‹ Les eaux minérales de la FranceChapitre 26 sur 173 · TROISIÈME CLASSE. — EAUX SULFATÉES · texte numérisé non relu

TROISIÈME CLASSE. — EAUX SULFATÉES

Comme son nom l'indique, cette classe des eaux minérales est caractérisée par la prédominance des sulfates ; les bases les plus ordinaires qui constituent ces sels,-sont la soude, la magnésie el la chaux, et établissent tout naturellement trois divisions qui sont : 1° les sulfatées sodiques ; 2° les sulfatées magnésiques ; 3° les sulfatées calciques.

Cependant ces distinctions ne sont pas tellement tranchées qu'on ne rencontre un certain nombre de sources dans lesquelles figurent, à peu près en égale quantité, deux sulfates de base différente, et alors, selon la nature des deux sels, on obtient des sulfatées sodi-magnésiques ou des sulfatées sodi-calciques. I n’est pas nécessaire d'établir une subdivision pour chacune de cés variétés qui, selon la prédominnace de la base, quelque minime qu’elle soit, trouve sa place dans une des divisions précédemment établies. |

De plus, outre les sulfates qui restent les principes minéralisateurs dominants des eaux sulfatées, celles-ci contiennent, en momdre proportion, il est vrai, d’autres éléments, tels que des -Chlorures, des carbonates, du fer, de lacide carbonique, de acide sulfhydrique, etc., qui peuvent apporter certaines modifications dans les propriétés générales de ces eaux, et dont par conséquent 1l est utile de tenir compte.

Mais la présence de quelques-uns de ces principes ne saurait leur donner le droit de figurer comme éléments de classification, et il nous suffira de les signaler dans les sources qui les contiennent.

Enfin, celles de ces eaux qui renferment du fer, comme celles de Passy, par exemple, trouveront naturellement leur place dans le cadre que nous avons réservé aux eaux ferrugineuses.

En résumé, les eaux sulfatées se diviseront en: |

1° Sulfatées sodiques ; 2° Sulfatées magnésiques ; 3° Sulfatées calciques.

Les eaux sulfatées, dont les unes sont froides et les autres thermales, sont, en général, claires et transparentes, quoiquelles forment, pour la plupart, dans les conduits ou aux | alentours des sources, des dépôts terreux et calcaires. À moins qu’elles ne laissent dégager une assez grande quantité d'acide. carbonique, elles ont une saveur assez désagréable; et les chaudes rappellent le goût d’un bouillon léger, lorsqu'elles ne sentent pas l'acide sulfhydrique.

Propriétés physiologiques et médicales, — Parmi les eaux sulfatées, les unes sont fortement -minéralisées et les autres le sont à peine : cette différence de composition amène fatalement une différence d’action sur l'organisme, car tandis que les premières sont laxatives et mêmes purgatives, les autres sont apérilives et sédatives.

Prises à l’intérieur et à la dose de quelques verres par jour, elles stimulent légèrement la muqueuse du tube digestif et en augmentent la sécrétion. Elles deviennent fortement purgatives lorsqu'on en fait abus, c’est-à-dire lorsqu'on les prend pendant trop longtemps et à des doses trop élevées. Les maladies qui en réclament l’emploi exigent bien rarement une pareille activité d’action ; dans la presque majorité des cas, il suf= fit d'obtenir quelques évacuations douces et journalières, et d'atteindre la cure, non par une révulsion énergique, mais pa une lente et salutaire excitation,

C’est ainsi que les eaux sulfatées deviennent apéritives et sé-

datives, même les plus minéralisées, si elles sont prises à petites doses.

Les divers degrés de stimulation que l’on peut, avec ces eaux, produire sur le tube digestif, expliquent les propriétés quelquefois contraires que les auteurs attribuent à cette classe d'eaux minérales, et l'amélioration qu’en éprouvent les maladies Jes plus disparates. [1 semble que ces eaux soient une panacée universelle ; mais sans pousser l’hyperbole aussi loin, il faut cependant reconnaître que leur action s’étend à un grand nombre d’affections, à la condition pourtant de bien préciser les indications, c'est-à-dire de choisir la source dont le degré de minéralisation sera compatible avec les forces, et surtout avec l’état du tube digestif du malade ; car on comprend à quels dangers peut exposer une erreur de cette nature, si, cherchant un effet sédatif, par exemple, on aboutit à une irritation violente qui accélère la circulation et augmente la plasticité du sang.

Comme dans toutes les eaux, le degré de température modifie plus ou moins les propriétés des eaux sulfatées. Les sources froides sont généralement plus laxatives ; elles sont difficilement supportées, si elles ne contiennent pas de l’acide carbonique ; les sources chaudes sont plus particulièrement toniques,

- et sont indiquées quand il faut ranimer, exciter les systèmes vasculaire, lymphatique et glandulaire.

Les eaux sulfatées sont également employées à l'extérieur, soit pour aider l’action de celles qui sont prises par l’estomac, soit même pour les remplacer quand elles ne peuvent être digérées.

Les affections contre lesquelles les eaux sulfatées ont été préconisées sont si nombreuses, que nous éprouvons quelque embarras à -les énumérer ici; nous préférons, pour obéir à la règle que nous avons posée tout à l'heure relativement aux soins à apporter dans le choix de la source, fraetionner ce catalogue et en faire une part pour chacune de nos subdivisions.

Les maladies dans lesquelles l'emploi des eaux sulfatées est Contre-mdiqué sont toutes les maladies anémiques, caractérisées par un appauvrissement du sang auquel forment ordinai-

rement cortége les œdèmes, les hydropisies, et tous ces accidents douloureux et bizarres d’une extrême sensibilité nerveuse.

