QUATRIÈME CLASSE. — EAUX CARBONATÉES
Cette classe des eaux minérales, une des plus importantes de. Vhydrologie médicale, répond aux acidules alealines et aux aci- . dules simples ou calcaires de l'Annuaire. Pour nous, la ca ractéristique de cette division est la prédominance des carbonates alcalins.
Le carbonate de soude est celui qu s’y rencontre lé plus ordinairement ct en plus grande proportion; puis, vient
le carbonate de chaux, et enfin, le carbonate de magnésie. - Dans un très-grand nombre de sources, ce sel est à l’état de bicarbonate, par suite d’un excès d’acide carbonique qu’elles contiennent.
D'autres éléments se rencontrent aussi dans ces eaux, et quelquefois, en assez grande abondance ; nous citerons les sulfates, les chlorures, le fer, le soufre, etc., dont la présence peut, jusqu'à un certain point, modifier, ou pour mieux dire, agrandir le cadre des vertus thérapeutiques de ces eaux, mais ne saurait en masquer la caractéristique.
Généralement transparentes et claires, et sans odeur appréciable, les eaux carbonatées sont tantôt insipides, et tantôt ont une saveur alcaline, lixivielle, et empruntent souvent le goût des éléments qui accompagnent les carbonates; ainsi, les unes sont aigrelettes, à cause de l'acide carbonique qu’elles contiennent en abondance; les autres ont le goût d'œufs couvés, à cause de l'acide sulfhydrique qui s’en dégage, etc., etc.
La température des eaux carbonatées est très-variable : cellesci, telles que Vichy, sont chaudes; celles-là, telles que Cusset, Hauterive, Pougues, sont froides.
Outre les propriétés excitantes qu’elles partagent avec presque toutes les eaux minérales, les carbonatées jouissent de certaines vertus thérapeutiques qu’elles doivent à l’alcali qu’elles renferment, et à l'acide carbonique qu’elles dégagent.
L’alcali abord une action sur le sang, dont il empêche la
coagulation; aussi, après un usage plus ou moins prolongé des eaux carbonatées, le sang, rendu alcalin, devient plus fluide; ensuite, ce sang porte dans toute l’économie lalcalinité dont il est chargé, et agit sur l’acide urique, dontl’excès forme des dépôts, des concrétions morbides qui donnent naissance à la goutte, à la gravelle, à la pierre, ete. L’alcali transforme lacide urique en urate qui, par sa facile dissolution, est rejeté avec les urines,
En troisième lieu, l’alcalis’empare des acides qui se forment dans l’estomac, et prévient ainsi les désordres graves qu'amène la présence de ces acides en excès, |
Enfin, en dehors de cette action neutralisante si remarquable, les eaux carbonatées exercent une influence particulière sur le foie et sur la sécréiion biliaire, surtout quand cette sécrétion est anormale. Quelle est la nature de cette influence ? Faut-il en faire honneur aux alcalis seuls, qui neutraliseraient encore ici quelques excès d’acides, ou convient-il d’en rapporter les effets à l’excitation produite sur cet organe par l'acide carbonique? Nous ne savons ; mais ce qu'une longue expérience ne permet pas de mettre en doute, c’est que les affections du foie et les maladies qui sont dans la dépendance d'une sécrétion irrégulière de la bile retirent les plus grands avantages de l'emploi des eaux carbonatées.
On voit donc, par la seule action chimique de ces eaux, à combien d'états morbides différents peut être appliquée la médication alcaline; nous en ferons tout à l'heure l’énumération. Cependant toutes les eaux carbonatées n’ont pas une action égale et identique; la nature de l’alcali qui prédomine apporte centre elles quelques différences, et il nous faut, par conséquent, examiner séparément les eaux carbonatées à base de soude et les carbonatées à base de chaux, que nous avons nommées dans la classification carbonalées sodiques et carbonatées calcaires. — Le carbonate de magnésie qui se rencontre dans presque toutes ces eaux n’y figure jamais assez en grande abondance pour permettre de former avec lui une troisième subdivision.
