281 294

La différence. . . 12 720

est juste égale à la longueur de Tepula.

Ces neuf aqueducs, à l'exception de Yirgo et d'Alsietina, entraient tous à Rome, dans le voisinage de la porte Esquiline, et, aujourd'hui, de la porte Majeure. On peut voir encore, en sortant par cette porte, l'effet extraordinaire que leurs ruines produisent au milieu de cette plaine déserte; c'est un spectacle grandiose qui ne s'efface pas de la mémoire. Les photographies de M. Parker, en donnent une idée très-nette; elles ont l'avantage d'êtrcla reproduction exacte de la nature. Ce sont de vérittibles procèsverbaux qui, certes, valent mieux que les froides figures géométriques de Fabretti et de Piranesi.

Tracé des aqueducs. — M. Fabio Gori a dressé une Irès-belle carie, en dix-huil feuilles, du tracé des aqueducs, laquelle est aujourd'hui la propriété de M. Parker; je me suis servi de cette pièce pour dresser la carte jointe à l'atlas.

Suivons d'abord le tracé de Marcia, le plus célèbre des quatre aqueducs qui puisaient leur eau dans l'Apennin, au-dessus de Tivoli^; la 2' Sereine, sa principale source jaillit, on l'a vu

ci-dessus, à l'altitude 517™

Tallilude du radier, à l'arrivée à Rome, est 54'"

Différence 265'"

La pente totale était donc de 265"', et l'ingénieur romain avait toutes facilités pour chercher des raccourcissements par des variations de pente. Il n'en a rien fait, et il n'est pas surprenant qu'à cette époque reculée, on ait négligé ces perfectionnements de tracé. Marcia, en amont de Tivoli, suit exactement le bord d'Anio, dont la vallée est très-contournée.

Jeté hors de cette vallée au sommet des cascades de Tibur, le tracé fait un long circuit autour de la chaîne des monts Ripoli, Spaccato, S. x\ngelo, évite les premiers ravins qui sillonnent le pied des coteaux, franchit le plus profond de ces ravins sur le même pont qu'Anio Vêtus, passe au point obligé de Ponte-Lupo, puis se développe non moins longuement dans la gorge de Gallicano (autrefois Pedum), puis autour de Monte Falcone et des autres collines, qui terminent la campagne de Rome du côté de Frascati; il arrive ainsi à la ligne de faîte, que suivent six des aqueducs entre les grandes piscines et l'entrée de Rome. Cette ligne de faîte est comprise, enlre l'origine de nombreuses vallées secondaires qui débouchent dans l'Anio, et les contours de la rive droite d'un ruisseau, désigné sous h nom de Marrana sur la carte de M. Fabio Gori, et qui tombe dans le Tibre en aval de Rome. C'est donc la ligne la plus élevée de la cami)agne de Rome, onire

' Nous n'apprendrons à personne que Tivoli esl le Tibur antique.

le pied des hauteurs deFiascati et la ville; c'était le tracé naturel des aqueducs, qui tous passaient par les points obligés de la Tour Fiscale et Porla Furba, avant d'atteindre la porte Majeure.

Cetle dernière partie du tracé est très- rapprochée de la voie Latine. C'esl vers le 7" milliaire de celte voie, que les six aqueducs se réunissent, deux à deux et trois à trois. Frontin dit partout le 7*" milliaire, sans désigner la voie. Je ferai de même; quand je parlerai du 7' milliaire, il sera sous entendu : de la voie Latine.

Ce tracé est excellent dans son ensemble, et a exigé une grande sagacité de la part des ingénieurs, à une époque oii l'art du niveleur n'existait pas encore; il est bien certain que le succès est dû à la pente énorme dont on disposait. Le niveleur romain se serait fourvoyé, à chaque pas, avec les pentes faibles de nos aqueducs modernes ; pour plus de sûreté, il a suivi tous les contours des vallées et des collines, ce qui a allongé considérablement le parcours de l'eau.

Le tracé de Marcia s'écarte peu de celui d'Anio-Yetus et même d'Anio Novus, jusqu'à Ponle-Lupo ; il est fait avec la timidité de l'ingénieur primitif: la ligne droite est presque inconnue sur ces développements sinueux.

Un seul des aqueducs de l'Apennin, Claudia, a été dirigé avec la perfection de l'art moderne. Bien avant Tibui-, il s'élève sur les coteaux, pour en éviter les longs contours. Sur toute la pente de l'Apennin, depuis Caslel-Madama jusqu'à la campagne de Rome, vers Frascati, son tracé ne laisse rien à désirer, et Tingénieur moderne le plus habile n'y ferait que des changements insignifiants. Il va sans dire que les siphons ne pouvaient être employés, pour franchir les vallées, puisque les tuyaux de fonte n'étaient pas connus des Romains.

