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GOUTTE

On a tellement écrit sur la nature de là goutte sans arriver à rien de précis, que nous craignons, en exposant nos idées propres, d'ajouter une nouvelle dissertation à tant d’autres, au grand détriment du côté pratique, et, comme on dit, de laisser la proie pour l'ombre.

À l'exemple de toutes les maladies dont l’essencé nous est

inconnue, la goutte ne peut être définie que par une courte description des symptômes qui la constituent. Elle est caractérisée par des douleurs spontanées, périodiques, survenant prineipalement dans les petites articulations, avec formation à la longue de concrétions dures dites fophacées, et avec déplacement du principe qui amène ces douleurs, qui peut se fixer sur quelquesuns des principaux viscères.

La goutte n’est pas constamment identique avec elle-même ; elle revêt des formes différentes dont les auteurs se sont plu à grossir le nombre, mais qui peuvent se réduire aux trois variétés suivantes : goutte aiguë, goutte chronique fire, goutte chronique mobile.

Nous allons étudier, au point de vue de la SRE thermale, chacune de ces trois variétés.

Goutle aiguë, — Nous pourrions ne pas insister sur celte forme de la goutte, parce que, ainsi que nous le dirons tout à l'heure, la médication thermale cst formellement contre-indiquée pendant la période de l’état aigu. Mais, pour bien faire comprendre les phénomènes de chronicité dont nous parlerons tout à l’heure et qui, dans beaucoup de cas, succèdent à l’état aigu, nous devons nous arrêter un instant à ce début de la maladie.

La goutte aiguë commence presque toujours par une douleur vive aux gros orteils, particulièrement la nuit. De là elle <e porte vers les petites articulations, après avoir donné lieu à divers accidents sympathiques qui ont surtout rapport aux organes digestifs; ce n’est que par la suite qu’elle se fixe sur les grandes articulations. Pendant les accès, une douleur brûlante et lancinante, avec gonflement, tension et rougeur, s'empare de larticulation affectée ; une ou plusieurs articulations peuvent en être frappées, soit en même temps, soit successivement, ct dans l’un ou l’autre cas l'accès se termine par résolution au bout de sept à trente jours et plus.

Les phénomènes franchement inflammatoires qui accompagnent toujours cet état contre-indiquent formellement la médication thermale. Cependant, comme un intervalle plus ou moins

long peut séparer les accès, ct qu'une première attaque de goutte doit toujours cn faire craindre de nouvelles, on pourra, même alors que la maladie n’a pas encore revêtu la forme chronique, recourir aux eaux minérales; mais alors il faudra avoir soin de ne faire intervenir cette thérapeutique qu'à une époque aussi éloignée que possible des accès passés et futurs, ct jamais pendant les accès.

Les stations thermales qui, en France, peuvent avoir quelque prétention sérieuse à être utilement employées dans cette première forme de goutte sont assez peu nombreuses ; mais le rôle de chacune d'elles est assez bien défini, et l’on peut dire qu'ici la qualité remplace la quantité.

Ces stations thermales, au nombre de trois,sont ice Bourbon-{' Archambault et Néris.

Quand la goutte est franche et régulière, quand elle s’accompagne de dyspepsie ou de gravelle urique, Vichy doit avoir la préférence.

Si le malade à un tempérament lymphatique prononcé, il ira à Bourbon-l'Archambault ; s'il v a, au contraire, tendance à la pléthore, Vichy devra encore être choisi.

Quand le système nerveux-sera très-irritable, quand le tempérament sera nevropathique, Néris, et Néris seul, sera réellement profitable.

Sous le rapport qui nous occupe, l’Allemagne se place avanfageusement à côté de la France, et Curlsbad, Air-la-Chapelle et Wüesbaden, ont au delà du Rhin, une réputation égale à nos trois stations thermales, Les limites de ce volume, exelusivement consacré aux eaux minérales de notre pays, ne nous permettent aucune excursion à l’étranger; mais nous reviendrons sur ce point dans le volume où nous étudions toutes les caux minérales de l’ancien et du nouveau continent.

Goutte chronique fire. — Appelée par les auteurs goutte atonique ou asthénique, goutte froide et goutte blanche, elle succède fréquemment à la goutte aiguë au bout d’un temps plus ou moins long qui rarement est inférieur à deux ans. À cette période de la maladie, les accès n’offrent plus le caractère Imflam-

matoire et fébrile ; des spasmes et des crampes se ont sentir dans les muscles, et les accès, s'ils sont moins douloureux, deviennent beaucoup plus fréquents. Les fonctions digestives s’altèrent presque toujours, soit avec des alternatives d’appétit vorace et de nausées, soit avec des aigreurs, des rapports acides, la constipation, la diarrhée, etc. Les articulations affectées, libres jusqu'alors, éprouvent une rigidité inaccoutumée et deviennent bientôt le siége de concrétions d’une matière dure, particulière, dite fophacée. Ces éoncrétions, dont le volume varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’une grosse noix, occupent, en nombre indéterminé, des positions diverses. On a vu quelquefois ces concrétions déterminer des ulcérations à la peau et être ainsi éliminées par la suppuration.

Goutte chronique mobile dite également goutte vague, irréquhière, nerveuse. — Cette variété succède fréquemment aux deux précédentes, surtout quand la goutte aiguë n’a pas présenté des caractères franchement inflammatoires; elle peut aussi se développer d'emblée chez les vieillards ou les individus affaiblis par un mauvais régime ou des maladies antérieures.

Ainsi que l'indique son nom, cette variété a pour caractère saillant la mobilité; elle passe rapidement, et souvent même pendant le même accès, d’une articulation à une autre, et peut ainsi en envahir cinq et six. D’autres fois elle se porte sur des organes essentiels et peut alors mettre en danger la vie du malade.

Au point de vue de la thérapeutique thermale, ces deux variétés de la goutte chronique ne présentent que des nuances que nous allons nous attacher à faire ressortir.

Si la goutte chronique est franche, avec ou sans manifestations douloureuses, si surtout l’état dyspeptique se montre ainsi que la gravelle, Vichy sera d'autant mieux conseillé que ses sources ferrugineuses pourront être concurremment employées contre l’affaiblissement dont l'organisme est alors assez souvent frappé.

Cependant si cette langueur était très-prononcée et l’état asthénique développé, il faudrait donner la préférence aux eaux

chlorurées sodiques, telles que Bourbonne, Bourbon-l’Archambault, etc., et dans les cas où l’anémie prédominerait, s’adresser aux eaux ferrugineuses ; si les fonctions de la peau et du système nerveux étaient languissantes, on recourrait aux eaux sulfureuses les plus actives, telles que Cauterets, Luchon, Bagnols, etc. ; si au contraire le système nerveux était dans un état névropathique, il faudrait s'adresser aux caux faiblement minéralisées, telles que Néris, Bains, Luxeuil, etc.

Enfin contre les engorgements goutteux, les concrétions articulaires, les ankyloses, etc., on donne la préférence aux eaux chlorurées sodiques les plus fortes.

En Allemagne, à Tœplitz, qui semble avoir la spécialité du traitement de la goutte, on précomise les bains dont la température varie selon l'effet à obtenir : il y a les bains #ièdes, les bains chauds et les bains brillants; ces derniers employés surtout contre les lésions les plus graves des articulations.

La durée de ces bains est de une heure pour les tièdes, de 30 à 40 minutes pour les chauds, et de 15 à 20 minutes pour les bains brûlants.

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