DES EAUX
Nous ne pouvons aborder Tétude des eaux minérales d'Auvergne si variées de composition, si différentes de thermalité, sans rechercher avec les naturalistes qui se sont occupés avec le plus d'autorité de ces questions quelle en est Torigine et quelles sont les sources où elles puisent leur minéralisation et leur température.
Dès Tantiquité quelques penseurs émirent Tidée qu'une très-haute température existait dans l'intérieur du globe et pouvait expliquer la Ihermalité des sources minérales.
La fable des. enfers paraît se rattacher assez directement à cette hypothèse d'un foyer intérieur appelé par Waton le Pyriphlégéthon. Lucrèce, Pline le naturaliste, Galien parmi les anciens; Descartes, Buffon^ Laplace parmi les savants modernes, ont admis la chaleur centrale de la terre.
Laplace même a donné'à cette théorie une valeur et une portée nouvelles en démontrant sa parfaite concordance avec les observations thermométriques faites dans les profondeurs des mines et avec k.%
il GÉOLOGIE.
principes sur lesquels repose notre système solaire. Ce savant explique ainsi la thermalilé des eaux minérales :
« Imaginons, dit-il dans ^on Exposition du système « du monde, au-dessous d'un plateau d*une grande « étendue et à la profondeur d'environ trois mille « mètres, un vaste réservoir d'eau entretenu par les « eaux pluviales ; elles acquièrent à cette proton- « deur, par la chaleur terrestre, une température à « peu près égale à celle de Teau bouillante. Suppo- « sons ensuite que^ par la pression des colonnes « d'eau adjacentes ou par les vapeurs qui s'élèvent « du réservoir, ces eaux puissent remonterjusqu'à « la partie inférieure du plateau, d'où elles s'écou- « leront ensuite ; elles formeront ainsi des sources « d'eau chaude imprégnées des substances solubles « rencontrées dans les couches qu'elles auront tra- (( versées : ce qui donne une explication vraisem- (( blable des eaux thermales. »
Aujourd'hui presque tous les géologues acceptent l'hypothèse de la chaleur terrestre, et la divergence n'existe plus que sur le degré de cette température ; quelques uns pensent qu'elle ne s'élève pas trèshaut, tandis que, pour beaucoup d'autres, entre 40 et 50 kilomètres de profondeur non-seulement elle atteindrait le point de fusion des granités, mais même celui de tous les métaux.
Notre globe présenterait donc une masse en fusion ayant une température de plus de 1,300 degrés, l'enveloppe de cette masse ignée se réduirait
GEOLOGIE. 15
à une couche solide d'à peine 40 kilomètres d'épaisseur, c'est-à-dire à une fraction qui ne serait que 1/320 du diamètre de notre globe. Cette mince écorce serait donc, relativement à la masse intérieure fondue, à peine comparable à la coquille d'un œuf en regard de la portion liquide.
Des observations faites avec le plus grand soin soit dans les mines profondes, soit sur les eaux chaudes sortant des puits artésiens, ont m*6ntré que, dans -nos contrées, la température croît avec la profondeur et que le ihermomètre s'élève d'un degré chaque fois qu'on descend à 30 mètres dans l'intérieur du globe; on peut donc calculer ainsi approximativement la profondeur d'où viennent les eaux thermales.
En Auvergne, par exemple, les eaux de Chaudes- Aiguës qui émergent à une température de 88 degrés (soit environ à 80 degrés au-dessus de la température moyenne extérieure), proviendraient d'un réservoir situé au moins à 2,400 mètres audessous du sol : cette profondeur doit même être plus considérable, car nous ne comptons pas le refroidissement que subit cette eau dans son long trajet à travers des roches dont la température est beaucoup plus basse.
Les eaux du Mont-Dore avec leurs 45 degrés, celles de la Bourboule avec leurs 60 degrés ont également des sources très-profondes ; car on ne peut alléguer pour aucune d'elles des causes accidentelles d'échauffement ; elles ne sont en effet ^w
i6 géologih:.
voisinage d'aucune espèce de foyer, de houillère en combustion, etc., et sortent au contraire au milieu de roches granitiques ou trachytiques, qui ne peuvent qu'abaisser leur thermalité. On peut donc assurer que la température de chaque source est en rapport avec la profondeur que les eaux ont atteinte dans leur cours souterrain.
