DYSPEPSIE
Dans son acception la plus générale ,e mot dyspepsie représente l’affaiblissement et la perversion des facultés digestives. |
Ces troubles, purement fonctionnels, sont ou essentiels, c’està-dire indépendants de toute lésion organique, ou symptomatiques d’une affection locale, soit du tube digestif, soit de tout autre organe, ou d’une maladie générale, telles que la chlorose ou l’anémie. ;
Nous ne nous occuperons point ici de la dyspepsie symptomatique, parce que son étude rentre dans le cadre des maladies qui lui donnent naissance, et il ne sera ici question que de ces troubles fonctionnels de la digestion, dont la persistance est un caractère distinctif de la simple indigestion.
Les phénomènes de la dyspepsie se montrent après les repas et se traduisent d’une manière générale par une sensation de pesanteur, plus ou moins douloureuse à l’épigastre, par des bâillements, des éructations, des aigreurs quélquefois, par la céphalalgie, une faiblesse générale ct l’accablement.
Presque toujours les malades n’ont aucun appélit, et dans quelques cas cette anorexie est le symptôme le plus saillant de la dyspepsie.
D’autres fois tout se borne à des aigreurs, c’est-à-dire à une . sensation d’acidité qui remonte le long de l’œsophage.
Dans d’autres circonstances il se fait un développement plus ou moins considérable de gaz, sans goût et sans odeur, qui ballonnent Pépigastre et s’échappent par la bouche ou par l’anus, selon que la dyspepsie est stomacale ou intestinale.
D’autres fois la langue devient Saburrale, il y à dégoût, digestions lentes et rejet de mucosités plus ou moins sapides.
Quelquefois il se produit une véritable runination, c’est-àdire le retour des aliments dans la bouche, à une distance plus ou moins éloignée des repas, à ce point que les aliments doivent être ingérés de nouveau ou rejetés au dehors.
Les vomissements ne se montrent guère qu’accidentellement ; mais dans quelques circonstances ils constituent le caractère de la maladié.
La douleur proprement dite est un phénomène assez rare dans la dyspepsie simple; quand elle existe, elle est due à la gastralgie, qui complique quelquefois la maladie qui nous occupe, à ce point que M. Chomel en a fait une variété sous le nom de dyspepsie qgastralgique.
Par le tableau rapide et nécessairement incomplet que nous venons de faire des principaux phénomènes qui accompagnent la dyspepsie, on voit combien est changeante et variable la physionomie de cette affection. Aussi les auteurs qui se sont occupés de ce sujet ont-ils multiplié les divisions et les suübdivisions et établi presque autant de formes dé dyspepsie qu'il ; avait de symptômes prédomimants.
La nature et les limites de cet ouvrage nous interdisent, gt
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des nécessités impérieuses ne l’exigent pas, des excursions dans le domaine purement spéeulatif, et en cette place, létiologie de la dyspepsie nous est plus importante que la connaissance de Ja prédominance de tel ou tel symptôme.
Quelles sont donc les causes de la dyspepsie ?
Les unes se rattachent à la violation des lois de l'hygiène; les autres se rapportent à la faiblesse primilive ou acquise des organes digestifs.
Cette distinction fondamentale dans l’étude de la dyspepsie va nous rendre compte des effets thérapeutiques obtenus aux stations thermales les plus opposées par leur composition chimique.
Les dyspepsies nées sous l'empire d’une hygiène détestable, telle que nourriture insuffisante ou mauvaise, vicieuse distribution des repas, absence d’exercice, préoccupations morales, travaux intellectuels prolongés, etc., peuvent très-bien céder par le retour à une hygiène meilleure, et, dans ce cas, la médication thermale agit presque exclusivement par les conditions hygiéniques qu’elles présentent. Sans doute le séjour à la cam- -pagne ct un voyage d'agrément eussent produit les mêmes effets, et ces circonstances expliquent les résultats obtenus dans toutes les stations thermales, alors que, par leur composition chimique, les eaux n'étaient ni nuisibles ni dangereuses.
Mais lorsque la dyspepsie est sous la dépendance d'une fai-
blesse primitive ou acquise des organes digestifs, la bonne hygiène des slations thermales ne suffit plus, et il faut alors que les eaux exercent une action spéciale sur l’organe malade.
L’acide carbonique joue ici un rôle capital par lexeitation qu'il imprime à l’estomac et par suite aux fonctions digestives.
Il faut donc, comme première règle générale, que les eaux employées contiennent de l'acide carbonique.
Après cette première condition, qui nous paraît iadispensable, on fixera son choix, selon certaines conditions que nous allons déterminer, soit sur les eaux alcalines, soit sur les eaux ferrugineuses, soit sur quelques sources sulfatées faiblement minéralisées.
Les eaux bicarbonatées, qu’elles soient à base de soude ou de chaux, .sont comme les spécifiques de la dyspepsie. Au nombre des stations les plus recommandables sous ce rapport, nous placerons Vichy, Vals, Pougues, Saint-Alban, Chaudes-Aigues, Aix, Vic-le-Comte et Vic-sur-Cère. Vichy et Vals sont des caux quelquefois trop fortes pour pouvoir être supportées par des cstomacs souffrants ; cette vérité est tellement incontestable que M. Durand-Fardel, dont l'opinion est d’un si grand poids en semblable matière et par le talent qui le distingue et par la position honorable qu'il s’est faite à Vichy depuis un grand nombre d'années, la constate lui-même à l’article dyspepsie de son dernier ouvrage : « Il ne manque qu’une chose à Vichy sous ce-rapport, dit-il, ce sont des sources faiblement minéralisées. Aussi, lorsqu’à propos de toutes les sources minérales qui viennent à se découvrir ou à s’obtenir artificiellement à Vichy ou dans les environs, on s’efforce de prouver qu’elles sont plus minéralisées ou plus fortes que leurs aînées, on a bien tort : ce ne sont pas les sources fortes qui manquent à Vichy, ce sont les sources faibles !, »
D'autres sources, au contraire, Saint-Alban, les deux Vic, Claudes-Aigues, ont un degré de minéralisation trop faible et n’agissent guère que par leur température élevée ou par l'acide carbonique qu’elles contiennent.
Pougues tient le milieu entre ces deux extrêmes, et cette juste modération dans la quantité des principes minéralisateurs explique les succès que les malades y obtiennent après avoir vainement essayé de Vichy ou de Saint-Alban.
. Quand la dyspepsie est liée à un état anémique, les eaux ferrugineuses sont indiquées de préférence aux eaux alealines, et: l’on doit, avant de recourir aux sources de Vichy, de Pouques ou de Saint-Alban, visiter les sources ferrugineuses gazeuses, au nombre desquelles nous citerons Andabre, Lamalou, Sylvanés, Orezza, Chäteau-Gonthier, Forges; etc.
Si la dyspepsie s'accompagne d’une grande surexcitation ner-
1 Traité thérapeutique des eaux minérales, page 540.
veuse; si des douleurs gastralgiques compliquent les troubles fonctionnels du tube digestif ; en un mot, si l’on a affaire à ce que nous avons appelé la dyspepsie gastralgique, il faudra s’adresser aux sources faiblement minéralisées, telles que Plombières, Bagnols, Sermaize, au secours desquelles viennent puissamment les procédés hydrothérapiques.