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JACQUES DUBOIS

Meuble d’cncoigure à gradins, torchères et pendule, exécuté vers 1750. ( coll . du baron Alph. de liothschid à Vienne) .

1763.Il s’associa ensuite avec sa mère, Marie-Madeleine Brachet, qui conservait la direction nominale de l’entreprise, de sorte qu’il signa ses ouvrages avec l’ancien poinçon paternel : IDUBOIS. L’adoption de cette marque servait d’ailleurs à le distinguer d’un autre René Dubois, qui exerçait alors à Paris la même profession.

Joignant la maturité du talent à l’ardeur de la jeunesse, le maître débuta dans des circonstances favorables pour faire valoir ses mérites. C’était l’heure où le style se transformait en revenant aux traditions classiques, et cherchait des formules nouvelles que les artistes avaient toute liberté d’imaginer à leur guise. René Dubois se fit bientôt remarquer par ses créations singulières et charmantes. Dès 1772, les Tablettes de Renommée le citaient comme un des premiers ébénistes de la capitale. Fournisseur du prince de Soubise ', honoré des commandes de la Cour pour laquelle il exécuta deux précieux meubles en laque du Japon actuellement au musée du Louvre2, Dubois fut chargé, à la même époque, d’entreprendre un important bureau pour l’impératrice de Russie. Cette pièce admirable, après avoir appartenu au prince Kourakin, se trouve maintenant dans les galeries d’Hertford House à Londres3. Malgré ses lignes très simples, elle produit un effet surprenant par sa tonalité vert pâle et la délicatesse raffinée de ses bronzes. On remarque surtout aux angles quatre ravissantes consoles représentant des sirènes dont la double queue s’enlace en spirale. Ce meuble est accompagné d’un serre-papiers laqué dans le même ton et orné de statuettes qui montrent l’Amour caressant Psyché, entre les figures de la Guerre et de la Paix4.

La collection Wallace renferme encore une superbe commode qui aurait été commandée à Dubois pour le mariage de Marie-Antoinette 5 (planche XIX). Ce meuble, d’une forme très originale, offre, sur ses panneaux en laque noire, des réseaux de bronze doré dont le dessin semble inspiré de l’art chinois. Ses montants portent des sirènes pareilles à celles qui décorent le bureau de l’impératrice Catherine. On a voulu faire honneur à Falconet de ces gracieuses cariatides, mais ne serait-ce pas Dubois lui-même qui les aurait inventées ? L’importance attribuée dans ses compositions aux accessoires plastiques prouve que cet ébéniste, frère d’un sculpteur, avait du goût pour la sculpture. S’il ne modelait pas, comme Boulle et Cressent, les garnitures de ses meubles, on ne peut douter qu’il guidait par ses ordres et ses conseils les artistes auxquels il confiait le soin de les fondre. Du reste, certains de ses ouvrages sont garnis d’autres figurines qui procèdent d’une conception similaire, bien que, de toute évidence, elles ne soient pas sorties des mêmes mains. Ce sont des enfants dont le corps potelé se termine en rinceaux. On les voit sur une commode du musée de Kensington 6 et sur un très beau secrétaire appartenant à M. Charles-Stuart Wortley7. Ce dernier meuble est rehaussé en outre par une large bande de grecques, riche et noble ornement que l’ébéniste employa beaucoup dans ses productions du

1. Arch. du Musée Condé à Chantilly. Comptes de la maison don, 1906, p. 349 (Gai. XX, no 17).

du Maréchal Prince de (1750-1775). 4. Ibid., p. 348 (Gai. XX, n° 15).

2. Carie Dreyfus. Musée du Louvre. Mobilier du XVIIe et du 5. Ibid., p. 341-342. (Gai. XIX, n° 16).

XVIIIe siècle. 2e éd. Paris, [1922], n°s 62 et 63. — Id. Docu- 6. South Kensington Muséum. N° 464-1895.

ment s d’art. Le Mobilier français. Epoque Louis XV. Planche 31. 7. H. Clouzot. L’ Ameublement français sous Louis XV, Paris,

3. Catalogue of tbe Furniture... inthe Wallace Collection. Lon- s. d., p. 16, pl. III.

Les Ébénistes du XV lit siècle.

temps de Louis XV. Il utilisait aussi à cette époque des clous de cuivre, ciselés en rosaces ou taillés en cône, pour ponctuer ses marqueteries à carrelages.

Durant toute sa carrière, l’artiste persévéra dans cette recherche d’originalité qui semble avoir été sa préoccupation dominante. Il fut, sous Louis XVI, un des premiers à fabriquer des bonheur-du-jour dans la forme d’un pupitre surmonté d’une petite vitrine. Sa marque se rencontre fréquemment sur des meubles de ce genre. L’un deux, orné de marqueteries à fleurs, figurait dans l’ancienne collection Jacques Doucet 1 2 ; j’ai vu une pièce analogue, en bois de citronnier, chez M. Davis à Londres ; Mlle Puyforcat possède un autre spécimen offrant des placages quadrillés. Celui que représente notre planche XIX se distingue par sa jolie décoration de peintures en grisaille5.

Ce fut sans doute le caractère exceptionnel des œuvres de René Dubois qui attira sur lui la faveur de Marie-Antoinette, fort engouée des nouveautés audacieuses dans les choses de l’art comme de la mode. Après avoir travaillé pour la Dauphine, le maître devint ébéniste de la Reine. On le trouve qualifié ainsi pour la première fois dans Y Almanach général des Marchands qui parut en 1779. La même année, il se séparait de sa femme, Barbe-Marguerite Anthiaume 3, et, depuis lors, abandonna l’établi afin de se vouer uniquement au commerce des meubles. Ayant quitté le faubourg Saint-Antoine, il ouvrit un magasin rue Montmartre, au coin de la rue Saint-Eustache 4. Sa mère mourut vers 1784 s, et lui-même se retira des affaires avant la Révolution. Il habitait rue des Orfèvres, quand il s’éteignit sous le Directoire.

DUBOIS (René) — probablement cousin de l’homonyme auquel est consacrée la notice précédente — passa maître ébéniste à Paris le 29 juillet 1757 6. Pendant une trentaine d’années, il demeura rue de la Verrerie, occupé aux travaux de sa profession, puis exploita un fonds de marchand-mercier rue Saint-Honoré, près des Halles, ayant pour spécialité de vendre des jouets et des pièces mécaniques7. 11 mourut le 3 janvier 1792 8. Comme fabricant de meubles, il avait été employé par le comte d’Arquian, gouverneur de Cosne-sur-Loire 9. Ses ouvrages sont signés R. DUBOIS. Dans l’ancienne collection Allard de Meeus figurait de lui une pièce assez curieuse: c’était un tout petit guéridon ovale, en bois de rose, muni de deux bobèches, sur une tige à crémaillère soutenue par trois patins simulant des jambes humaines I0.

DUBOST (Claude), maître ébéniste à Versailles, rue de la Paroisse, fut syndic-adjoint de sa communauté en 1788 et syndic l’année suivante ”.

DUBREUILH (Jean-Melchior) tenait un atelier de menuisier-ébéniste comme artisan libre, rue de Charenton, vers le milieu du règne de Louis XVI 12 ; il habita ensuite rue de la Roquette.

1. Vente de M. J. D... à Paris, 17 mai 1906, n° 1 66 du catalogue (reprod.).

2. Cette pièce dépendait de la succession de l’antiquaire L. Lévy. Vente à Paris, 19 juin 1917, n° 207.

3. Annonces, Affiches et Avis divers, 29 avril 1779, p. 948. Cf. ci-dessus, page 96, note 1.

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