LA GOUTTE
La goutte est une maladie connue depuis tellement longtemps et cependant encore actuellement «les dieux seuls sont fixés sur sa nature ». Malgré toutes les découvertes, les travaux innombrables sur cette question, malgré la connaissance approfondie de tous les faits et symptômes cliniques, nous ne savons pas pourquoi et comment l'acide urique, qui est le grand malfaiteur, se dépose dans les articulations et provoque cette symptomatologie douloureuse sur laquelle nous ne nous étendrons pas ici. En effet, la goutte est une anomalie chronique de la désassimilation des bases puriques. Elle se traduit par des inflammations articulaires récidivant par accès et qui sont provoquées par le dépôt
d'acide urique ou de ses sels dans les environs et dans les articulations mêmes. Plus la maladie avance en âge, plus s’accentuent les lésions déformantes des articulations, les tophi et les troubles de certains organes, notamment des reins.
Déjà Hippocrate avait montré que la goutte est la maladie de l’âge moyen et de la vieillesse, puisque dans ses célèbres aphorismes il avait dit : «(Nul homme n'est atteint de goutte avant d’avoir pratiqué le coiït, nulle femme n’a la goutte avant d’avoir ses règles, les ennuques ne sont jamais n1 chauves n1 goutteux ». Gallenus, en 131 après J.-C., avait reconnu le caractère diathésique et humoral de cette affection, car il considérait que les tophi goutteux étaient dus à la dissication des humeurs du corps, et cette idée s’est maintenue dans tout le moyen âge.
Vers 1500 Paracelsus découvre le sel terreux « gluant et épais qui brûle comme du feu infernal ». C’est à Thomas Sydenham (1624-1689) que nous devons la limitation clinique de l’état de.la goutte, et nous pouvons considérer sa description — il a souffert de la goutte pendant 34 ans — comme classique. La notion de la vraie nature de la goutte date de la découverte de l'acide urique par le chimiste Scheeh en 1776 et de la constatation de sa présence dans les tophus goutteux par Walliston en 1787.
Si nous ne sommes pas absolument fixés sur l’étiologie pathogénique de la goutte, nous pouvons quand même affirmer que c’est une maladie diathésique due comme les autres affections de ce genre à un ralentissement de la nutrition. On a incrirniné comme cause, outre l’hérédité qui joue un grand rôle dans toutes les
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maladies de la nutrition, des habitudes de vie et d’alimentation impropres ; en effet, on ne peut pas nier que dars beaucoup de cas la nourriture trop abondante en albuminoïdes et surtout en bases puriques, et l’abus de boissons alcooliques en combinaison avec une insuffsance de l’exercice musculaire sont de grands facteurs étiologiques de ce mal. Cependant des affections goutteuses ne sont pas si rares chez les personnes qui ont toujours mené une vie modérée et évité l’alcool, et on l’a observée dans des milieux où l’état financier oblige à un train de vie modéré. Parfois il s’agit là d’autres intoxications et nous citerons à ce propos les cas de goutte chez les saturnins.
À priori une cure à l’eau de Sierck est indiquée dans la goutte pour stimuler la nutrition en général, augmenter les échanges nutritifs et hâter l'élimination des déchets. Naturellement, notre eau ne s'adresse pas au traitement des crises goutteuses, mais constitue uniquement un traitement de fond de la goutte chronique.
La cure comprendra l’ingestion de l’eau et des balnéations, puisque nous pouvons stimuler favorablement par les deux moyens les échanges nutritifs. Il faut tâcher de diminuer les apports en nucléines par un régime approprié, d'obtenir une dilution des humeurs et d’effectuer un véritable lavage de l'organisme. Ces dernières indications sont remplies par l'administration d’eau de Sierck en quantité moyenne (1-2 verres par jour). Nous avons vu plus haut comment cette eau minérale augmente l'élimination de l'urine et la quantité d’acide urique dans celle-ci, sous l’action peut-être des sels de lithine. L'usage des bains amène une stimulation de la circulation du sang et des humeurs et par ce fait
un renforcement de la nutrition en général; en outre elles favorisent par l’intensification de la circulation périphérique la résorption de dépôts goutteux et de processus inflammatoires secondaires dans les articulations. À ce propos la radioactivité doit agir puissamment et stimuler également les échanges nutritifs. Mais nous ne voulons pas empiéter ici sur l'étude que nous ferons de cette radioactivité dans ses effets sur le rhumatisme chronique déformant que tant de points rapprochent de la goutte et qui se développe d’ailleurs sur le même terrain, le plus souvent.
Le massage et l'électricité seront de bons adjuvants au traitement de la goutte. La régularisation de la diète est absolument nécessaire, et nous choisirons une alimentation légère et non irritante. Nous éviterons les aliments contenant trop d’albuminoïdes et de nucléines et nous préférerons les graisses et les hydrates de carbone. L'alcool sera interdit en général. Une part spéciale est à faire à l’exercice physique et à l’hydrothérapie ordinaire.