Arch. de la Seine. Livres de Commerce, Rcg. cité
Belgique et la Hollande. L’importance de ses affaires ressort de ce détail que son répertoire mentionne plus de deux cent cinquante commerçants et ouvriers qui pourvoyaient son magasin. On relève parmi leurs noms ceux des ébénistes Criard, Landrin, Dautriche, Bircklé, Canabas, Macret, Peridiez ; des vernisscurs Régnault et Boutry; des menuisiers en meubles Saint- Georges, Letellier, Lerouge; des sculpteurs sur bois Durillon et Lecolle ; des fondeurs Leriche, Delamarre, Pinetot, Gastellier ; des doreurs Dautant, Trudelle, Saint-Leu et Fagard. — Migeon laissait sa maison en pleine prospérité lorsqu’il succomba, le 4 septembre 1758, « à la suite d’une inflammation du bas ventre dont il étoit attaqué depuis huit jours' ».
Ce maître employait l’estampille MIGEOW, imprimée en grandes lettres, avec l’N à contresens. Plus scrupuleux que beaucoup de ses confrères, il semble n’avoir signé que ses propres ouvrages, à l’exclusion de ceux dont il s’approvisionnait au dehors. Deux raisons portent à le croire : le nombre restreint de pièces frappées de sa marque, et leur style généralement bien distinct. Peu d’ébénistes ont traité le genre rocaille avec tant de liberté et de hardiesse.
Son œuvre capitale se trouve au musée du Louvre. C’est le fameux bureau historique, dit de Vergennes, qui a longtemps servi aux ministres des Affaires Étrangères1 2. Notre planche XLV donne une idée de ce morceau grandiose, d'une sève si puissante. La même planche reproduit, d’après le catalogue de la vente Kraemer 3, un très beau meuble de Migeon qui date de ses débuts. Au musée des Arts décoratifs, cet ébéniste est représenté par deux commodes d’une époque plus tardive, la première en marqueterie à fleurs, la seconde en laque noire4. J’ai relevé son poinçon sur une autre commode en marqueterie, dans le mobilier de Chaalis légué à l’Institut par Mme Édouard André. L’ancienne collection Lefrançois, à Rouen, renfermait une pièce analogue, ornée de cuivres aux armes du Dauphin5. Citons encore, comme exemples de ses travaux, le grand secrétaire à décor de motifs contournés qui dépendait de la succession de l’antiquaire L. Lévy6, le bidet de luxe que possédait naguère M. Beurdeley7, et surtout une table-liseuse ayant paru à la vente Chasles8, ouvrage bien représentatif de la manière du maître avec ses formes galbées en tous sens et ses pieds très arqués.
Pierre III, fils du précédent, né en 1733 9, était bourgeois de Paris à la mort de son père10, dont il continua le commerce rue de Charenton11. Il n’obtint des lettres de maîtrise que le 18 juin 1761 ,2, par faveur spéciale, en dérogation aux nouveaux statuts corporatifs, qui, depuis 1743, interdisaient de recevoir des artisans non catholiques '3. Plus tard, il fut nommé dizainier de la Ville de Paris’4, titre que portaient des officiers municipaux chargés
1. Arch. nat. Y. 14085. Le décès lut déclaré par l’ébén. Roger Vandercruse-Lacroix, qui attribua au défunt l’âge de soixantedeux ans, alors qu’en réalité il en avait cinquante-sept.
2. Carie Dreyfus. Musée du Louvre. Catalogue du Mobilier du XVIIe et du XVIIIe s. 2e éd. [1922], n° 36.