AFFECTIONS DE L’'ESTOMAC
Il est évident que dans les maladies graves de l’estomac, tel l’ulcère peptique ou même le cancer, une eau minérale est tout à fait inutile et même contrindiquée, puisque son emploi retarde des interventions thérapeutiques plus urgentes. Mais là où la crénothérapie prend toute son importance, c’est dans le cas d’hypersthénie et d’hyposthénie gastrique.
La première est caractérisée, comme son nom l’indique, par une surexcitation des fonctions de l’estomac; les glandes sécrètent du suc gastrique en trop grande abondance, les mouvements péristaltiques sont trop vifs, bref nous sommes en présence d’un syndrome clinique pouvant simuler l’ulcère de l’estomac. Les malades se plaignent de brûlures après les repas, soit
immédiatement après, soit 1 heure à 2 heures plus tard. Ils ont fréquemment des régurgitations acides, des sensations de crampes et de temps en temps des vomissements.
Les hyposthénies gastriques ont une allure toute opposée à celle que nous venons de décrire. Les patients souffrent de digestions lentes et difficiles. Ils ont un dégoût pour manger des aliments gras ou même de la viande. Les mouvements péristaltiques, observés à la radiographie, sont lents et paresseux, l’estomac est souvent ptosé, en même temps dilaté avec une poche d’air volumineuse. Ce dernier fait, lié pour une part à de l’aérophagie chez des sujets névropathes, détermine des régurgilations et des pituites désagréables et, par déplacement du cœur dû à la poche, des palpitations. Par suite de la digestion insuffisante dans l’estomac, de la diarrhée ne tarde pas à s’installer fréquemment.
Chose curieuse, l’eau de Sierck est indiquée et très efficace dans les deux cas. Dans une autre partie de cet exposé nous avons déjà vu combien les eaux chloruréessodiques rehaussent les contractions de la musculature atone de l’estomac et stimulent la sécrétion du suc gastrique.
Von Noorden et Dapper, après de belles expériences faites avec l’eau de Hombourg (source Elisabeth) qui se rapproche beaucoup de la source de Sierck, publient en particulier 7 cas, où, après cessation de la cure de boisson, l’acidité du suc gastrique était normale, tandis qu'auparavant on avait pu constater une forte hypoacidité. Bickel examina l’action du Kochbrunnen de Wiesbaden sur des chiens opérés et munis de fistules
de Pawlow et sur une petite fille fistulisée également pour un rétrécissement de l’œsophage. Aussi bien sur l’animal que sur l’homme ïil pouvait constater une augmentation considérable de la quantité et de l’acidité du : uc gastrique.
Donc ces expériences prouvent largement combien sont actives les eaux chlorurées-sodiques, stimulantes dans les Hyposthénies gastriques. Elles confirment les résultats nombreux qu’on avait obtenu empiriquement depuis des siècles.
Cependant il nous est difficile d’expliquer un autre fait également connu et constaté par maints et maints exemples, à savoir l'efficacité non moins grande de ces eaux dans les gastrites hypersthéniques. Dapper a publié 17 cas, traités par l’eau de Kissingen (chloruréesodique) où l’hyperacidité manifeste au début du traitement a fait place à une acidité normale, après une cure de boisson. Il insiste sur le fait que ces bons résultats ne sont pas à imputer à la diète, puisque dans. tous les cas le régime avait été essayé sans succès auparavant. « J’ai vu, dit-il, ce succès admirable si souvent ‘et si manifestement que je ne voudrais pas être privé des eaux chlorurées-sodiques dans le traitement de quelques formes d’hyperacidité, je dois même considérer une cure de boisson, bien conduite, avec ces eaux, comme le moyen le plus puissant pour guérir ces troubles graves de la fonction gastrique ». Et plus loin il ajoute: «Nous voyons donc que la même médication (cure de boisson aux eaux chlorurées-sodiques) se montre salutaire dans deux formes de maladie d’estomac, qui pourtant, au point de vue chimisme, sont l’opposée l’une de l’autre. Dans les deux cas l’action curative devient
de suite compréhensible, si l’on observe objectivement la digestion stomacale. Mais seulement l'observation du malade pouvait nous renseigner. Si nous n'avions pratiqué notre étude que sur l’homme saïn, le pont entre la théorie et la pratique n'aurait pas pu être jeté».
Peut-être faut-il penser que l’amélioration par la cure dans les gastrites hypersthéniques est due à la disparition de troubles nerveux ou de la constipation qui accompagnent l’hypersthénie de l’estomac. Mais nous voyons s'installer souvent une diminution de l’acidité sans que des troubles de ce genre aient existé auparavant. — Nous avons déjà parlé de l’action du chlorure de calcium, qui, en neutralisant l’acide lactique et l’acide oxybutyrique, diminue de beaucoup l’acidité trop grande que nous rencontrons dans les hypersthénies gastriques. Est-ce sous l’action du bromure, contenu dans l’eau de Sierck, qui exercerait une action sédative sur la muqueuse telle que le travail sécrétoire s’en trouve diminué? Nous ne saurions l’affirmer, étant donné la quantité relativement petite de brome contenue dans cette eau.
