LE DIABÈTE
La dernière des grandes maladies de la nutrition, justiciables des eaux de Sierck, est le diabète. Le diabète, par son étiologie et son origine présente, semble-til, dans certains cas quelques liens de parenté avec la goutte et l'obésité. C’est ainsi que nous savons que cette maladie se développe souvent sur un terrain montrant des tares héréditaires identiques, ce qui constitue, à proprement parler, les cas de diabète diathésique.
Nous ne voulons pas nous laisser aller à de longues descriptions de la maladie ou nous laisser entraîner
dans des considérations purement scientifiques sur la pathogénie et le mécanisme du diabète, actuellement mieux connu depuis la découverte de l'insuline. Nous ne voulons pas prétendre non plus à posséder dans l'eau de Sierck un remède efficace dans le traitement de cette affection. Nous nous permettons uniquement d’attirer l'attention sur ce point, que l’eau de Sierck constitue un adjuvant excellent dans la thérapeutique diététique du diabète. Lorsque nous faisons ingérer des quantités modérées (1-2 verres par jour) de cette eau minérale, en la chauffant légèrement, nous favorisons le travail normal de l'organisme sur les échanges nutritifs, nous agissons sur les troubles gastro-intestinaux qui accompagnent si fréquemment le diabète et qui sont d'importance capitale, et nous produisons une utilisation meilleure de la nourriture ingérée. Nous ne conseillons pas d'imposer à un diabétique des balnéations et de l’hydrothérapie, ou de les utiliser seulement avec de grandes précautions. En tout cas, et l'observation de beaucoup de cas traités à des stations semblables à la nôtre l’a prouvé, nous sommes à même, à Sierck, d'augmenter l'aptitude de l'organisme à assimiler des hydrates de carbone, de remonter considérablement l’état général et de créer une base pour la restauration complète des grandes fonctions de la nutrition. Nous ne possédons peut-être pas dans cette eau un moyen extraordinaire de thérapeutique pour le diabète, parce que nous n'avons pas de prise sur la pathogénie, mais nous ferons certainement énormément de bien à ces malades en stimulant les fonctions de l'organisme en général.
En total, l’eau minérale de Sierck présente son indication principale dans les petits cas de diabète
diathésique, si fréquent chez les arthritiques scléreux et les gros mangeurs, au foie plus ou moins malade. Son action serait évidemment sans effet, tout au moins si une cure de régime et d’insuline n'y était pas adjointe, dans les cas de diabète grave, diabète avec dénutrition azotée du professeur Marcel Labbé. Mais même dans ces cas, pris au début, alors que les réactions de Gerhardt et Léjal-Humbert sont encore à peine positives, cette eau a une action excellente à un double point de vue. D'une part, bien que neutre, sa réserve alcaline
(45, 1 H CIN peut combattre des états de préacidose,
d’autre part son action stimulante réagit contre l’adynamie extrême qui accompagne presque toujours ces diabètes à tendance acidosique.
SCROFULOSE, LYMPHATISME, RACHITISME.
La scrofulose est une dystrophie constitutionnelle à produits polymorphes, dont les manifestations de nature inflammatoire pour la plupart occupent les ganglions lymphatiques, la peau, les muqueuses, le tissu cellulaire, les tissus ostéofibreux et les viscères (Jaccoud !).
Il n’est plus douteux, depuis la découverte du bacille de Koch et l'étude anatomo-pathologique approfondie des lésions qu’on désignait depuis des siècles sous le nom de scrofule, que celles-ci soient tuberculeuses dans la plupart des cas, Déjà Laënnec avait trouvé dans les ganglions lymphatiques, les os, les articulations des foyers caséeux et avait considéré la scrofulose comme
1 Traité de Pathologie interne, P. 918.
tuberculose. Cependant Virchow, pour qui le tubercule seul représentait la lésion caractéristique, ne le trouvait pas dans toutes les lésions scrofuleuses et désignait la scrofule comme une maladie autonome, menant, il est vrai, souvent à la tuberculose. Depuis la découverte du bacille tuberculeux, on est certain de le trouver dans les foyers osseux et ostéo-articulaires ; par contre il peut manquer dans les ganglions lymphatiques et ne se trouve que rarement dans les muqueuses et dans les lésions inflammatoires de la peau.
On a constaté que la cuti-réaction à la tuberculine ne devenait positive que de longs mois après le début des affections cutanées et muqueuses, et l’on peut déduire de là qu'il existe 2 processus différents :
L'un date de la première enfance et revêt un caractère nettement diathésique qui est à imputer à l’hérédité, les mauvaises conditions d’existence, l’alimentation insuffisante. Ces facteurs prédisposent l'enfant à la tuberculose qui vient se greffer comme deuxième processus sur un organisme à diathèse scrofuleuse. Le bacille de Koch vient se fixer surtout sur les ganglions du cou, du médiastin et de l’abdomen, sur les os et les articulations, les amygdales et la peau de la face. Somme toute, la scrofulose est une forme de tuberculose spéciale à l'enfance et l'adolescence, se développant sur un terrain diathésique.
Dans des états pareils le traitement s'impose. Il s’agit de renforcer la constitution. A côté de la bonne almentation, l'huile de foie de morue, le séjour à la campagne, l'air pur et le soleil, nous possédons une arme effcace dans les eaux stimulantes, chlorurées-sodiques, telles que Sierck nous les fournit.
