Annonces, etc., 1788, p
12. Arch. nat. Y. 10995. Scellés après le décès de Judith Mesureur, veuve Migeon, 24 janv. 1753.
nationale1, montre qu’il fabriquait toutes sortes de meubles ordinaires et de luxe. Il produisait de précieuses commodes en laque de Chine avec des ornements dorés d’or moulu, qu’il vendait 500 à éoo livres, et des encoignures analogues, dont la paire coûtait dix à quinze louis. On lui demandait surtout des pièces plaquées d’amarante, de palissandre, de bois violet ou satiné. Sa clientèle était aussi nombreuse que brillante. De 1730 à 1736, il eut l’honneur de travailler pour la duchesse de Bourbon mère 2, le duc d’Orléans, fils du Régent, et une de ses soeurs, Louise- Adélaïde d Orléans, abbesse de Chelles. A la duchesse de Rohan3, il livra en 1731 l’un des premiers secrétaires construits en armoire. Le maréchal duc de Noailles lui acheta une grande bibliothèque en marqueterie destinée à son fils, le duc d’Ayen. La duchesse d’Épernon 4 et le comte de Caraman lui firent exécuter quelques meubles garnis de cuivres argentés. Il fournit de belles commodes «en arbalète » à la princesse d’Épinoy5, au comte de Vertus, à M. de Pontcarré, premier président du parlement de Rouen. Parmi nombre d’autres personnages cités dans son journal, on remarque les ducs d’Harcourt, de Croÿ, de Boufflers, de La Force; les duchesses de Brissac6, de Luxembourg7, de Mazarin 8 et de Retz9; les princes de Léon et de Tingry; le prince de Rohan, cardinal-évêque de Strasbourg; les archevêques de Paris10, de Rouen 11 et de Bourges12; les évêques de Marseille I?, Dijon I4,Luçon‘s et Grenoble16; le prince Démétrius Cantemir, ambassadeur de Moscovie, le comte de Schulembourg, envoyé extraordinaire du roi de Danemark; les marquises de Castellane, de Crussol, de Ximenès; les comtes de Rottembourg, de Sainte-Maure, etc.
Pierre II, fils et successeur du précédent, eut encore plus de renommée que son père. Né en 170117, il épousa une demoiselle Orry ou Horry qui lui donna un fils unique et mourut en 173418. Cinq ans plus tard, on le trouve établi comme fabricant et marchand de meubles, rue de Charenton, vis-à-vis le couvent des Dames anglaises, déjà nanti d’une honnête aisance et propriétaire de l’immeuble où il travaillait19. Les Archives de la Seine conservent un gros registre soigneusement écrit de sa main, dans lequel il mentionna depuis cette époque tous les payements faits à ses fournisseurs, avec l’adresse de chacun d’eux, souvent la liste de leurs ouvrages et parfois les noms des personnes qui en avaient passé la commande20. On devine l’intérêt d’un tel recueil. Malheureusement ce volume nous est parvenu dans un état déplorable, ayant beaucoup souffert de l’humidité et des rats. La première page porte un préambule d’une piété tou-
1. Dép. des Manuscrits, Nouv. acq. 004765. Ce journal, commencé le Ier juillet 1750, se termine le 3 déc. 173 6; mais plusieurs feuilles arrachées à la fin permettent de supposer qu’il fut continué encore quelques mois.
2. Louise-Françoise de Bourbon, dite Mademoiselle de Nantes, fille légitimée de Louis XIV, mariée en 1685 à Louis, duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé.
3. Marie-Élisabeth du Bec-Crépin, mariée en 1678 à Louis de Rohan-Chabot, duc de Rohan.
4. Françoise-Gillonne de Montmorency-Luxembourg, mariée en 1722 à Louis de Pardaillan, duc d’Antin, dit le duc d’Épernon.
5. Élisabeth de Lorraine-Lillebonne, mariée en 1691 à Louis de Melun, prince d’Épinoy.
6. Marie-Josèphe de Durey de Sauroy, mariée en 1732 à Jean-Paul-Timoléon de Cossé, duc de Brissac.