On se demandera naturellement quels chemins peuVfent suivre ces eaux pour venir de pareilles profondeurs émerger à la surface de la terre. La constitution géologique de notre contrée fournit une réponse facile.
Les soulèvements considérables et les affaissements partiels qui ont tourmenté le sol de TAuvergne ont produit sur son écorce granitique des dislocations nombreuses ; les épanchements de roches fondues ou à demi pâteuses, comme les basaltes et les trachytes, les projections de scories et de cendres, tous les phénomènes violents, résultant. de Factivité des volcans qui couvrent ces contrées ; les ébranlements causés par les violents tremblements de terre qui ont dû se produire ; le retrait qu'a dû opérer le refroidissement sur des masses rocheuses sortant de la terre à une température élevée, sont autant de causes qui s'offrent à la pensée pour expliquer les nombreuses fissures qui doivent sillonner le sol jusqu'à des profondeurs énormes !
C'est dans de semblables fissures ou filons, qu'à une date bien plus ancienne encore, des eaux char^ gées de matières minérales ont, par la suite des
siècles, déposé les métaux que notre industrie va y rechercher aujourd'hui. Telle est l'origine des filons de plomb, de cuivre, d'argent, exploités à Pontgibaud et dans les nombreuses mines de nos montagnes.
Ces fissures ou failles varient dans leur forme et leur direction, car elles ont pu se produire dans des conditions différentes : les unes, incomplètement remplies par un filon, ont donné passage à Teau entre le terrain primitif et la roche plutonique ; d'autres, partant du centre, n'ont pu se prolonger jusqu'à la couche la plus superficielle de la terre ou ont rencontré là des obstacles insurmontables qui les ont arrêtées et les ont subdivisées en plusieurs filons latéraux. L'eau qu'elles conduisaient s'est' fait alors jour soit à travers le terrain primitif, soit entre les terrains plutoniques et les trachytcs, soit enfin entre deux masses de trachytes sorties en des temps différents. Enfin des changements survenus après les éruptions volcaniques peuvent également modifier le cours de certaines eaux et les faire glisser à travers des fentes qui les séparent des basaltes. Autant de circonstances qiii influent sur la minéralisation et la thermalité des sources, et expliquent les différences si notables de température et de composition qui existent entre des eaux voisines, à plus forte raison entre des stations rapprochées comme Saint -Nectaire et le Mont-Dore par exemple.
« Suivons maintenant, dit M. Nivet, le trajet des eaux pluviales : ces liquides pénètrent par les
failles supérieures et cheminent en descendant entre deux couches de différents âges; arrivés à une grande profondeur, ils deviennent plus chauds et rencontrent des courants d'acide carbonique et des vapeurs salines qui les rendent minéraux et en augmentent le pouvoir dissolvant; ils remontent alors vers le sol et sortent par une de ces fissures du sol en empruntant quelques-uns de leurs éléments aux parois rocheuses des canaux dans lesquels ils circulent. »
Pour nous résumer donc, nous pensons que certaines fissures qui se sont produites entre les assises des terrains primitifs , plutoniques et volcaniques, ont créé des canaux ayant la forme d*un tube en U ou d'un syphon renversé, dont la branche la plus longue s'ouvrant sur le bord des cratères et des lignes de soulèvement de nos plateaux élevés, reçoit les eaux provenant de la pluie et des montagnes voisines. Suivant alors la courbe de ce canal, ces eaux se rapprocheraient plus ou moins de la partie ignée du globe, où elles acquerraient une température qui en augmenterait les propriétés dissolvantes et en faciliterait le retour. Ainsi modifiées elles reviendraient à la surface du globe suivant la direction plus ou moins verticale de ce canal fluxueux. Ces sources viennent émerger ordinairement sur le penchant des collines, sur le bord des bassins et des vallées, vers ces points où la croûte du globe, soulevée par les efforts des déjections volcaniques, s'est trouvée brisée par contre coup.
Chacune de ces fontaines se présente alors avec une thermalité indiquant la profondeur de son origine et une composition révélant la nature des terrains qu'elle a traversés.