On a inauguré, en 1870, à Rome, l'aqueduc Pia, qui dérive les sources de l'antique Marcia. On a pu faire usage des siphons. Le tableau suivant fait ressortir le progrès accompli à ces trois époques de l'art de l'ingénieur.

Marcia (;in de Rome GOX), longs développements. Longueur de Taipieduc 91 659 nièlrcs.

Claudia (an de Rome 803), tracé perfectionné,

mais sans siphons. Longueur de l'aqueduc. 08 913 —

Pia (1870), dérivation des sources de Marcia,

avec siphons. Longueur de l'aqueduc. . . 52 000 —

Ces trois aqueducs parlent du menie point et aboutissent à peu près au même point. Le perfectionnement du tracé de Claudia a fait gagner 22 72G mètres, un quart environ de la longueur de Marcia. Avec le hardi siphon, qui pari de Tivoli pour aboutir à Rome presque en ligne droite, Pia gagne 16 913 mètres sur Claudia, c'est-à-diie aussi un quart de la longueur de ce dernier aqueduc.

M. Blumensthil, que j'ai consulté sur cette énorme différence des longueurs des aqueducs Marcia et Claudia, pense comme moi qu'elle tient au développement extraordinaire du premier. « En vous guidant, m'écrit-il, sur les sinuosités de l'Anio, sur les rentrants formés par les fossi \ les vallées et les saillies poussées en avant par les collines, vous arriverez à une assez belle ap- ])roximation des fameux 61 710 pas. »

La longueur de Marcia est donc bien de 61710 pas romains (91659 mètres). Ce chiiïre n'est point une erreur de copiste, comme on serait tenté de le croire.

L'examen de la carte de M. Fabio Gori fait encore reconnaître un autre perfectionnement de l'art de l'ingénieur. L'empereur Nerva clarifia les eaux d'Anio Novus, en les faisant passer par des lacs ou bassins de dépôts créés dans la rivière elle-même. Voici comment Frontin parle de cette amélioration : « Ce n'était pas assez pour notre prince (Nerva) d'avoir rétabli Tabondancc et la pureté des principales eaux, il trouva qu'il était encore possible d'épurer Anio Novus; c'est pourquoi il ordonna que celte eau, au lieu d'être prise dans le fleuve même, fût tirée du réservoir qui csl au-dessus de la maison de plaisance de Néron, où elle est ex-

* Ravins profonds.

58 liXTROUUCTION.

trêmement claire. Car le fleuve Anio, prenant sa source au-dessus (le Treba Augusla, ville autour de laquelle on trouve peu de terres cultivées, ses eaux s'épurent, soit en parcourant des montagnes pierreuses, soit en se reposant dans le réservoir profond dans lequel elles sont reçues '. » -

Depuis, deux autres bassins de dépôt furent établis en amont du premier; ils sont figurés sur la planche V (C et D).

C'est ainsi que, dans ces dernières années, on voulait épurer les eaux de rivière destinées à l'alimentation de Londres; un ingénieur très-distingué, M. Batemann, a proposé de barrer les vallées du pays de Galles, de manière à y former de grands bassins de clarilicalion.

Je réprouve ce procédé, qui est loin d'améliorer l'eau ; il existe en France de grands réservoirs, notamment celui des Settons, dans le Morvan ; l'eau, qui y séjourne longtemps, ne devient pas meilleure; il s'y développe une faune de petits insectes très-peu appétissants. Je ne crois pas que les Romains aient mieux réussi, et, qu'après l'exécution des travaux de Nerva, l'eau d'Anio INovus ait été, quoi qu'en dise Frontin, comparable à l'eau Marcia '.

Le tracé des autres aqueducs ne présente rien de particulier; les deux plus courts sont Appia etVirgo. Le premier passait à l'origine des nombreux ravins qui descendent dans l'Anio et arrivait ainsi sur un plateau, qui le conduisait directement à un point compris entre les portes Esquiline et Majeure.

Le tracé de Yirgo était le même que celui de la Yergine moderne ; celui-ci suit d'abord l'ancienne direction d'Appia et s'élève ainsi sur le plateau de Gotifredi; mais, au lieu de continuer son chemin vers la porte Esquiline, l'aqueduc fait un angle aigu et se dirige vers l'Anio, par le plateau de Bocca-di-Leone, Pietra-Lata, et entre à Rome par le quartier bas, vers la porte du Peuple. Ce

' Frontin, cliap. xcm, traduction de Rondelet.

- Frontin est en contradiction avec lui-même, sur ce point, dans les chapitres xv et xciii.