Eaux carbonatées sodiques. — Ces eaux sont les plus imiportantes de cette classe, non-seulement à cause de la soude, qui estl’alcali par excellence, mais encore par la présence en excès de l’acide carbonique, qui retient en dissolution tous les éléments solides qui contribuent, aux propriétés thérapeutiques. de ces eaux. Aussi, dans celles de ces sources où l’acide car-. bonique est en moindre abondance, ou se dégage trop rapidement, l’action thérapeutique est à ce point diminuée qu’on serait tenté de partager ces eaux en /ortes et en faibles, comme on à proposé de le faire pour. les eaux salines.
Dans son rapport à l’Académie demédecinesurle service médi-
DE LA FRANCE “nr AE
cal des établissements thermaux (années 1849 et 1850), M. Patissier résume ainsi les propriétés médicales des eaux carbonatées sodiques, qu’il désigne sous le nom d’alcalines : «Ges eaux sont éminemment alférantes, C'est-à-dire qu’elles ont la propriété de changer la constitution des liquides et des solides de Péconomie ; elles diminuent la plastieité du sang, rendent plus fluides nos humeurs et impriment un caractère alcalin aux sécrétions acides, particulièrement aux urines et aux sueurs. Leur principale vertu thérapeutique se déploie dans les maladies chroniques des viscères du bas-ventre, dans la dyspepsie, la gastralgie, l’entérite et la colite chroniques, les engorgements passifs du foie, de la rate, les coliques néphrétiques, la gravelle, la goutte. Le plus ordinairement, l'amélioration ou la guérison de ces maladies s’effectue d’une manière insensible, sans qu'il apparaisse de mouvement critique. »
Principales sources carbonatées sodiques : Avène, Boulou (le), Châteauneuf, Chaudesaigues, Junzat, Medague, Montbrison, Mont-Dore, Rouzat, Royat, Saint-Alban, Saint-Laurent, Saint- Martin-de-Fenouilla, Saint-Myon, Sail-sous-Couzan, Sauxillanges, Soultmatt, Vals, Vichy, Vic-le-Comte, Vic-sur-CGère.
Eaux carbonatées calcaires. — Le bicarbonate de chaux constitue la caractéristique de ces eaux, mais il y est presque tou- Jours accompagné par le carbonate de soude dans une proportion égale ou Imférieure à la sienne, ce qui expliqne lanalogie d'action thérapeutique des deux subdivisions des eaux earbonatées.
Cependant, quelques-unes de ces sources ont le carbonate de soude et le carbonate calcaire ën si faible quantité, qu’elles ne possèdent réellement aucune vertu médicatrice; seulement, l’acide carbonique dont elles sont chargées les rend digestives, et en fait des boissons de table agréables.
Nous avons cru devoir placer ces eaux dans le cadre des carbonatées calcaires, parce que, grâce à la présence de lacide carbonique, elles tiennent toujours plus ou moins en suspension
quelque composé calcaire, et pour ne pas surcharger notre cata-
logue d’une nouvelle classe d'eaux dont le rôle, en thérapeutique, est en définitive insignifiant.
Heureusement, toutes F3 sources carbonatées calcaires ne sont pas frappées de cette nullité médicatrice, et il en est, parmi elles, dont les effets curatifs les font rivaliser avec les sources les plus riches en bicarbonate de soude. Cependant, si les effets thérapeutiques des carbonatées calcaires sont identiques à ceux des Carbonatées sodiques, il faut reconnaître que l’action des premières est généralement moins énergique que celle des secondes. Cette différence d’activité offre souvent une ressource précieuse, car il est des malades qui ne peuvent, sans gradation, supporter l’usage des carbonatées sodiques un peu fortes. Pougues, qui n’est qu'à une petite distance de Vichy, voit souvent des malades arriver de cette dernière station, yfaire une saison, et, ainsi préparés retourner ensuite à Vichy compléter leur cure.
Principales sources carbonatées calcaires : Aix en Provence, Alet, Bulgnéville, Celles, Chambon, Chateldon, Clermont, Condillac, Foncaude, Foncirgue, Fonsanche, Monestier-de-Glermont, Montégut-Segla, Pougues, Renaison, Rosheim, Saint-Galmier, Tessières-les-Bouliès, Veyrasse (la).