Cependant tous les géologues ne sont pas absolument d'accord sur l'origine des sels contenus dans les eaux. « Les uns, dit M. Lecoq, ne veulent voir dans la composition des sources minérales que des principes empruntés aux terrains qu'elles traversent. D'autres compliquent la question de réactions diverses sur les roches qui sont en contact avec ces eaux chaudes pendant leur trajet, et l'on ne peut nier dans certains cas l'influence de ces réactions. » Nous trouvons donc d'un côté les géologues qui regardent le terrain superficiel comme fournissant les principes minérallsateurs des eaux, et, d'un autre, ceux qui placent cette origine dans les couches profondes où les eaux ont pénétré. « L'acide carbonique et les matières salines qui accompagnent ces eaux, dit Lecoq, ont fait admettre qu'elles viennent de grandes profondeurs et qu'elles sont dues à la condensation des vapeurs qui peuvent, sans se liquéfier, arriver très-près du globe à une température bien supérieure à l'eau bouillante. Plusieurs des substances qu'elles renferment peuvent avoir été entraînées par la vapeur, puisque nous produisons des effets semblables dans nos laboratoires. »
Quant à nous, admettant que plusieurs des
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assez fréquentées à cette époque. Ghomel en 1732. dans son Traité des eaux îmnérales de Vichy ^ décrit les stations du Mont-Dore, de la Bourboule, de Saint-Nectaire, de Saint-Mart et dit un mot d'autres sources moins importantes.
En 1788, Legrand d'Aussy, dans un voyage fait dans la haute et la basse Auvergne, cite la plupart des sources du Puy-de-Dôme. Yauquelin (1799), Berthier (1822), font les analyses de plusieurs d'entre elles, et nous arrivons ainsi aux premières recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux du Mont-Dore par Michel Bertrand, en 1823. Mais si, comme nous le voyons, les principales stations thermales d'Auvergne avaient été déjà étudiées et décrites, les nombreuses sources qui émergent de tous côtés sur ce sol privilégié étaient encore pour la plupart inconnues.
C'est au zèle et aux travaux du D' Nivet, qu'elles doivent d'ôtre sorties de cette obscurité où les laissait l'indifférence du médecin et du géologue qui, dans cette province d'Auvergne, en rencontrent de nouvelles à chaque pas. On ne saurait trop admirer l'activité que ce savant modeste a dû dépenser pour visiter chacune d'elles, l'analyser^ en rechercher les effets thérapeutiques, soit dans sa composition, soit dans les traditions orales et écrites qu'il a pu recueillir. Son Dtctionnaù*e des eaux minérales restera toujours comme une preuve de l'étendue de son érudition et des ressources qu'il a su en tirer pour être utile à son pays.
EAUX MINERALES D'AUVERGNE. 53
Un autre savant dont le nom nous est cher et dont la générosité a doté notre ville de précieux souvenirs a également consacré aux eaux d'Auvergne ses travaux. Les études de M. Lecoq sur les Eaux du plateau central de la France et sur leurs rapports avec la chimie et la géologie sont venues compléter es recherches plus médicales de son devancier. Enfin nos principales stations ont été le sujet d'intéressantes études pour les médecins qu'y s'y sont établis ; leurs observations jointes aux travaux de MM. Nivet et Lecoq ont également contribué à faire connaître et apprécier les richesses minérales de notre sol.
Les analyses des eaux d'Auvergne faites par le D' Nivet, il y a trente-cinq ans, viennent d'être reprises par M. Truchot, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Clermont, et directeur de la station agronomique du Centre. Les progrès qu'a faits la chimie, les moyens nouveaux dont elle dispose pour donner aux analyses une exactitude rigoureuse, ont engagé ce savant infatigable, dont le nom est déjà connu par de nombreux travaux, à reprendre l'œuvre de M. Nivet et à publier un nouveau dictionnaire des sources minérales du Puy-de-Dôme.
Deux cents sources environ ont été souiîiises à l'analyse dans le laboratoire de la Faculté des sciences; l'habileté de l'opérateur et les précautions dont il s'est entouré assurent à ce travail une autorité scientifique.
L'énumération seule des 235 sources qui com-
posent Touvrage de M. Truchot (1) serait trop longue pour trouver ici une place. Plusieurs d'entre elles présentent du reste peu d'intérêt pour le médecin. Nous voulons cependant citer quelques-unes de ces eaux modestes qui près des groupes thermaux que nous allons décrire viennent solliciter le regard du géologue et justifier quelquefois les préférences du praticien. Nous allons donc, en étudiant la classification la plus naturelle des eaux d'Auvergne, signaler les types les plus saillants de ces sources.
