‹ Les eaux souterraines à l'epoque actuelle: leur régime, leur température, leur composition au (volume 2)Chapitre 56 sur 85 · ORIGINE DE LA TEMPÉRATURE DES EAUX SOUTERRAINES · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA TEMPÉRATURE DES EAUX SOUTERRAINES

Aristote, le premier, a voulu expliquer l'origine de la chaleur des eaux, par la chaleur solaire qui, dit-il, pénètre dans rintérieur du globe et s*y fixe comme au foyer d'une lentille. C'est celte chaleur, ainsi accumulée incessamment, que les sources situées dans les couches profondes absorbent, pour l'abandonner ensuite, du moins en partie, lorsqu'elles arrivent à la surface du sol. L'opinion d'Aristote a trouvé de fermes soutiens dans Thermopylus et quelques autres philosophes anciens'.

On admit ensuite que le calorique des eaux avait son point de départ dans lâsoyers sjuterr ains, qui , dans des conditions spéciales, produisent les volcans; tel était l'avis d'Empédocle, de Sénèque, d'Apulée, d'Agricola. Mileus a fait jouer aux vents, qu'il disait exister dans le centre du globe, un rôle analogue à celui qui, dans l'air ambiant, forme la pluie et l'eau solide. Pour ce philosophe, les vents en s'entre-

* Dunod-Fardel. Dictionnaire des eaux minéralee (1800)>

choquant avec impétuosité, produisent assez de chaleur pour échauffer les eaux qu'ils rencontrent.

On a pensé aussi qu'un feu souterrain était entretenu par certains corps, comme la houille, le bitume et le soufre. Cette idée a été reprise beaucoup plus tard par Rouelle, de Saussure et Thilorier.

Fabas pensait que les montagnes sont douées d'une puissance d'absorption extraordinaire et qu'elles pompent en quelque sorte, en même temps que l'air et l'eau, le calorique de l'atmosphère. C'est cette chaleur qui en circulant dans les fentes des roches se propagerait dans les montagnes. Poursuivant cette idée, Witting évalue que cetle puissance absorbante s'exerce jusqu'à une profondeur de 20 milles géographiques et qu'alors les fluides c sont convertis en liquide, et que la compression qui en résulte dégage du calorique absorbé par l'eau ».

En traitant de la question des eaux thermales, le célèbre dominicain du treizième siècle, Albert le Grand, prétend que les courants aqueux souterrains sont échauffés par la chaleur interne du globe ; cette théorie reprise par Descartes, à été définitivement consacrée par les travaux des géologues modernes.

Considérant la terre, ainsi que les autres corps opaques connus sous le nom de planètes, comme des astres refroidis à leur surface et enveloppés d'une croûte solide, Descartes pensa que les eaux de la surface pénètrent par des conduits souterrains jusqu'au-dessous des montagnes, d'où la chaleur intérieure les élève comme une vapeur vers leurs sommets. Dans cette position elles reprennent la forme liquide et jaillissent partout où le sol le permet.

Laplace', de son côté, n'est pas moins explicite. Voici

' Annales de chimie et de physique^ 1820, t. XIII, p. 412.

INTRODOCTION. 155

comment il s'exprime à cet égard : « Si Ton conçoit que les eaux pluviales, en pénétrant dans l'intérieur d'un plateau élevé, rencontrent dans leur mouvement une cavité à 3000 mètres de profondeur, elles la rempliront d'abord, ensuite acquerront à cette profondeur une chaleur de 100* au moins, et, devenues par là plus légères, elles s'élèveront et seront remplacées par des eaux supérieures; en sorte qu'il s'établira deux courants d'eau, l'un montant, l'autre descendant, perpétuellement entretenus par la chaleur intérieure de la terre. Ces eaux, en sortant de la partie inférieure du plateau, auront évidemment une chaleur bien supérieure à celle de l'air au point de leur sortie. »

On a aussi imaginé que les roches seraient disposées dans la profondeur du globe, de manière à produire des couples voltaîques et une action électro-motrice, cause de la chaleur, ainsi que de la minéralisation.

Depuis que des mesures ont démontré un accroissement de température avec la profondeur, l'excès thermométrique que certaines eaux acquièrent dans leur trajet souterrain devient facile à comprendre.

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