Eaux sulfatées sodiques. — Ce genre des eaux sulfatées est peu représenté en France ; nous le retrouverons ailleurs occupant une place importante parmi les eaux minérales de la Bohême ; en France, si l’on en excepte Miers, dans le Lot, Chatelguyon, en Auvergne, et Evaux dans la Creuse, les sources que nous rangeons dans cette catégorie sont peu minéralisées, mais sont remarquables, les unes par leur thermalité, comme Plombières, et les autres par la présence de l'acide carbonique qu’elles laissent dégager.

Si l’on n’avait égard qu'au sulfate de soude qu’elles contiennent, ces eaux devraient être éminemment purgatives ; mais Ja quantité de ce sel est si minime que les plus riches de ces eaux ne sont que relâchantes et apéritives ; les moins minéralisées . sont sédatives, comme nous l’avons dit plus haut.

Quelques-unes de ces eaux laissent percevoir le goût de l’acide sulfhydrique ; mais cet acide, produit de la décomposition du sulfate mis accidentellement en contact avec des substances organiques enfouies dans la terre, n’est jamais ni assez suffisant ni assez stable pour donner à ces eaux les propriétés des eaux sulfureuses.

Si l’on fait attention que, des eaux sulfatées sodiques, les sources les plus riches en sulfate de soude exercent une certaine stimulation sur le tube digestif; que les moins minéralisées sont sédatives; que les unes ont une température élevée, tandis que les autres laissent dégager une assez grande quantité d'acide carbonique, on comprendra que ces eaux, selon les propriétés chimiques et physiques que nous venons de leur reconnaître, peuvent agir : |

1° Dans les engorgements atoniques des organes abdominaux;

2° Dans les affections chroniques, avec torpidité, du tube digestif, du foie, de la rate et de l'utérus;

3° Dans la goutte, quand elle est sous la dépendance des troubles des fonctions digestives et assimilatrices ; : …

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4° Dans les dermatoses constitutionnelles ou chroniques par suite d’une congestion sanguine à la peau;

5° Enfin, dans toutes les affections où une dérivation sur le tube intestinal est indiquée, comme dans les congestions sanguines vasculaires de la tête, des poumons et du cœur.

. Principales sources sulfatées sodiques. — Bains, Chatelguyon, Evaux, Miers et Plombières.

Eaux sulfatées magnésiques. — Cette subdivision des eaux sulfatées est encore bien moins représentée en France que les eaux sulfatées sodiques ; jusqu'en ces derniers temps, on ne connaissait guère que la source de Sermaize, dans la Marne, qui eût donné à l’analyse une suffisante quantité de sulfate dd magnésie, et encore, au point de vue thérapeutique, son action était plutôt celle d’une eau ferrugineuse que celle d’une eau purgative. nn)

Mais, depuis quelques années, une source; découverte dans Vaucluse, est venue combler 1c vide que faisaient les eaux sulfatées magnésiques dans le catalogue pourtant si riche des eaux minérales de la France; cest la source de Montmirail. M. O. Henry l’a trouvée si riche en sulfates magnésiques et sodiques, qu'après l’avoir déclarée unique en France, il Va mise au même rang que les eaux si renommées de Sedlitz, d'Epson et de Seidchutz.

En dehors des eaux de Sermaize etde Montmirail, nous n’avons guère que des sources peu minéralisées, parmi lesquelles nous classerons cependant celles qui sont relâchantes ct laxa- {ives.

Leur action thérapeutique ne s'éloigne pas sensiblement de celle des eaux sulfatées sodiques ; nous n’aurons donc pas à y revenir ici.

… Principales sources sulfatées magnésiques. — Bagnères-Saint- Félix, Ginoles, Montmirail, Sermaize, Soulieux.

«Eaux sulfatées calciques. — L'action thérapeutique du sulfate de chaux a été niée par les uns et affirmée par les autres ; tandis que ceux-ci considèrent ce principe comme inutile,

sinon comme nuisible, ceux-là, Graaf, entre autres, lui recon-

naissent des propriétés fortifiantes, capables de relever les forces vitales. M. Filhol est à peu près de cet avis, quand il dit : « Je suis loin d’être convaincu que le sulfate de chaux, qui est prédominant dans les eaux salines séléniteuses, n’entre pour rien dans leur action médicatrice. » |

Bien que nous ignorions la manière dont les eaux sulfatées calciques agissent sur nos organes, on ne peut douter, par une expérience de plusieurs siècles, de l'efficacité des sources qui contiennent cet élément minéralisateur.

Les eaux séléniteuses salines sont en général peu minéralisées ; elles contiennent de 1 à 3 grammes de minéralisation, et dépassent rarement ce dernier chiffre; presque ‘toutes sont thermales, mais plutôt tièdes que chaudes ; selon leur degré de minéralisation, elles sont ou légèrement laxatives ou hyposthéni- , santes, c’est-à-dire calmantes ; aussi sont-elles employées avec succès dans les ‘affections spasmodiques et les névroses; et, grâce à la légère stimulation qu’elles produisent sur le sube digestif, dans les entérites et les dyssenteries chroniques.

Les eaux séléniteuses étant généralement pesantes à l’estomac et d’une digestion difficile, on en fait usage plutôt en bains qu’en boisson; cette règle pourtant souffre des exceptions.

Principales sources sulfatées calciques :. Audinac, Aulus, Bagnères de Bigorre, Bagnols, Barbazan, Bio, Capvern, Con-. trexeville, Dax, Encausse, Monestier (lé) près Briançon, Propiac, Roche-Posay (la), Saint-Amand, Sainte-Marie, Sirodan, Ussat, Vitte]l.

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