AQUEDUCS ROMAINS. — LES AQI'EDUCS. 39

tracé bizarre ne peut se justifier, que par des considéra lions qui nous échappent aujourd'hui.

Le tracé des aqueducs Tepula et Julia est le plus simple de tous. Depuis Grotta-Ferrala, localité voisine des deux sources, les aqueducs se soutiennent sur la ligne la phis élevée du plateau de la campagne de Rome, en franchissant deux fois la vallée peu profonde.de la Marrana, et arrivent ainsi aux grandes piscines. Ce tracé est presque recliligne, un enfant le ferait sans eneui' possible. Nous ne dirons rien du tracé d'Alsiétina et de Trajana, qui est également des plus simples.

Le tracé d'IIaHriana aurait dû suivre le tracé des aqueducs tihurtins et franchir, à leur origine, les nombreux ravins qui sillonnent la campagne, en amont de Rome. L'aqueduc serait ainsi arrivé à la porte Esquiline, en suivant, comme les autres, le long de la voie Latine, la ligne la plus élevée et la moins accidentée de la campagne. Au lieu de cela, le tracé suit un terrain plus rapproché de l'Anio et franchit les ravins aux deux tiers de leur longueur, c'est-à-dire en des points où ils sont très-profonds. L'aqueduc est donc supporté presque partout sur des arcades. J'aurai occasion de revenir sur celte singularité, en décrivant cet ouvrage.

L'aqueduc moderne Felice, qui dérive les mêmes eaux, s'écarle beaucoup de ce tracé. Pour éviter les coûteuses arcades d'Hadriana, il se soutient d'ahord sur le plateau de Palavicino et gagne ainsi le tracé d'Anio Yetus, qu'il emprunte jusqu'aux piscines, où il se relie au triple aqueduc de Marcia, Tepula, Julia, entrant à Rome par la porte Majeure.

Les aqueducs de l'Apennin rencontrent souvent des passages difficiles, qui exigent des travaux dispendieux, et des passages favorables, qui ont attiré tous les tracés ; parmi les points défavorables, on peut citer la vallée Degli Arci sur la rive gauche d'Anio, un peu en amont de Tivoli; les quatre aqueducs de l'Apennin franchissent ce ravin; Claudia à 2 000 nièlres environ de l'Anio, sur de magnifiques arcades; Anio Velus, Marcia, Anio Novus, tout

près de la rivière, sur des pouls moins longs, mais néanmoins Irès-imposanls.

Le massif volcanique de Tusculnm est séparé de l'Apennin, entre le pied du mont S. Angelo et le village Gallicano, par une large dépression, où se précipitent une multitude de torrents, qui y ont creusé de nombreux ravins. Le tracé des aqueducs a dû chercher les passages favorables de cette dépression. C'est ainsi que Marcia et Anio Yelus franchissent, sur les arcades du pont S. Antonio, une gorge étroite à la jonction de cinq ravins; près de là, à Ponte Lupo, les quatre aqueducs se réunissent sur un seul pont, au-dessus d'une gorge encore plus étroite.

Après Gallicano, les quatre aqueducs contournent le massif volcanique, à la naissance même des ravins de la campagne, évitant ainsi des travaux dispendieux. Ils se dirigent ensuite vers Rome, sur l'étroit plateau compris entre la naissance des affluents de la rive gauche d'Anio et la Marrana, affluent du Tibre. Ils s'y réunissent à deux autres aqueducs, Tepula et Julia; le passage est parfois si étroit, que tous les aqueducs se réunissent en un seul faisceau. Telle est la Tour Fiscale.

Le besoin de plus en plus prononcé d'eau à haute pression, obligea les ingénieurs romains à franchir cette plaine sur des arcades de plus en plus élevées \ C'est ainsi que l'altitude de Marcia étant devenue insuffisante, Tepula, dix-neuf ans après, fut construit au-dessus. Quatre-vingt-douze ans après, Julia s'élevait au-dessus de Tepula. Quatre-vingt-quatre ans plus tard, les eaux parurent trop basses encore, et les hautes arcades de Claudia, surmontées de celles d'Anio Novus, s'élevèrent jusqu'à 109 pieds au-dessus de la plaine' (o2'",40).

1 Le même besoin d'eau à haute pression se fait sentir dans nos distributions modernes. Il y a GO ans, on pensait faire tout le service de Tancien Paris, avec les eaux de l'Ourcq, qui ne s'elèv.jnt pas à plus de 20 mètres au-dessus de la Semé. Aujourd'hui Ton reconnaît qu'il faut porter celte liautcur à TjG mètres.

- Frontin, chap. xv.

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