En effet, ces eaux, par leur grande teneur en Na CI, et ses ions correspondants sont nettement indiqués dans les affections scrofuleuses. Le docteur L. Branche écrit dans sa thèse sur le chlorure de sodium et les eaux chlorurées-sodiques : « Les eaux chlorurées-sodiques sont indiquées dans tous les états où les actes de la nutrition languissent, où l'organisme appauvri, débilité, a besoin d’un stimulant qui le réveille de sa torpeur. Cet état d’alanguissement se rencontre au plus haut degré dans la scrofule. Aussi est-ce dans cette maladie que les eaux chlorurées-sodiques montrent toute leur puissance, surtout si à leur action s'ajoutent les bienfaits d’une bonne hygiène, vie au grand air, promenades à la campagne, air marin, hydrothérapie, nourriture reconstituante.» Durand-Fardel, dans son traité sur les eaux minérales de France !), écrit : « Qu'il s'agisse d’engorgements ganglionnaires, d’empâtements périarticulaires, d’épaississements périostéiques, d’infarctus du tissu cellulaire, si la scrofule est en jeu, on peut compter sur l’action résolutive et pendante des chlorurés-sodiques ».
On connaît depuis longtemps l'influence favorable qu'ont les chlorurées-sodiques dans la thérapeutique des affections osseuses et ostéoarticulaires scrofulotuberculeuses, et nous ne pouvons mieux faire que de citer ici ces paroles intéressantes que le professeur Poncet a déjà énoncé dans ses leçons sur le traitement des affections chroniques des os et des articulations et que le DT Branche publie dans sa thèse :
1) Page 254.
« L'emploi local des eaux chlorurées-sodiques, dit-il, m'a souvent paru efficace dans le traitement des affections chroniques des os et des articulations. Il importe beaucoup, au point de vue de la thérapeutique de ces lésions par les bains, les applications, les injections d’eau salée dans les trajets fistuleux, de distinguer les diverses variétés d’affections articulaires et osseuses, en même temps que l’âge plus ou moins avancé de la maladie. En effet, au début, lorsqu'il n’existe pas encore d’abcès, de fistule, un traitement hydrothérapique es, le plus souvent contre-indiqué. Une révulsion énergiquet fréquente, répétée, telle qu’on l’obtient par des cautérisations profondes, une immobilisation absolue, à l’aide d’un bandage silicaté et, d’autre part, des conditions générales excellentes (séjour à la campagne, sur les bords de la mer, près des sources salines, alimentation réparatrice), constituent ce que nous appelerions volontiers le trépied thérapeutique des lésions strumeuses des os et des articulations.
«Les eaux chlorurées-sodiques sont les bienvenues lorsqu'il existe des abcès anciens, des fistules avec suppuration peu abondante, conduisant non pas dans le foyer pathologique lui-même, mais en quelque sorte dans ses dépendances. |
«C’est ainsi que, dans les vieilles ostécarthrites du genou et de la hanche, les trajets fistuleux provenant d’abcès profonds sont heureusement modifiés par un traitement hydrothérapique. Mais pour soumettre les malades à cette thérapeutique balnéaire, il est absolument nécessaire que, dans les grandes articulations, il n’y ait plus, à proprement parler, d’accidents inflammatoires, plus de douleurs à la pression en un point quelcon-
que, plus de souffrance dans les mouvements qui peuvent encore être imprimés à l'articulation.
« Dans les ostéo-arthrites fongueuses du carpe et du tarse on ne craindra pas, au même degré, de réveiller un foyer pathologique non éteint. Il faudra toujours néanmoins surveiller avec grand soin l'effet des eaux salines qui, en raison de leur action excitante, ne sauraient être utilisées également dans les. diverses formes et aux différentes périodes des lésions articulaires et osseuses, méritant le nom de carie et de tumeurs fongotuberculeuses des articulations.
Tout ce que nous venons de dire sur la scrofulose est également vrai pour le lymphatisme, si nous entendons par ce mot un état de préscrofule, se traduisant surtout par la polymicroadénopathie, bien étudiée par Legroux, et siègeant particulièrement dans les régions inguinales, axillaires et surtout cervicales. Notre eau agit là: 10 en apportant à cet organisme fatigué le fer et l’arsenic qui le remontent ; 2° en fournissant la chaux et l’iode si fréquemment utilisés dans les états de prétuberculose ; 3° en agissant par balnéothérapie directement sur les ganglions par sa radioactivité, ainsi que l'ont montré les travaux récents sur l’action des radiations de courte longueur d’onde sur les adénopathies bacillaires (thèse du Docteur François Lepennetier, Paris, 1922).
Quant au rachitisme dont la pathogénie s’éclaire à la lumière des travaux américains et des belles recherches poursuivies en France par Monsieur Weill et Mouriquand de Lyon, sur l’avitaminose, sa cure à Sierck trouvera dans les eaux un adjuvant précieux. Sans doute les précautions alimentaires, évitant la ca-
rence (principalement en facteurs a et b), resteront à la base du traitement. Mais les résultats de cette thérapeutique seront atteints à Sierck plus rapidement, vu l'action stimulante de cette cure sur la nutrition en général et les glandes endocrines et vu également son apport calcique qui contribue à activer l'ostéogénèse déficiante dans le rachitisme, peut-être par suite de l’intoxication par l'acide lactique, ainsi que nous l'avons signalé plus haut.
Ajoutons qu'à Sierck, dans cette belle campagne lorraine, la cure héliothérapique constituera une aide de premier plan au traitement hydrominéral. C'est chez le nourrisson et le jeune enfant que ces cures de soleil, conduits avec ménagement, obtiennent sur le développement régulier de la croissance les plus heureux résultats.
A côté du rachitisme, les mêmes précautions alimentaires, l’héliothérapie et l'usage interne et externe de notre eau minérale constituent chez l'enfant le plus efficace traitement de la maladie de Barlow. Enfin, dans certaines dystrophies infantiles, dues à l’hérédosyphilis, notre eau légèrement arsénicale et ferrigineuse permettra de supporter plus aisément les fatigues d’un traitement mercuriel intense.