Reste la radioactivité, et nous sommes certainement près de la vérité, si nous lui imputons quelque efficacité dans les troubles hypersthéniques de l’estomac. Le Prof. W. Falta:) de Vienne, parle de la diminution de l’appétit et de la sécrétion gastrique sous l’influence d’une ingestion d’eau radioactive. Peut-être la Radioactivité de l’eau de Sierck agit-elle indirectement sur j'estomac en diminuant le tonus du système nerveux
1) W.FaLra: Behandlung innerer Krankheiten durch Radiumemanationen.
végétatif, si sensible chez les sujets vagotoniques ou sympathicotoniques. En tout cas l’eau de Sierck possède, du fait de sa radioactivité et de ses constituants chimiques, une action calmante qui s’exerce au niveau des différents éléments anatomiques de la poche gastrique.
On connaît l’action bactéricide d’une eau radioactive, qui, tout en diminuant la fermentation gastrique, protège également la muqueuse contre les inflammations chroniques; l’action analgésiante sur les plexus nerveux sous-muqueux empêche peut-être ce rôle néfaste, que peuvent jouer les toxines d’origine gastrique, qui chemineraient d’après Lépère !) le long des voies nerveuses, surtout du pneumogastrique et du sympathique.
En résumé, nous voyons que, quel que soit la variété de gastrite à laquelle on s’adresse, l’eau de Sierck produit des effets thérapeutiques, dont les résultats polymorphes sont en rapport avec la complexité de son action. Nul médicament synthétique, nulle médication simple ne saurait à ce point de vue remplacer l’action, à la fois physique et chimique de cette eau, que sous ce rapport nous pourrions nommer la Vichy de la Lorraine.
LES ENTÉRITES CHRONIQUES
Par contre c’est de Plombières qu’il faudrait rapprocher cette eau pour le traitement des entérites chroniques. En effet, cette maladie peut être soignée avec grand profit par l’eau de Sierck.
L’entérite chronique s’observe souvent en combinaison avec les vieilles affections gastriques que nous
1) Compte rendu Soc. Biologique 1923.
venons de décrire et n’est souvent que symptomatique de celles-ci. Fréquemment les causes sont à rechercher dans l’usage d’une alimentation nuisible et par sa quantité et par sa qualité. A côté de ces causes nous devons accuser les suites de maladies infectieuses du tractus digestif: la fièvre typhoïde, la dysenterie, les entérites causées par le froid, la grippe, l’usage fréquent de purgatifs drastiques ou irritants. Souvent l’entérite chronique est symptomatique de maladies du cœur, des reins et surtout des insuffisances du foie. Toutes ces formes se traitent avec succès par l’eau de Sierck et les observations faites à ce sujet par les médecins des environs de Sierck sont nombreuses.
Le Dr Kayl, médecin praticien à Sierck même, nous a relaté plusieurs cas où l’eau minérale a été d’une grande efficacité dans le traitement des affections entéritiques et surtout des affections catarrhales du gros intestin. Il cite particulièrement l’observation suivante: Il s’agit d’un homme de 45 ans qui, pendant la guerre, avait contracté ja dysenterie. Par la suite, il se plaignaït continuellement de constipation, interrompue de temps en temps par .une débacle diarrhéïque, les selles étant mêlées de grandes masses de membranes et de mucus. Le ventre était habituellement ballonné, surtout dans les parties latérales et supérieures et le malade accusant dans ces régions des douleurs en forme de colique. L'état général souffrait considérablement de cette entérite muco-membraneuse et le malade était fréquemment inapte au travail. Divers traitements diététiques et médicamenteux avaient été essayés sans succès, avant qu’on eût recours à l’eau de Sierck. Le malade vint prendre tous les matins à jeun, pendant
3 semaines, deux verres d’eau de Sierck à la source et fut au bout de ce temps complètement remis de son affection.
Dans le traitement des entérites de l’intestin grêle il faut recourir à des doses plus petites et il y a avantage à chauffer l’eau légèrement. A côté de cela le régime est d’une très grande importance: dans le catarrhe de l'intestin grêle nous donnons une nourriture légère et non irritante, tandis que dans les affections du gros intestin nous avons avantage à donner une nourriture très riche en déchets, pour augmenter le volume des selles et entraîner ainsi l’organe au travail. Nous en parlerons encore en étudiant la constipation chronique.
Il est tout à fait compréhensible que le traitement de l’état général dans les entérites chroniques joue un grand rôle. Nous essayons de renforcer l’action de l’eau minérale, en stimulant l’appétit par des promenades, de l'exercice musculaire, pour arriver à une légère suralimentation; des bains, de l’hydrothérapie avec nos eaux stimulantes nous seront aussi d’une grande utilité. Ajoutons que le catarrhe chronique de l'intestin, comme du reste toute affection chronique, nécessite souvent une application répétée de la cure de boisson, avant que l’on arrive à un résultat définitif.