Les nombreuses sources du département du Puy-de-Dôme, dont les échantillons et les analyses figurent cette année à l'Exposition, dans le pavillon des Eaux minérales, peuvent être divisées en dix classes :
1° Les eaux carboniques simples ;
2° Les eaux bicarbonatées sodiques ;
3° Les eaux bicarbonatées mixtes;
4® Les eaux chloro-bicarbonatées légères (moins
de 1 gr.) ; 5° Les eaux chloro-bicarbonatées moyennes (de
1 à 3gr.); 6° Les eaux chloro-bicarbonatées fortes (de 3
à 7 gr.) ; 70 Les eaux ferrugineuses simples ; 8° Les eaux ferrugineuses-bicarbonatées ; 9° Les eaux arsenicales simples; 10° Les eaux chloro-arsenicales.
(1) Truchot, Dicttonnûire des Eaux minérales du Puy-de- Difmey 1818. A. Delahaye.
Plus, une source chlorurée sulfureuse et bitumineuse (eau mère), le Puy de la Poix.
Nous ne trouvons en Auvergne, comme le prouve cette division, ni sources sulfureuses ni sources sulfatées. Les eaux bicarbonatées sodiques pures, comme certains types de Vichy et de Vais, sont également mal représentées, mais la minéralisation des autres classes offre assez de variété pour donner lieu à des applications nombreuses et fournir au médecin des indications thérapeutiques importantes. Aussi allons-nous la passer en revue.
Par eaux carboniques nous entendons quelques sources amétalliques froides qui tirent de leur richesse en acide carbonique toute leur valeur. Véritables eaux de selz naturelles renfermant parfois jusqu'à 2 «',50 d'acide carbonique par litre, ne troublant pas le vin et lui donnant un piquant des plus agréables. L'acide carbonique de ces eaux éveille Tappétit et exerce sur les glandes de Testomac une action stimulante. Il augmente la sécrétion du suc gastrique, active ainsi la digestion et favorise l'assimilation.
Les eaux carboniques ont une action sédative sur les états nerveux de l'estomac; non-seulement elles calment les douleurs qui accompagnent la digestion, et arrêtent les vomissements passagers, mais encore elles sont très efficaces pour combattre ces gastralgies réfractaires à tout traitement qui, par le rejet des matières alimentaires, entraînent une extrême faiblesse.
Nous trouvons dans cette classe, à Ambert, les sources de la Gerbe et de Rodde ; au Ghambon, les sources de la Pique et de la Garde; à Glaine-Montaigut, la source du Cornet; à Saint-Amand Roche- Savine les sources de la Fayolle, de Ghemailles et des Querettes ; à Médague, trois sources voisines et les fontaines du Vernet-Sainte-Marguerite et de Grandrif.
Analyses des eaux carboniques.
EAUX
CABBOIflQVBS.
BBSSB.
Source Thérèse.
ST-AXAKD.
Source
de la
Fayolle.
socncB du Vcrncl-
SAIIVTB- MABGOBBITB.
Température
Acide carbonique ^
Bicarbonate de soude
— de potasse
— de chaux
— de magnésie
Silice
Total des sels
Total| avec Pacide earbonîQue...
au «jw» •••.«.....•......
(Truchot, 1877.)
(Truchot,
lb76.)
(Truchot,
Les eaux bicarbonatées sodiques si abondantes dans les provinces voisines, TArdèche et ie Bourbonnais, sont rares en Auvergne. Nous ne trouvons que les eaux de Courpière et de Ghâteldon, qui, par la prédominance du bicarbonate de soude et Tabsence presque complète de chlorures, peuvent être rangées dans cette classe. Cependant, aux carbonates de soude et de chaux, se joint-il encore une certaine quantité de fer qui leur imprime un caractère que n*ont pas les eaux alcalines qui en sont privées. Les dyspepsies acides chez les anémiques, les dyspepsies pituiteuses chez les sujets nerveux se trouveront toujours bien de Tusage de ces eaux, sédatives par leurs principes alcalins, et toniques par leur carbonate de chaux et de fer. Elles seront prescrites dans ces cas nombreux qui réclament les alcalins et où la faiblesse du sujet pourrait faire redouter TefTet dépressif de cette médication. Ces eaux en effet, quoique sédatives, sont rarement débilitantes.
TABhEAU :
Analyses des eaux de Gourpière.
EAUX
BlCXkBOXATBBS 800IQUBS.