‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 193 sur 397 · Id. O1. 3315, fol. 61 x°, 70, 106, 120, etc · texte numérisé non relu

Id. O1. 3315, fol. 61 x°, 70, 106, 120, etc

destinés aux nouveaux logements du château delà Muette '. Quelques mois plus tard, il livra deux somptueux écoinçons qui devaient accompagner, dans les petits appartements de Versailles, le magnifique médaillier d’Antoine Gaudreau. Ces pièces sont ainsi décrites dans le Journal du Garde-meuble : « 16 mai 1755. — Livré par le sieur Joubert, ébéniste : deux armoires en encoignures de bois violet à placages en mosaïque à dessus de marbre griotte d’Italie,... avec venteau par devant fermant à clef, orné de cartouches, trophées de médailles, guirlandes de fleurs et bas reliefs, représentent l’un la Poésie et la Musique, et l’autre la Sculpture et la Peinture, sur camayeux façon de lapis; le tout de bronze ciselé et doré d’or moulu 2 ». Notre planche XXXVI montre l’une de ces encoignures qui se trouvent actuellement dans le cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale.

Vers la même époque, l’artiste travaillait à la table volante de Choisy, exécutée sous la direction de l’ingénieur Guérin de Montpellier pour les petits soupers de Louis XV. C’était une table ronde autour de laquelle pouvaient s’asseoir douze personnes. Elle comportait une bordure dormante où se plaçaient les couverts; le centre formait un plateau mobile qu’une machine actionnée à bras d’hommes faisait descendre sous le plancher et remonter avec de nouveaux mets. Quatre petits buffets agencés de même présentaient aux convives les vins et les liqueurs. Les appareils servant à mouvoir ces meubles furent construits par le mécanicien Sulpice; les bâtis en chêne eurent pour auteur Pierre Léchaudelle, menuisier du Roi aux Gobelins, et Joubert les habilla d’élégantes marqueteries, que relevaient des bronzes dus au ciseau de Forestier 3.

A partir de 1758, le maître devint « ébéniste ordinaire du Garde-meuble de la Couronne », dont il n’avait été jusqu’alors qu’un fournisseur occasionnel. Dans la période suivante, il produisit deux superbes boîtes de régulateurs pour la chambre de Louis XV à Versailles. Ces gaines, qui devaient recevoir les mouvements de deux pendules à équation, l une solaire, l’autre lunaire, étaient ornées de bronzes aux attributs d’Apollon et de Diane; la première avait comme couronnement des fleurs, symboles du Jour; la seconde portait une étoile, emblème de la Nuit4. L’artiste livra encore, pour le service du monarque, une toilette de campagne en acajou massif, qui renfermait quantité de flacons et d’ustensiles dans ses compartiments doublés de moire bleue à passepoil d’argent5.

Au début de l’année 1763, Gilles Joubert fut appelé à priser les marchandises dépendant de la succession de son confrère J. -F. Œben, ébéniste du Roi 6. Il obtint ensuite lui-même ce titre auquel il put bientôt adjoindre celui de doyen de sa corporation 7. Comme insensible au faix des ans, il continuait à faire preuve d’une activité qui, loin de diminuer avec l’âge, semblait toujours grandir8. De 15.000 livres en 1764, ses fournitures officielles montèrent à 20.000 livres en 1765, à 27.000 livres l’année suivante, pour atteindre 50.000 livres en 1769, et dépasser 80.000 livres en 1771 9 . Dans cette dernière période de sa carrière, le maître

Page 1